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La percée d’extrême droite gâche la victoire de Merkel

La chancelière va rempiler, mais devra changer de coalition et affronter les ultras d’Alternative für Deutschland.

Alexander Gauland, le leader du parti d’extrême droite Alternative für Deutschland.
Alexander Gauland, le leader du parti d’extrême droite Alternative für Deutschland.
Reuters

«Nous allons vous pourchasser, Madame Merkel!» lance Alexander Gauland, tout sourire, devant une foule en délire. A la soirée électorale du parti AfD (Alternative pour l’Allemagne), organisée dans une boîte de nuit au cœur de Berlin-Est, le leader du parti d’extrême droite jubile devant le résultat des élections législatives. «Le peuple va reconquérir le pays», promet-il à ses militants.

Avec plus de 13% des voix, l’extrême droite est devenue hier la troisième force politique de l’Assemblée fédérale (Bundestag), devant le Parti libéral (10,4%), les écologistes (9,3%) et la gauche radicale (Die Linke, 8,9%).

«Quand vous coupez un doigt, ça saigne. Et si vous versez du sel dessus, ça fait très mal. Voilà ce qu’il va se passer dans les prochaines années», assure Harald, un retraité jadis partisan des sociaux-démocrates, aujourd’hui déçu par la gauche traditionnelle. Comme beaucoup d’autres, il patiente devant les portes de la boîte de nuit, dans l’espoir de pouvoir entrer.

Une chancelière affaiblie

Le score de l’AfD est un choc pour beaucoup d’Allemands. Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, un parti d’extrême droite va siéger à l’assemblée. «Je ne pensais pas que cela soit possible», lâche Stephan, un contre-manifestant venu crier «AfD, dégage!» avec d’autres militants «antifascistes».

Pour Angela Merkel, la victoire de l’extrême droite est une lourde défaite personnelle. Elle paie le recentrage de son parti mais aussi la décision d’avoir ouvert les portes de l’Allemagne à plus d’un million de demandeurs d’asile.

Pour son quatrième mandat, Merkel devra affronter l’opposition extrêmement virulente de l’AfD, qui va s’opposer à sa politique migratoire alors que l’Allemagne tente de relever le défi de l’intégration des réfugiés. Par ailleurs, elle sort très affaiblie dans son propre camp avec un score désastreux d’à peine plus de 33% de voix, en recul de plus 8 points par rapport à 2013. C’est le plus mauvais score des conservateurs depuis 1953!

L’autre grand perdant de ces élections législatives est le Parti social-démocrate (SPD), qui n’a décroché que 20% (–3 points), son plus mauvais résultat depuis 1949. Conséquence immédiate, le SPD a immédiatement annoncé son retour sur les bancs de l’opposition pour se régénérer et se redéfinir.

Difficile ménage à trois

La formation d’une nouvelle coalition de gouvernement sera un véritable casse-tête. Merkel sera obligée de faire «ménage à trois» avec les libéraux du FDP et les écologistes, deux partis qui s’opposent sur le droit d’asile, l’abandon du charbon, la politique industrielle ou encore l’Union européenne (UE).

Défi supplémentaire pour la chancelière: elle devra se trouver un successeur. Personne, désormais, ne l’imagine se représenter dans quatre ans.

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Gauland, l’idéologue des nationalistes

Vieux jeu, Alexander Gauland est toujours vêtu d’un costume de chasse en tweed, d’une cravate avec des chiens comme motif et d’un cartable en cuir. Le stratège et idéologue du parti Alternative für Deutschland (AfD) soigne un look «british» qui cache en réalité des idées racistes.

Depuis qu’il a écarté la présidente Frauke Petry, qui voulait faire de l’AfD un parti de gouvernement, il s’est imposé comme le vrai leader. Avec lui, le parti s’est radicalisé au point d’effrayer l’aile modérée qui lui reproche de ne pas prendre ses distances avec les mouvements les plus extrêmes.

Alexander Gauland voit un «allié naturel» dans le mouvement protestataire et xénophobe «Pegida». Il refuse l’exclusion de son ami Björn Höcke, président ultra-radical de l’AfD en Thuringe, qui avait pesté contre les «méthodes stratégiques de reproduction des Africains». Il estime que «Björn Höcke incarne une partie de l’âme du parti».

A 76 ans, Gauland, ancien membre du parti de Merkel, utilise la stratégie de l’extrême droite en Europe: provoquer puis démentir pour faire parler de soi. Ainsi s’est-il dit «fier» de la performance des soldats de la Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a réclamé l’expulsion en Anatolie d’Aydan Özoguz, la ministre d’Etat à l’Intégration.

Il a aussi attaqué Jérôme Boateng, le joueur de l’équipe nationale de football d’origine ghanéenne. «Les gens l’apprécient comme footballeur mais n’aimeraient pas l’avoir comme voisin», a-t-il jugé avant de préciser quelques jours plus tard: «Je n’ai pas insulté Monsieur Boateng»…

Enfin, en acceptant à ses côtés Alice Weidel, Alexander Gauland a réussi à corriger l’image d’un parti où les femmes sont sous-représentées. Plus de 80% des membres de l’AfD sont des hommes. CH.B.

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