Matteo Salvini veut conduire les Italiens au pas de charge vers le bureau de vote

Crise politiqueLa Ligue et son chef ont enterré la coalition gouvernementale vendredi. Explication des scénarios possibles.

Matteo Salvini, secrétaire national de la Ligue

Matteo Salvini, secrétaire national de la Ligue Image: Reuters

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Après avoir pulvérisé la coalition gouvernementale et réclamé la dissolution du parlement jeudi, Matteo Salvini a enfoncé un peu plus le clou vendredi en présentant une motion de défiance contre le premier ministre, Giuseppe Conte. Pendant qu’à Milan la Bourse est au bord de la crise de nerfs, à Rome les différents acteurs politiques se préparent à affronter ce qui est déjà une crise majeure. Voici comment.

Sergio Mattarella

Élu chef de l’État italien le 31 janvier 2015, Sergio Mattarella est le garant de la Constitution italienne et le maître du jeu, seul en mesure de décider de la tenue d’élections anticipées. Selon l’usage, le président va rapidement convoquer les chefs des différents partis politiques. But de l’opération: envisager de trouver une autre majorité afin d’éviter des élections législatives anticipées. Car ce dernier scénario ne plaît jamais aux marchés financiers, et encore moins aux technocrates de Bruxelles, qui n’aiment pas l’instabilité politique, généralement synonyme de turbulences économiques. Sergio Mattarella voudrait aussi éviter une élection qui se tiendrait alors au mois d’octobre, car le nouveau gouvernement n’aurait pas le temps de préparer le budget 2020 d’ici au début de novembre. Or, si Sergio Mattarella veut éviter un report de la préparation de ce document de programmation économique et financière, c’est que l’Italie risque déjà une procédure d’infraction pour dépassement budgétaire. Dans cette optique, le chef de l’État a une parade: opter pour la solution d’un gouvernement transitoire de technocrates et repousser la date des législatives anticipées au printemps prochain.

Matteo Salvini

Secrétaire national de la Ligue, ministre de l’Intérieur et vice-président du Conseil italien, il est l’homme fort du gouvernement. En lançant une procédure de divorce jeudi soir, il a aussi publiquement levé le voile sur son objectif. Il veut gagner des élections anticipées pour devenir premier ministre. «Les Italiens sont-ils prêts à me donner les pleins pouvoirs?» a déclaré le tribun jeudi soir durant un meeting tenu dans le cadre de sa tournée des plages. Son idée est simple: obtenir la dissolution du parlement et expédier les Italiens au pas de charge dans les bureaux de vote le 13 octobre afin de profiter des 39% d’intentions de vote que la Ligue recueille en ce moment dans les sondages. Puis passer un accord avec le parti d’extrême droite Fratelli d’Italia et peut-être Forza Italia, la formation de Silvio Berlusconi, pour former un gouvernement.

La première étape de ce programme chargé devrait être franchie la semaine prochaine avec la réouverture extraordinaire du parlement et la convocation des présidents de la Chambre des députés et du Sénat afin de fixer la date du vote sur la motion de défiance contre le gouvernement. Ce n’est qu’une fois la chute du gouvernement entérinée que le parlement pourra être dissous.

Luigi Di Maio

Le chef politique du Mouvement 5 étoiles (M5S), ministre de l’Emploi et du Développement et vice-président du Conseil, est en mauvaise posture. Il est accusé par une partie des militants de s’être inféodé à Matteo Salvini et d’avoir renoncé aux vraies valeurs du mouvement pour rester le plus longtemps possible au pouvoir. Institutionnellement, l’homme est mort, le règlement du Mouvement limitant la carrière parlementaire de ses élus à deux mandats. Pour éviter d’être écarté de la scène politique, Luigi Di Maio devrait réussir à convaincre le Parti démocrate (centre gauche) de sauter dans le train du pouvoir et de former un nouvel Exécutif en remplaçant la Ligue. Cela lui permettrait de mener la législature à son échéance naturelle, c’est-à-dire en 2023. L’opération s’annonce compliquée mais pas totalement impossible.

Giuseppe Conte

Le président du Conseil, c’est-à-dire le premier ministre, n’est officiellement affilié à aucun parti politique. En juin 2018, la Ligue et le M5S avaient porté leur choix par défaut sur cet avocat quinquagénaire. Mais il se murmure que celui-ci aurait pris goût au pouvoir depuis sa nomination et qu’il pourrait tenter de rempiler en se faisant désigner tête de liste par le M5S lors d’éventuelles législatives anticipées.

Créé: 09.08.2019, 20h20

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