Un mouvement citoyen à l’assaut de Belgrade

SerbieEn Serbie, des indignés lassés par la corruption veulent reprendre le contrôle de la capitale.

Le canard est le symbole du mouvement Ne Davimo Beograd (Ne cédons pas Belgrade), en lice aux élections de dimanche.

Le canard est le symbole du mouvement Ne Davimo Beograd (Ne cédons pas Belgrade), en lice aux élections de dimanche. Image: DR

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«Attendez, je vous donne un flyer», déclare très sérieusement Ksenija Radovanovic à l’un des policiers venus déterminer l’origine du vacarme au milieu des tours d’un quartier de Novi Beograd. Pendant qu’il prend des notes, les habitants continuent de débattre de la meilleure façon de sauver Ikarus, l’un des plus vieux bâtiments de la capitale serbe qui doit devenir un parking.

Architecte passionnée par les questions d’aménagement urbain et d’inclusion citoyenne, Ksenija Radovanovic est aujourd’hui numéro deux sur la liste de l’initiative citoyenne Ne Davimo Beograd (Ne cédons pas Belgrade) qui se présente aux élections locales ce dimanche.

Ne Davimo Beograd a vu le jour en 2014 pour organiser la résistance des Belgradois à un projet de construction opaque et démesuré. Ksenija Radovanovic se sent alors «forcée d’agir». Après que, au beau milieu de la nuit, des hommes masqués détruisent cent mètres carrés de bâtiments en plein cœur de Belgrade et que la police refuse d’intervenir, ils organisent «les plus grandes manifestations depuis celles qui ont fait tomber Milosevic en 2000», souligne la jeune femme.

Deux cents activistes

Mais les résultats sont limités, poussant le mouvement «à s’organiser pour devenir plus fort», raconte Dobrica Veselinovic, la tête de liste. Le rassemblement devant Ikarus s’achève et le trentenaire, vétéran de la société civile serbe, prend le volant de sa vieille Renault 4 GTL transformée en canard jaune. Le canard est le symbole de Ne Davimo Beograd. «L’humour est la meilleure façon de nous faire connaître», souligne son conducteur.

Financée uniquement par des petites donations personnelles, l’initiative citoyenne ne peut se payer les grandes campagnes d’affichage des plus gros candidats et l’espace médiatique est rare dans le contexte serbe où le manque de liberté des médias est souvent critiqué.

Le mouvement compte deux cents activistes impliqués au quotidien, et des milliers de soutiens y compris au-delà des frontières. Celui de Barcelona En Comu par exemple, autre mouvement citoyen né après la crise économique en Espagne pour aider les victimes des expulsions et qui tient la mairie de Barcelone depuis 2015.

Mais c’est de politiques locales que s’occupe le mouvement. Son programme promeut une ville «juste, égalitaire et solidaire» dans laquelle les citoyens sont réellement impliqués. «Nous voulons leur montrer que la politique peut ne pas être sale», défend Ksenija Radovanic.

«Les expériences à l’étranger nous rendent plus confiants dans le fait que nous sommes du bon côté», estime de son côté Dobrica Veselinovic, détendu et confiant dans ses chaussettes bleues à canards jaunes.

La vieille Renault est garée devant le quartier général. Une fête est organisée pour recharger les batteries avant la dernière ligne droite. Dimanche, le mouvement doit faire au moins 5% des voix pour entrer à l’assemblée municipale. De nombreux électeurs, sympathisants mais hésitants, doivent encore être convaincus face au parti du tout-puissant président Aleksandar Vucic qui tient actuellement la mairie.

(TDG)

Créé: 28.02.2018, 22h18

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