À Moscou, la répression a permis à l’opposition de gonfler ses rangs

RussieEn trois semaines de manifestations, la mobilisation a triplé. Le président reste muet et laisse les forces de l’ordre gérer la crise.

Près de 50 000 personnes se sont rassemblées samedi à Moscou pour dénoncer l’exclusion des candidats indépendants aux élections locales de septembre.

Près de 50 000 personnes se sont rassemblées samedi à Moscou pour dénoncer l’exclusion des candidats indépendants aux élections locales de septembre. Image: MAXIM SHEMETOV/Reuters

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La répression policière de l’opposition à Moscou n’a apparemment pas fonctionné. Au contraire. La manifestation de samedi a réuni trois fois plus de protestataires qu’au début du mouvement, le 20 juillet. Entre 50 000 et 60 000 personnes se sont rassemblées sur l’avenue Sakharov pour une manifestation autorisée par les autorités. Il y a trois semaines, elles réclamaient la participation de candidats d’opposition aux élections du parlement municipal de Moscou. Désormais, les protestataires demandent en plus la libération de dizaines de personnes emprisonnées pour avoir participé aux précédentes manifestations, qui se tiennent désormais chaque samedi à Moscou, tolérées ou non par les autorités. La répression policière et judiciaire paraît avoir réussi à élargir la base des indignés, alors que le scrutin du parlement de la ville, qui doit se dérouler le 8 septembre prochain, n’avait jusqu’ici jamais remué les foules ni atteint la une des journaux.

Les leaders tous en prison

En l’absence de leaders de l’opposition, tous emprisonnés, ce sont des figures de la vie intellectuelle et de la musique qui se relaient sur la scène dressée au bout de l’avenue Sakharov. Beaucoup dans la foule se réjouissent que plusieurs vedettes de hip-hop russe viennent afficher leur solidarité avec le mouvement. «J’adore Face (ndlr: l’un des rappeurs sur scène) et je suis certaine que sa présence va nous aider dans la lutte, explique Katia, une étudiante de 19 ans. Le pouvoir réalise que même s’il emprisonne à tour de bras, d’autres leaders apparaîtront.»

Juste devant la scène, Vadim, 24 ans, raconte avoir participé à toutes les manifestations depuis trois semaines. «Je suis pour Navalny et contre Poutine. Je veux qu’il soit président et que notre pays soit dirigé par des vrais patriotes, pas par ces escrocs qui pillent la Russie. Je voulais voter pour Lioubov Sobol (ndlr: une alliée de Navalny, candidate exclue du scrutin municipal), mais elle a été arrêtée comme tous nos autres leaders. Je vais descendre dans la rue autant de fois qu’il le faudra!» Il admet craindre d’être arrêté, mais pense que «le pouvoir finira par réaliser qu’il n’a aucune chance si la jeunesse est contre lui».

Liste de noms

Il n’y a pour l’instant aucun signe que les efforts d’intimidation du pouvoir se relâchent. Les structures de sécurité ont aussi laissé fuiter la semaine dernière une liste de plus de 3000 personnes arrêtées depuis le début du mouvement. Comme pour les exposer à des mesures de rétorsion venant d’employeurs publics, ou, pour les étudiants, venant des chefs d’établissement.

Des milliers de Moscovites, dont le correspondant de ce journal, ont reçu la veille de la manifestation un SMS les invitant à rejoindre des groupes d’action clandestine comparables au black blocks, visiblement dans l’objectif d’insuffler de la violence dans les rangs d’un mouvement qui en est exempt. «Ces SMS sont une provocation. La violence dans un rassemblement pacifique ne profite qu’au gouvernement, qui veut engager de nouvelles poursuites pénales et intimider la population», a répondu sur Facebook le journaliste Ilya Azar, l’un des organisateurs de la manifestation.

Le silence de l’élite

Au sommet de l’État, c’est le silence complet. Préférant visiblement s’occuper des dossiers internationaux, Vladimir Poutine n’a pas dit un mot sur la contestation. D’où peut-être le mutisme de ses subalternes, en l’absence d’une ligne directrice. Tatiana Stanovaya, directrice de l’institut R.Politik, note sur sa page Facebook que toute l’élite se tait, tandis que sont mises en avant deux figures sans indépendance: la présidente de la commission électorale, Ella Pamfilova, et le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, qui semblent «peu ravis» d’être officiellement en charge du dossier. Pour la politologue, ce sont en réalité l’administration présidentielle et le FSB qui gèrent, et «pour eux, la question n’est pas de réprimer ou non, mais comment réprimer».

Créé: 11.08.2019, 21h39

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