Le message de cette victoire: le bonheur partagé, pas plus

AnalyseGrâce à la victoire des Bleus, le président Macron peut espérer un regain de popularité.

Didier Deschamps à l’Élysée avec le président Macron.

Didier Deschamps à l’Élysée avec le président Macron. Image: Keystone

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Une photo restera comme un symbole, qui a fait le buzz sur les réseaux sociaux: le président Macron, en bras de chemise, exulte au premier but français. On le voit de dos, brandissant le poing face à l’immensité du stade, tandis que derrière lui les officiels applaudissent, sagement assis. L’ardeur, l’impétuosité, la France qui gagne…

Pourtant, le mot d’ordre, autour du président français, était de ne pas trop en faire, de ne surtout pas donner l’impression qu’il cherche une récupération politique. Mais comment résister? Après le match, il y a eu sa longue étreinte avec l’entraîneur Didier Deschamps, comme un hommage entre meneurs d’hommes. Puis le passage dans les vestiaires, où Benjamin Mendy l’a filmé dans un «dab», geste populaire chez les adolescents. Enfin, lundi, dans un registre plus présidentiel, il recevait l’équipe à l’Élysée, avec 1000 jeunes invités, sélectionnés dans les clubs d’origine des joueurs. Pauvre Sarkozy, il n’avait pas eu cette chance: en 2010, l’équipe de France calait lors de la phase de groupes, s’humiliant dans les insultes et la vulgarité. François Hollande non plus: à l’Euro 2016, les Bleus avaient échoué en finale contre le Portugal, une défaite cuisante. Emmanuel Macron, en revanche, fait carton plein: comme lui, l’équipe est jeune, comme lui, elle a la culture de la gagne, comme lui, elle tient ses promesses avec les séductions de l’impulsivité et du réalisme… Le président espère bien y gagner un petit regain de popularité dont il a fort besoin ces temps…

«La victoire de 98 a supprimé le racisme en France. Pendant quarante-huit heures…»

Cela dit, quel message la victoire des Bleus adresse-t-elle au pays? Il y a vingt ans, quand la France avait décroché sa première étoile, le slogan black-blanc-beur s’était imposé pour symboliser «la victoire de la France de la diversité». On sait que l’espoir a tourné court. D’ailleurs, dimanche sur le plateau de TF1, l’humoriste Jamel Debbouze en faisait un cruel résumé: «La victoire de 98 a supprimé le racisme en France, a-t-il lancé. Pendant quarante-huit heures…»

Alors aujourd’hui, les commentateurs sont plus réservés. Certes «Le Figaro» célèbre une équipe «à mille lieues de la tentation égalitariste qui envahit notre société», avec l’espoir qu’elle diffuse dans le pays un «état d’esprit volontaire, exigeant, élitiste même». Mais cette voix est isolée. Les autres commentateurs n’attendent pas du football l’amorce d’une transformation sociale. Ils constatent simplement qu’il a la capacité unique de rassembler une nation, de la plonger dans le bonheur et lui faire vivre des émotions qui marquent une génération. «Nous avons besoin de ces doux moments d’euphorie partagée, qui laissent une joyeuse empreinte indélébile en ceux qui veulent bien se laisser emporter», écrit joliment «La Voix du Nord»…

«Ce qu’ils nous ont offert, c’est un magnifique moment de liesse populaire, de joie, de partage. Ce n’est qu’un moment, mais il faut le prendre sans cracher dessus, car on avait besoin de souffler, de se retrouver»

À Bondy, la ville du héros Kylian Mbappé, où le taux de chômage grimpe à 40% dans les quartiers défavorisés, on ne dit rien d’autre. «Je me méfie quand on plaque des fantasmes comme le vivre-ensemble sur les footballeurs, ou qu’on les charge de mots lourds de sens comme la République», explique Nassira El Moaddem, directrice du Bondy Blog, la voix des banlieues. «Ce qu’ils nous ont offert, c’est un magnifique moment de liesse populaire, de joie, de partage. Ce n’est qu’un moment, mais il faut le prendre sans cracher dessus, car on avait besoin de souffler, de se retrouver.»

Allusion aux terribles attentats qui ont frappé la France ces dernières années. «L’eau et le sang ont tant coulé depuis 1998 qu’on se demandait quand on pourrait se retrouver à nouveau autrement qu’autour de cercueils», écrit l’éditorialiste de «La Voix du Nord». Cette fois, c’était autour de la victoire.

Créé: 17.07.2018, 07h21

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