Le népotisme, une vieille habitude française

PenelopeGateLa bruyante affaire Penelope Fillon rappelle surtout une pratique française déclinée de mille façons depuis le XIXe siècle.

Image prétexte - Robert Young / Flickr Creative Commons

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La polémique sur l'emploi d'assistante parlementaire de Penelope Fillon s'est emballée à cause du statut de candidat à l'élection présidentielle de son époux. Elle n'est toutefois que l'arbre qui cache la forêt d'une forme de népotisme à la française.

L'histoire politique récente est ponctuée d'exemples fameux, comme la nomination par le président François Mitterrand de son fils aîné Jean-Christophe, journaliste de formation, au poste de conseiller pour les affaires africaines à l'Elysée, en 1983. A l'insistance de sa mère, Danielle Mitterrand.

Moqué par la presse qui l'affublera du surnom de «papa-m'a-dit», Jean-Christophe Mitterrand, s'est retrouvé mêlé à des affaires de trafic d'armes et d'influence et d'abus de biens sociaux. Elles lui ont notamment valu d'être poursuivi en justice dans le cadre du dossier dit de l'«Angolagate».

Pratique très fréquente

Plus récemment, c'est la tentative avortée de Nicolas Sarkozy, en 2009, pour faire nommer son fils aîné Jean, alors simple étudiant en droit, à la tête de l'établissement public pour l'aménagement de la défense (EPAD), le centre d'affaires des Hauts-de-Seine, qui a défrayé la chronique.

Jean Sarkozy avait été élu conseiller général de Neuilly-sur-Seine, fief électoral de son père. Il prendra la vice-présidence du conseil général en 2011. Le même Nicolas Sarkozy a pris dans la cellule diplomatique de l'Elysée une demi-soeur de sa troisième épouse, Carla Bruni.

«La pratique du népotisme est très fréquente, que ce soit au parlement, dans les collectivités locales ou dans les cabinets ministériels», constate le politologue Thomas Guénolé.

XIXe siècle

«Il y a une pratique à l'Assemblée nationale et au Sénat qui consiste à gonfler artificiellement la rémunération du parlementaire en payant son épouse à ne rien faire», ajoute-t-il. Une pratique que l'historien Jean Garrigues fait remonter au début de la IIIe république, à la fin du XIXe siècle.

Selon le député socialiste René Dosière, il y a ainsi 102 emplois familiaux (conjoints ou enfants) rémunérés sur plus de 2000 collaborateurs d'élus de l'Assemblée nationale. Sans parler de ceux qui travaillent en fait surtout pour leur parti, comme certains cadres du Front national rémunérés sur les fonds du Parlement européen (voir article lié).

Maîtresses et amants

Une rumeur avance que «beaucoup de collaboratrices ou de collaborateurs sont les maîtresses ou les amants» de députés, renchérit Jean Guarrigues, auteur d'«Elysée Circus, une histoire drôle et cruelle des présidentielles».

Dans certains cas, comme dans celui de l'actuel président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, c'est le parlementaire qui a épousé sa collaboratrice. Au Sénat, il y avait, au 31 décembre, 59 emplois familiaux sur environ 950 collaborateurs parlementaires, selon le service de presse de la haute assemblée.

«Il y a aussi des cas où l'épouse est réellement la partenaire de la trajectoire politique de son mari», fait valoir Thomas Guénolé, qui cite le cas de la deuxième épouse de Nicolas Sarkozy, Cécilia. Cette dernière a joué un rôle actif auprès de lui comme conseillère, notamment au ministère de l'intérieur.

Claude Chirac, fille de Jacques Chirac, a également joué un rôle clef auprès de son père, notamment à l'Elysée.

Pour Jean Garrigues, la nomination par François Hollande au poste de ministre de l'environnement de son ancienne compagne, Ségolène Royal, «relève du même phénomène».

Le cas Royal

«C'était un choix politique, parce que Ségolène Royal est une figure de la famille socialiste, mais aussi parce que la confiance que François Hollande a en elle est une denrée rare dans le monde politique», souligne l'historien, selon qui cela n'a pas été sans influencer l'attitude du chef de l'Etat.

Selon Jean Garrigues, cette relation particulière explique ainsi que François Hollande se soit abstenu d'arbitrer les tensions entre Ségolène Royal et Manuel Valls, alors qu'il a arbitré en faveur de son ex-premier ministre dans d'autres cas.

La France n'est pas un cas isolé, comme le montrent aux Etats-Unis la propension du nouveau président américain Donald Trump à nommer des membres de sa famille à des postes clefs et, dans une moindre mesure, les dynasties Kennedy, Bush ou Clinton. Mais les affaires aux relents de népotisme qui surgissent régulièrement en France constituent un sujet d'étonnement pour ses partenaires d'Europe du Nord, de culture protestante et beaucoup plus sourcilleux sur les questions d'éthique.

Se servir de l'Etat

«L'exception française, c'est la culture de caste», souligne Jean Garrigues. «Il y a dans le monde politique français le sentiment que servir l'Etat, c'est aussi se servir un peu de l'Etat (...), ce qui est très différent de la culture anglo-saxonne et surtout scandinave.»

Pour cet historien, l'affaire Fillon ne restera pas sans lendemain, comme le prouve, selon lui, la promesse de mettre fin aux emplois familiaux au parlement faite par les finalistes de la primaire de gauche, Manuel Valls et Benoît Hamon, eux-mêmes anciens collaborateurs parlementaires, comme François Fillon.

«Le divorce entre les Français et leurs élites politiques est tel que l'intransigeance de l'opinion face à ces questions est devenue extrêmement forte», dit-il. «Il y aura un avant et un après. Cela devrait mener à un statut de l'élu beaucoup plus contrôlé, beaucoup plus réglementé.» (ats/nxp)

Créé: 27.01.2017, 06h47

Articles en relation

Recouvrement d'indus: l'Europe somme Le Pen

France Le Parlement réclame 340'000 euros versés à Marine Le Pen pour deux assistants qui n'auraient travaillé que pour le FN. Plus...

«Son travail est réel», explique Fillon

Penelopegate Au lendemain des révélations du Canard Enchaîné , le candidat à la présidentielle François Fillon a contre-attaqué, jeudi. Plus...

Fillon monte au front pour sortir du «PenelopeGate»

France Le candidat de la droite a fourni des pièces justificatives à la justice et s’est défendu sur TF1. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Brexit: Theresa May à Bruxelles
Plus...