«Matteo Salvini est dangereux pour la cohésion sociale de l’Italie»

InterviewLe mouvement anti-Salvini des Sardines prépare une vaste manifestation samedi à Rome. Interview de son fondateur, Mattia Santori.

«Nous sentons le poids d’une grande responsabilité sur nos épaules.» Mattia Santori, l'un des fondateurs du mouvement anti-Salvini des Sardines.

«Nous sentons le poids d’une grande responsabilité sur nos épaules.» Mattia Santori, l'un des fondateurs du mouvement anti-Salvini des Sardines. Image: Keystone

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Les Sardines se lancent en mer ouverte. En convoquant pour samedi prochain une manifestation place Saint-Jean à Rome, le mouvement anti-Salvini né le 14novembre dernier à Bologne affronte un lieu symbolique de la politique italienne. L’immense place qui semble vide à moins de 100000 personnes présentes était en effet le sanctuaire des grands rassemblements du Parti communiste. Silvio Berlusconi ne l’affronta qu’une seule fois alors qu’il était au sommet de sa popularité. En la remplissant, le M5S démontra qu’il fallait compter avec lui. Les Sardines jouent donc leur crédibilité politique.

Âgé de 32 ans, diplômé en économie, champion de frisbee sportif, les cheveux en pétard, à l’aise sur les plateaux de TV où sa spontanéité fait un tabac, Mattia Santori est un des quatre fondateurs du mouvement. Le jeune homme qui veut battre le populisme par l’ironie nous livre les dessous de son aventure, politique et personnelle.

Quand avez-vous imaginé fonder un mouvement contre Salvini?

Nous y avons pensé seulement six jours avant la manif de Bologne! Il n’y a pas eu un fait déterminant, seulement la prise de conscience que la rationalité n’avait plus place dans la campagne électorale d’Émilie-Romagne, que nous courrions le risque de voir une des régions les mieux administrées d’Europe sur le plan social, sanitaire et éducatif, passer sous le contrôle d’un parti populiste. On a voulu faire quelque chose.

N’est-ce pas le rôle des partis politiques traditionnels, en particulier de ceux de gauche, de s’opposer au populisme?

Il y a deux canaux parallèles. D’un côté, la politique avec ses arguments, ses chiffres et ses programmes. De l’autre, la population qui réagit lorsqu’elle s’aperçoit qu’elle est face à un message politique violent et agressif. Avec son langage, Salvini divise, il est dangereux pour la cohésion sociale du pays. Berlusconi n’était que marketing politique. Salvini, c’est le marketing politique plus l’agressivité, la division, la recherche de l’ennemi. Jusqu’à il y a deux semaines, fort des sondages, il disait «Je suis le chef». En réunissant des milliers de personnes dans les places, nous avons démontré que ce n’est pas vrai. Nous sommes des anticorps.

On vous reproche pourtant d’être seulement contre Salvini. Quel est le message constructif des Sardines?

Nous voulons un nouveau pacte social, sans drapeaux de parti politique, et proposer un modèle de société différente basée sur les associations, les jeunes, les femmes, le monde LGBT. Une sphère sociale qui s’est sentie méprisée. Salvini nous a traités d’inutiles, d’ignorants, d’improductifs. Nous n’avons pas de programme politique mais nous voulons éviter en Italie la fracture du populisme.

À l’époque d’internet, les manifestations de rue ne sont-elles pas une façon dépassée de faire de la politique?

Les places fonctionnent. Elles prouvent que nous avons fait passer un message, que la communication en chair et en os est plus forte que la communication virtuelle. Où que j’aille depuis la manif de Bologne, les gens dans la rue me félicitent et m’encouragent. Mais lorsque je rentre chez moi, mon réseau social est envahi de milliers d’injures et de menaces. C’est la preuve que le web est manipulé. On ne peut pas manipuler 12000 personnes qui se réunissent sur une place malgré la pluie. En Italie, Berlusconi a révolutionné la politique avec les télévisions, Beppe Grillo l’a fait avec les meet-up sur internet, Salvini avec les live Facebook. Nous, nous sommes revenus sur les places. Un retour au passé positif pour une nouvelle époque politique.

L’ironie est une arme efficace contre la xénophobie ?

Terriblement efficace. Ce qui a le plus dérangé Salvini, c’est que nous avons porté sur les places des gens souriants, pacifiques, ironiques, cultivés et créatifs alors que lui ne s’appuie que sur la rage et la peur.

38% des Italiens ont plus ou moins de la sympathie pour les Sardines. Qu’allez-vous faire de ce consensus inattendu?

On ne sait pas! Chaque jour nous découvrons des choses que nous ignorions. Comment utiliser cette énergie? Je n’ai pas la réponse mais nous ne deviendrons pas un parti politique au sens strict et je ne suis candidat à rien.

Votre vie personnelle a-t-elle changé depuis la naissance des Sardines le 14 novembre dernier?

Énormément! Ma vie, comme celle de mes compagnons, est épuisante. Nous sentons le poids d’une grande responsabilité sur nos épaules.

Créé: 12.12.2019, 19h57

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