Offensive, la phase 2 de la défense de Tariq Ramadan a commencé

FranceAvec Me Emmanuel Marsigny pour nouvel avocat, le ton se fait plus dur. À la grande satisfaction du comité de soutien du Genevois.

Tariq Ramadan entouré de ses deux principaux avocats: 
à gauche, Me Marc Bonnant; à droite, Me Emmanuel Marsigny.
Photos: Steeve Iuncker-Gomez, Keystone, AP

Tariq Ramadan entouré de ses deux principaux avocats: à gauche, Me Marc Bonnant; à droite, Me Emmanuel Marsigny. Photos: Steeve Iuncker-Gomez, Keystone, AP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Pour le grand public, la défense de Tariq Ramadan a réellement commencé jeudi 15 mars avec la venue de Me Emmanuel Marsigny sur le plateau de l’émission C à vous de France 5. Jusque-là emmenée par Me Yassine Bouzrou, elle avait semblé des plus discrètes pour celui qui est détenu provisoirement à la prison de Fleury-Mérogis depuis sa mise en examen pour viols, le 2 février.

«C’est parce qu’il est Arabe? C’est parce qu’il est musulman?» avait questionné le nouvel avocat, soupçonnant à mots couverts de racisme son confrère de la partie civile, Me Éric Morain, conseil de l’accusatrice «Christelle». Ce dernier, devant les juges chargés de l’affaire, aurait dit, à propos du médecin-chef de Fleury-Mérogis, Farid Mehareb, lequel avait attesté de l’existence d’une sclérose en plaques chez le suspect: «Ah oui, le certificat de ce docteur Farid…»

Cette allusion à l’ethnie et à la religion, Me Bouzrou – qui resterait avocat de l’islamologue suisse, mais en second – ne l’aurait peut-être pas faite publiquement, pour ne pas prêter le flanc à des accusations de solidarité communautaire avec le mis en cause. Voilà une chose que nul ne pourra reprocher à Me Marsigny. L’on sait désormais que la défense du Suisse, qui change de pied et de braquet, n’hésitera pas à recourir au registre identitaire lorsqu’elle le jugera utile.

Un changement attendu

Une défense offensive, c’est sans doute ce que le comité de soutien de Tariq Ramadan, dirigé notamment par le Lyonnais Yamin Makri, attendait depuis longtemps. Est-ce lui qui est allé chercher Me Marsigny, avocat pénaliste, qui compte parmi ses précédents clients des individus liés au milieu du banditisme? «Je n’ai pas à répondre à cette question. M. Ramadan m’a désigné», nous a répondu l’avocat. D’après nos informations, le comité de soutien ne voulait plus de Me Bouzrou, jugé trop effacé. L’arrivée en renfort de son confrère Marsigny ne serait donc pas étrangère aux pressions exercées par les supporters du prédicateur genevois.

Ceux-ci en ont profité pour ouvrir une nouvelle cagnotte dédiée aux frais de défense. Depuis trois jours, elle a rapporté plus de 30 000 euros – la précédente en avait engrangé 107 000. Tariq Ramadan peut compter sur l’aide d’une structure plus ou moins confidentielle mais visiblement efficace. Côté médias, alors que les sites musulmans Oumma.com et Saphirnews font preuve de retenue, il n’en est pas de même du Muslim Post, dont l’adresse du propriétaire est à Tunis et l’hébergeur à Roubaix, qui relaie avec application l’actualité du dossier «Ramadan».

Dans son édition du 14 mars, l’hebdomadaire L’Express révèle, sans communiquer son nom, qu’un «très discret» homme d’affaires franco-tunisien, «ancien habitué des cercles francs-maçons», a mis à disposition du comité de soutien des moyens de lobbying dans le domaine du numérique. Par ailleurs, et selon nos sources, celui-ci se serait signalé ces dernières années par un militantisme en faveur de la visibilité de la norme halal en France.

Toujours hospitalisé

Tariq Ramadan, que des témoins disent gravement déprimé, est toujours astreint à un régime carcéral. Il est pour l’heure hospitalisé à l’Hôpital de la Salpêtrière, à Paris. «Neuf médecins, dont quatre français, ont établi qu’il était atteint d’une sclérose en plaques», répète Me Marsigny, qui juge son état de santé «très préoccupant», tout en se refusant à en dire plus pour ne pas trahir le secret médical. Deux médecins mandatés par la justice doivent rendre leur propre expertise d’ici au 15 avril.

Quant aux plaintes pour viol visant Tariq Ramadan, qui nie toute forme de relations sexuelles avec ses accusatrices, une autre pourrait tomber dans l’intervalle, selon une source évoquant cette possibilité. Trois – quatre en comptant celle venant des États-Unis – ont jusqu’ici été déposées.


«Les turbulences de l’opinion pèsent sur les décisions»

«Tariq Ramadan m’a paru très affaibli. Et il se sait affaibli. Son état de santé pose un problème médical, avec acuité», nous a confié Me Marc Bonnant. L’avocat genevois de l’islamologue détenu à Paris a récemment rendu visite à son client. Sans entrer dans les détails de leurs conversations protégées par le secret professionnel, Me Bonnant souligne que sa présence dans la capitale française avait pour but d’assurer une meilleure concertation dans la défense de Tariq Ramadan entre Paris et Genève, notamment avec le nouvel avocat français, Me Emmanuel Marsigny.

Cela dit, les développements dans la Cité de Calvin continuent de mobiliser Me Bonnant: «Sur le front genevois de cette affaire, je relève qu’aucune plainte n’a été déposée et que celles qui étaient annoncées ne sont toujours pas apparues. Concernant la polémique qui a éclaté à propos du Département de l’instruction publique, je constate que les turbulences de l’opinion pèsent désormais sur les décisions politiques comme sur les décisions judiciaires. Tout d’abord, Madame Emery-Torracinta, dont je salue l’intelligence, déclare qu’il n’y aura pas d’enquête concernant mon client. Ensuite, elle annonce que son département va quand même en ouvrir une!»

Conclusion de Me Marc Bonnant: «Je ne dis pas qu’il ne faut pas mener une enquête. Mais je me préoccupe de qui l’ordonne, la réflexion posée d’un magistrat ou l’émotion colportée par la rumeur médiatique et inspirée par un effet de mode? Dans ces conditions, comment assurer la sérénité de son déroulement?» Pour Me Bonnant, «le quatrième pouvoir, celui des médias, a sa légitimité. Mais je m’inquiète lorsqu’il tend à devenir exclusif.»

Jean-Noël Cuénod, Paris

(TDG)

Créé: 19.03.2018, 20h27

Articles en relation

L'enquête indépendante dépassera le cadre de l'affaire Tariq Ramadan

Genève Le Département de l'instruction publique officialise ce mercredi la nouvelle, quatre mois après les révélations d'anciennes élèves genevoises dénonçant les agissements de l'ancien professeur. Plus...

Des anciennes élèves de Tariq Ramadan envisagent de témoigner

Genève Les quatre Suissesses ayant dénoncé récemment dans nos colonnes les abus de l’ancien professeur saluent l’ouverture d’une enquête indépendante. Plus...

Anne Emery-Torracinta suspend sa numéro deux

Crise à l’État Déjà sous pression dans l’affaire Ramadan, la cheffe de l’École genevoise a écarté sa secrétaire générale pour un mandat que celle-ci a confié à son compagnon. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Le PLR repousse son vote sur la démission de Maudet
Plus...