Parole de députés, le Brexit n’aura pas lieu… le 29 mars

Royaume-UniLa Chambre des Communes a massivement voté jeudi un report de la date de sortie de l’UE. La guerre des nerfs se poursuit.

L’air toujours aussi déterminé, Theresa May quitte le parlement, jeudi soir, après le vote des députés réclamant un report de la date du Brexit. Malgré plusieurs revers, la première ministre a fait montre jusqu’ici d’un incroyable sang froid.

L’air toujours aussi déterminé, Theresa May quitte le parlement, jeudi soir, après le vote des députés réclamant un report de la date du Brexit. Malgré plusieurs revers, la première ministre a fait montre jusqu’ici d’un incroyable sang froid. Image: DR/Keystone

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C’est un soulagement pour beaucoup: les députés de la Chambre des Communes ont voté jeudi en fin de journée pour réclamer au gouvernement qu’il demande officiellement à l’Union européenne de reculer la date du Brexit, prévu le 29 mars. L’écart entre les deux camps a révélé la crainte qu’inspire une sortie de l’UE sans accord (No Deal): 412 votes contre 202.

«Cela met officiellement fin à la possibilité d’un Brexit le 29 mars, sauf si les Vingt-Sept refusent de reculer la date du Brexit, ce qui pousserait le pays vers un No Deal et donc une crise politique majeure», indique Anand Menon, professeur de politique européenne au King’s College. Cette option paraît improbable en raison des dommages qu’elle engendrerait pour l’ensemble des partenaires.

Report contre accord

Les discussions au parlement ne risquent pourtant pas de s’apaiser d’ici à la fin de mars. La première ministre Theresa May a en effet surpris tout son monde en conditionnant la demande d’«un recul de la date du Brexit jusqu’au 30 juin 2019» à l’adoption de son accord de retrait «au plus tard le 20 mars», comme l’indique la motion votée jeudi soir. Un troisième vote sur son accord de sortie du Royaume-Uni de l’UE devrait donc avoir lieu mardi ou mercredi prochain.

Si les Communes rejettent une nouvelle fois l’accord, le gouvernement estime que le Conseil européen, qui se réunit à Bruxelles jeudi 21 et vendredi 22 mars, imposera alors aux Britanniques un plus long délai pour leur permettre de trouver une solution au Brexit.

Un scrutin européen en mai?

Sachant «qu’un délai au-delà du 30 juin 2019 requerra que le Royaume-Uni organise des élections européennes en mai 2019». Un comble au regard du résultat du référendum et des tensions de ces derniers mois entre le Royaume-Uni et le reste de l’UE.

Le plus étonnant est que ce revirement semble avoir été soigneusement planifié. Mi-février, le négociateur en chef britannique Oliver Robbins avait été surpris dans un bar bruxellois par un journaliste en train d’expliquer à un ami: «Il faut leur faire croire lors de la première semaine de mars que reculer la date du Brexit est possible mais que s’ils ne votent pas en faveur de l’accord, le délai de la date du Brexit sera forcément long.»

Forte malgré deux défaites

Malgré deux défaites parlementaires considérables le 15 janvier et mardi dernier, la première ministre semble cette fois-ci être en mesure de faire accepter l’accord négocié avec les Vingt-Sept: pour la première fois, les députés devront choisir entre deux options, sans possibilité de fuir leurs responsabilités.

Or, Theresa May sait très bien que les Brexiters radicaux redoutent par-dessus tout un long délai avant la date du Brexit; ce temps serait en effet susceptible de permettre aux plus europhiles d’organiser un second référendum. La possibilité même d’une sortie de l’UE, un objectif qui a motivé l’entrée de certains d’entre eux en politique, serait donc menacée. Ces puristes du Brexit pourraient donc bien se contenter d’un Brexit imparfait plutôt que pas de Brexit du tout. Et renoncer à leur idéal: la coupure totale avec l’UE assortie de la possibilité de faire du Royaume-Uni le parangon du libre-échange.

Menace efficace

La menace brandie par Theresa May se révèle déjà efficace: plusieurs de ces purs et durs ont fait part de leur volonté de soutenir Theresa May lors du prochain vote. L’un de leurs meneurs, Jacob Rees-Mogg, a indiqué ne pas être «un objet inamovible faisant face à une force irrésistible: nous verrons s’il y a des changements». À l’inverse, son collègue Steve Baker a assuré que «nous rejetterons cet accord autant de fois qu’il reviendra, quelle que soit la pression à laquelle nous sommes soumis». Nul doute que pour faire changer d’avis les 75 députés de tous bords nécessaires à l’adoption de son texte, Theresa May n’a pas fini de jouer avec leurs nerfs. Les siens paraissent faits d’acier.

Créé: 14.03.2019, 21h18

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