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«Marchais avait «l’Humanité», Mélenchon a «Le Média»

La gauche antilibérale lance une TV alternative. Ce canal d’information se veut indépendant mais s’apparente à une TV Mélenchon, analysent les spécialistes.

Jean-Luc Mélenchon, lors d'un débat TV, avec sa «spin doctor» Sophia Chikirou qui a pensé Le Média TV.
Jean-Luc Mélenchon, lors d'un débat TV, avec sa «spin doctor» Sophia Chikirou qui a pensé Le Média TV.
AFP

«Dans les années 1970, Georges Marchais avait l’Humanité. En 2017-18, Jean-Luc Mélenchon aura ses chaînes TV sur le Web. Dans le fond, rien ne change!» Christian Delporte, historien des médias et de la politique, porte un regard plutôt détaché sur les annonces de grand chambardement dans le monde médiatique hexagonal. Et n'hésite pas à ironiser avec celui qui fut le secrétaire du Parti communiste pendant plus de 20 ans...

Retour en 2017. Mercredi soir, sur le coup de 20 heures a eu lieu la soirée de lancement de «Le Media TV». Proche de la France insoumise, cette télévision alternative se veut indépendante et universaliste. Elle diffusera ses programmes officiellement le 15 janvier prochain. Elle devance aussi les prochains développements de la chaîne YouTube de Jean-Luc Mélenchon, qui elle entend donnera du corps à la ligne politique de la gauche antilibérale.

Le Media TV? Cette télévision alternative, née de la volonté du psychanalyste Gérard Miller, pourtant un habitué de la presse à travers chroniques et réalisations de reportages sur les chaînes du service public, se veut un «indépendant, collaboratif, pluraliste, culturel, francophone, humaniste, féministe, antiraciste, écologiste et progressiste». L’autre tête pensant du projet en est Sophia Chikirou, la «spin doctor» de Jean-Luc Mélenchon. Elle a d’ailleurs choisi la rédactrice en cheffe, la journaliste Aude Rossigneux.

Ce média citoyen qui était dans l’air depuis la fin des législatives a ensuite été présenté au grand public par la publication d’un manifeste dans le Monde le 25 septembre dernier. Agrémenté de la signature de 150 personnalités culturelles et politiques. On y trouve Eva Joly, Arnaud Montebourg, Laurent Baffie, Josiane Balasko ou Jean-Pierre Darroussin ou encore Bruno Gaccio, l’ex-plume des Gignols.

Podemos et Bernie Sanders

«Je suis déçu, car le texte signé dans le Monde laissait penser à quelque chose de plus universel», analyse le sociologue des médias Denis Muzet. Et de poursuivre: «Il y avait peut-être un espace TV pour échapper aux lois de la presse actuelle, à la course à l’audimat et à la rentabilité. Prêtons au moins aux initiateurs de ce projet la volonté de vouloir rabattre les cartes. Mais du côté de l’indépendance, le compte n’y est pas. C’est un organe au service du mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Dans son rejet profond et viscéral de l’élite politico-médiatique, il y a une posture. Et dans cette TV, sans doute une imposture!»

L’objectif de ce média alternatif est donc de contourner la presse traditionnelle. Comme l’a fait Jean-Luc Mélenchon durant la campagne présidentielle et ensuite lors des législatives. Les modèles à suivre sont ainsi «Young Turks», la chaîne alternative USA proche de Bernie Sanders ou la Tuerka, le canal Youtube de Podemos en Espagne.

Un média collaboratif

L’objectif? Evidemment élargir l’audience habituelle de Jean-Luc Mélenchon dont la chaîne compte tout de même 150'000 abonnés. Le Media veut donc produire un JT quotidien gratuit qui s’adresse au plus grand nombre. Mais s’éviter l’uniformisation idéologique et la similitude des traitements des sujets que critique l’équipe rapprochée du tribun de l’ultra-gauche, désormais leader autoproclamé de l’opposition.

Et qui se plaint encore du «Mélenchon bashing» habituel des chaînes d’information contrôlé par une poignée de multimillionnaires. En effet, CNews et Canal» appartiennent à Vincent Bolloré, BFMTV à Patrick Drahi (tout comme Libération), LCI au groupe Bouygues. Tandis que le Figaro appartient à la famille Dassault et le Monde en grande partie à Xavier Niel. La ligne du média revendiqué est celle de la « subjectivité honnête ». Manière de dire qu’il veut opposer une ligne de gauche assumée à des médias uniformément libéraux.

La transgression fait l’audience

«C’est avant tout un coup médiatique pour continuer à souligner que l’innovation est dans son camp. Le Média TV et le futur développement de sa Mélenchon TV permettront de faire du buzz tout en continuant à aller sur les médias traditionnels sans lesquels Jean-Luc Mélenchon n’existe pas», juge Christian Delporte.

Et l’historien des médias de souligner que les médias traditionnels, «contrairement à ce qu’on dit», adorent la transgression. Et Christian Delporte de mettre en perspective: «A l’époque de la TV à papa, on invitait Georges Marchais pour sa truculence et faire un peu peur aux bourgeois. Rien n’a changé avec Jean-Luc Mélenchon. Les élus de la France insoumise n’ont pas à se plaindre de la place qui leur est réservée dans les médias», insiste-t-il.

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