Le nouveau président de la Thuringe est poussé à la démission

AllemagneÉlu grâce aux voix de l’extrême droite néonazie et du Parti conservateur, le libéral Thomas Kemmerich doit renoncer à son poste, face au tollé général.

Onde de choc après cette poignée de main entre le démocrate Thomas Kemmerich (à g.) et Björn Höcke (extrême droite).

Onde de choc après cette poignée de main entre le démocrate Thomas Kemmerich (à g.) et Björn Höcke (extrême droite). Image: EPA

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Élu grâce aux voix de l’extrême droite néonazie et du Parti conservateur, le libéral Thomas Kemmerich doit renoncer à son poste, face au tollé général

L’ombre de la République de Weimar plane sur l’Allemagne. «Je n’aime pas faire de comparaison avec le passé. Mais là, il y a un parallèle évident avec la montée du nazisme», déplore Markus Linden, politologue à l’Université de Trèves.

L’élection ce mercredi d’un ministre-président libéral en Thuringe avec le soutien du parti d’extrême droite AfD (Alternative pour l’Allemagne) mais aussi du Parti chrétien-démocrate, celui d’Angela Merkel, a créé une onde de choc en Allemagne. En effet, comme en 1930, les libéraux et les conservateurs ont accepté de tendre la main à l’extrême droite dans le seul but de rester au pouvoir.

Le symbole est lourd: cette région avait été la première, en 1930, à élire un gouvernement de coalition entre la bourgeoisie conservatrice et le parti d’Adolf Hitler (NSDAP). «La Thuringe symbolise cette faillite historique de l’élite allemande face à la montée du nazisme», rappelle Gerd Mielke, politologue à l’Université de Mayence.

Or, la Thuringe est justement la région représentative de la remontée de l’extrême droite en Allemagne. Aux élections d’octobre, le parti a réussi à dépasser les conservateurs avec plus de 23% des voix. Cette fédération est la plus radicale du pays, avec à sa tête Björn Höcke, figure de proue des identitaires et incarnation de la dérive fasciste d’un ancien mouvement d’eurosceptiques.

«Ce ministre-président a été élu grâce au soutien d’un fasciste très influent. Björn Höcke a un droit de veto sur tout. Le président de l’AfD n’est qu’une marionnette», insiste le politologue Markus Linden. «Cette manœuvre de l’extrême droite a confirmé son objectif: se servir des rouages de la démocratie pour démonter les institutions. N’oublions pas que ce parti est bien plus radical que le RN en France ou le FPÖ en Autriche», ajoute-t-il. La chancelière avait désavoué elle-même sa propre fédération de Thuringe et appelé à de nouvelles élections. «C’est impardonnable. La démocratie allemande a vécu une très mauvaise journée», a-t-elle lancé depuis l’Afrique du Sud où elle se trouvait en déplacement.

Face au tollé, il n’aura pas fallu 24 heures pour que l’obscur Thomas Kemmerich (5% des voix) démissionne de son poste de ministre-président. Sa décision a été accueillie avec un grand soulagement à Berlin. Mais elle ne permettra pas de réparer le préjudice causé par cette poignée de main entre un démocrate et un «fasciste», dénomination désormais autorisée par la justice. «La démocratie allemande fait face à sa plus grande épreuve depuis la fin de la guerre», estime Markus Linden.

L’autorité de la présidente du Parti chrétien-démocrate (CDU), Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK), ressort très affaiblie de ce scandale. Prétendante au poste de chancelière, cette affaire montre à quel point il lui est difficile de contenir les militants favorables à des alliances avec l’extrême droite. En Thuringe, les conservateurs ont ignoré ouvertement ses consignes. Il n’est d’ailleurs pas certain qu’ils acceptent de voter pour la dissolution du parlement afin de provoquer de nouvelles élections.

«Il ne s’agit pas d’un simple accident», insiste Lars Klingbeil, secrétaire général du Parti social-démocrate (SPD). «AKK doit montrer qu’elle a le parti en main», ajoute-t-il. Elle fait face à un cruel dilemme. «Elle doit prendre en considération les velléités de l’aile droite du parti. Mais si elle avait le moindre geste de compréhension envers une alliance avec l’AfD, ce serait la fin de la CDU», ajoute Markus Linden.

De plus, la «grande coalition» avec les sociaux-démocrates serait immédiatement remise en cause. Le parti de la gauche traditionnelle allemande n’a pas manqué de rappeler qu’il avait été le seul à voter en 1933 contre les pleins pouvoirs à Hitler. L’extrême droite est absolument taboue au SPD! Le moindre rapprochement avec l’AfD serait donc fatal au dernier gouvernement d’Angela Merkel. Une réunion au sommet est prévue ce samedi entre les partis de l’alliance gouvernementale pour évoquer cette poignée de main qui a ébranlé le paysage politique allemand.

Créé: 06.02.2020, 22h47

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