Le maire de Palerme, Leoluca Orlando, défend une Italie à contre-courant

MigrationAlors que les élections européennes ont été le théâtre d’une victoire écrasante de la Lega, Palerme défend son modèle d'intégration des migrants.

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Alors que, selon les chiffres du HCR publiés ce mercredi matin, le nombre de personnes déracinées à travers le monde a dépassé 70 millions en 2018, la ville de Palerme et Leoluca Orlando sont souvent cités en exemple comme un modèle radicalement opposé à celui de Salvini, surtout en ce qui concerne l’accueil des populations étrangères.


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9 heures. La voiture du maire et celle de son escorte sont garées dans la cour de l’école Petrini, en périphérie de Palerme. Assis dans une classe, Orlando partage les bancs d’école avec un groupe d’étudiants, de mères et de représentants de l’école, pour participer au «laboratoire Speroni». Cette expérience, qui comprend des architectes et des étudiants des Beaux-Arts, a pour but d’intégrer les enfants à la renaissance de leur quartier durant un atelier de trois jours. Pour ces populations, c’est une nouvelle forme de citoyenneté participative. Une lueur d’espoir dans un quartier saccagé par les investissements de promoteurs mafieux, où les espaces publics et le sens civique n’ont jamais eu beaucoup d’occasions de se développer.

Le maire lui-même semble ému par l’enthousiasme et les résultats de cette expérience. «Le sens de notre présence ici est d’apprendre à prendre soin de ce qui nous entoure», dit-il en s’adressant à la salle. Avant de reprendre: «Lorsque je suis venu ici, je me suis rendu compte que ces quartiers ont encore de nombreux problèmes. Mais ce genre d’initiative doit être une étincelle de changement qui pourra amener à une contamination.»

Résoudre les nombreux problèmes de Palerme au lieu de s’occuper des migrants, c’est le message que Salvini oppose régulièrement au maire Orlando. Lors de sa venue la semaine dernière en Sicile, le ministre de l’Intérieur n’a pas hésité à scander «les Siciliens d’abord», alors même que son parti est né de la discrimination du Sud, qu’il considérait jusqu’à il y a peu comme «l’ennemi numéro 1 de l’Italie». Alors que Salvini développe à l’envi un discours basé sur le primat national, Orlando a fait de l’ouverture et de l’accueil sa marque de fabrique.

15 heures. De retour dans le centre historique, Orlando pénètre dans la salle principale de la mairie. Des centaines d’enfants et d’adolescents occupent les chaises. Ils sont tous nés à Palerme mais n’ont pas la nationalité italienne. Contrairement à la France, l’Italie n’applique pas le droit du sol. De nombreux jeunes ayant grandi dans la péninsule et dont les parents sont étrangers n’obtiendront jamais la nationalité italienne. En collaboration avec l’Unicef, la Mairie de Palerme offre la citoyenneté honoraire à ces jeunes nés dans la capitale sicilienne. Leoluca Orlando prend la parole devant la foule d’enfants. «Tout d’abord, je souhaiterais m’excuser pour la politique italienne. Ici, nous voyons les choses différemment. Rien que sur cette année, nous sommes fiers d’avoir distribué 556 citoyennetés honoraires à qui est né à Palerme. Ici, nous appliquons le droit du sol!» Prenant un air grave, il continue: «Ceux qui gouvernent aujourd’hui l’Italie voudraient que nous ayons peur de ceux qui ont moins. Nous, au contraire, nous souhaitons en prendre soin.» Le centre de la salle se remplit de jeunes qui tiennent fièrement le certificat de citoyenneté honoraire à la main. Orlando est debout au milieu d’eux, tout sourire.

«Au vu du climat actuel en Italie et en Europe, cela ne m’intéresse pas d’être dans l’opposition. Lorsqu’on fait face à des idées aussi racistes et étroites d’esprit, le débat ne sert à rien. Il faut créer des alternatives.»

Leoluca Orlando, maire de Palerme

À travers ce geste symbolique, Orlando met en pratique son fameux slogan «Qui arrive à Palerme est Palermitain». Pierre angulaire de sa politique, c’est ce qui l’a poussé à refuser l’application du décret Salvini sur la sécurité, qui prévoyait l’annulation de permis de séjour à vocation humanitaire pour les remplacer par des permis spéciaux d’une durée maximale d’un an. Citant la Constitution italienne, qui mentionne la nécessité de respecter les droits fondamentaux des personnes, Orlando avait alors interdit à ses fonctionnaires d’appliquer la «loi inhumaine et criminogène» voulue par le ministre de l’Intérieur. Suite à une longue bataille médiatique, un tribunal de Bologne a fini par donner raison au Palermitain, déclarant l’initiative du tribun de la Lega contraire à la Constitution.

Mais ce combat reste d’actualité. Alors qu’Orlando a déclaré que Palerme resterait un port ouvert et a soutenu personnellement la mise en place de l’opération Mediterraneo, qui vise à maintenir les secours en mer, l’homme fort du nord de l’Italie prépare une nouvelle mouture de sa loi sur la sécurité, dans laquelle des sanctions économiques allant jusqu’à 50 000 euros et le séquestre des bateaux utilisés pour des secours en mer seront prévus en cas d’entrée dans les eaux italiennes sans autorisation préalable. Deux approches diamétralement opposées qui permettent de voir les deux visages de l’Italie contemporaine. Mais le maire de Palerme refuse d’être vu comme un simple opposant à Salvini.

Regardant droit devant lui depuis son imposant bureau, il conclut: «C’est ce que nous faisons à Palerme. Ici, les migrants ou les étrangers n’existent pas, il y a uniquement des êtres humains.»

Créé: 19.06.2019, 14h43

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