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«Le Pacte mondial sur les migrations est en péril»

Le premier projet de traité sur la question migratoire est à bout touchant. Et risque de manquer sa cible, craint Vincent Chetail.

Pour Vincent Chetail, le texte en cours de négociation reflète surtout les intérêts des pays du Nord qui mettent la priorité sur le contrôle et la sécurité.
Pour Vincent Chetail, le texte en cours de négociation reflète surtout les intérêts des pays du Nord qui mettent la priorité sur le contrôle et la sécurité.
Olivier Chamard

La négociation est entrée dans la dernière ligne droite et il reste deux mois pour éviter le pire au Pacte mondial sur les migrations, avertit le professeur Vincent Chetail. Directeur à Genève du Centre sur les migrations globales au sein de l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID), cet expert est régulièrement consulté par l’ONU et certains États. Ceux-ci doivent aboutir d’ici à décembre à l’adoption du tout premier instrument international consacré exclusivement à la question migratoire, énumérant les principes à respecter et les actions à entreprendre. Lancé en 2016 en pleine crise des réfugiés syriens, ce processus a depuis pris un tournant sécuritaire qui pourrait le mener à l’échec et aggraver la situation sur le terrain, selon le chercheur.

Qu’y a-t-il de si grave dans ce pacte?

Il risque de passer complètement à côté de son objectif! Le texte en cours de négociation reflète surtout les intérêts des pays du Nord qui mettent la priorité sur le contrôle et la sécurité, craignant – à tort – une invasion de migrants qui pèseraient sur l’économie, et parmi lesquels se dissimuleraient des terroristes. Les services de renseignement sont mentionnés à divers endroits du projet. C’est le fruit d’une vision erronée de la réalité. D’abord, les migrations ne concernent que 3,4% de la population mondiale. Ensuite, il ne s’agit pas en premier lieu d’un flux du Sud vers le Nord, mais du Sud vers d’autres régions du Sud. Enfin, les migrants contribuent à l’économie du pays hôte et à celle de leur pays d’origine. Surtout, il y a toujours eu et il y aura toujours de la migration. Depuis les années 70, les pays du Nord ont tout essayé pour la stopper. Sans succès. Ils n’ont réussi qu’à pousser les migrants dans la clandestinité ou dans des procédures d’asile sans espoir. La crise des réfugiés syriens a montré l’échec de ce système…

Mais quelle est l’alternative?

Il est bien sûr légitime pour les États de vouloir assurer leur sécurité. Mais la répression seule ne fonctionne pas. Le meilleur moyen de se protéger est de réglementer la migration en ouvrant des voies légales, en clarifiant les droits et obligations des travailleurs migrants, en facilitant le regroupement familial facteur d’insertion ou encore les transferts de fonds vers les proches restés au pays. C’est dans cet esprit que la Déclaration de New York adoptée en septembre 2016 par l’Assemblée générale des Nations Unies lançait des négociations en vue de l’élaboration d’un «Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières» avant la fin de juillet 2018 et sa signature avant la fin de l’année. Mais dans le texte actuel, les vieux réflexes ont repris le dessus et les acquis ont été oubliés, car l’ONU manque de mémoire institutionnelle. Un déficit d’autant plus craint que les négociations ont lieu à New York plutôt qu’à Genève.

Pourquoi aurait-il mieux valu négocier à Genève?

Parce qu’à New York, les diplomates traitent de questions de sécurité. Ce qui explique pourquoi les migrants, à leurs yeux, constituent avant tout un risque terroriste. Et cela, même si toutes les études démontrent que les terroristes sont principalement des nationaux et que les autres se fondent dans les flux clandestins. Tous les experts constatent que ces diplomates partent de zéro, comme si rien n’avait été discuté auparavant. Or, depuis vingt ans, il y a eu une multitude d’initiatives qui sont mieux connues des diplomates à Genève, où siègent toutes les organisations internationales impliquées dans la migration.

Le pacte peut-il encore être sauvé à vos yeux?

Je veux croire que les négociations vont s’ouvrir à d’autres dimensions que la sécurité. Le texte énumère 22 objectifs qui doivent se traduire en engagements concrets. Les principes sont déjà là, il manque des plans d’action détaillés dans les domaines non sécuritaires et une liste de «bonnes pratiques» mises en œuvre dans diverses régions du monde.

Les États-Unis se sont retirés de la négociation. Est-ce un problème?

C’est très regrettable, car il s’agit de la principale puissance mondiale qui compte aussi le plus grand nombre de migrants. Mais en même temps, l’administration actuelle aux États-Unis fait un usage populiste du thème de la migration à des fins de politique intérieure. Cela rendrait la négociation encore plus difficile. En cette période troublée, nous avons besoin d’une discussion sérieuse, équilibrée et objective sur la migration.

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