La main tendue de l’extrême droite ne trouve pas preneur

SuèdeMalgré leur progression, les Démocrates de Suède font face au cordon sanitaire des autres partis.

Le leader de l’extrême droite, Jimmie Akesson, s’est dit «prêt à parler avec tout le monde» pour sortir de ce «chaos politique».

Le leader de l’extrême droite, Jimmie Akesson, s’est dit «prêt à parler avec tout le monde» pour sortir de ce «chaos politique». Image: Keystone

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Tommy Nilsson est un militant heureux, ce lundi matin à Sjöby, au sud de la Suède. Au lendemain des élections législatives, son parti Sverigedemokraterna (les Démocrates de Suède, SD, populiste) a atteint un pic historique dans sa petite ville de la région de Scanie, bastion de l’extrême droite: près de 30% des voix, contre 17,6% au niveau national.

«Jimmie (Akesson, le président de SD) aurait été aux anges si le reste du pays avait voté comme nous. On aurait été le premier parti de Suède!» clame-t-il. Comme en rêvait Akesson, qui aspirait «à voir SD devenir la première formation du Riksdag (parlement monocaméral) ou la deuxième» en surfant avec succès sur la vague de l’immigration qui préoccupe une frange croissante de l’électorat. Déception

Quelques heures plus tôt, à 500 km de là, à Stockholm, le dirigeant de SD ne cachait pas sa déception, en face de ses partisans, de demeurer le troisième parti du parlement, en dépit de sa progression de 4,7% par rapport au scrutin précédent de 2014 (12,9%).

«Nous avons tout donné. Mais nous ne sommes pas satisfaits. Nous sommes les vainqueurs de ces élections et voulons avoir l’influence qui correspond à notre rang», martèle-t-il, appelant les autres partis à «tenir compte de cette réalité» et à engager le dialogue avec son parti isolé car jugé infréquentable depuis son entrée au Riksdag en 2010 avec 5,7% des suffrages.

Mais avec 17,6% des voix et 62 sièges sur les 349 du parlement, SD détient une position clé car les élections de dimanche ont débouché sur une impasse: le bloc de centre gauche mené par les sociaux-démocrates a juste un siège de plus que l’Alliance de centre droite (143-142).

Jimmy Akesson s’est dit «prêt à parler avec tout le monde» pour sortir de ce «chaos politique», invitant lundi les conservateurs d’Ulf Kristersson et les chrétiens-démocrates à une discussion en vue de préparer le retour du centre droite au pouvoir, une invitation rejetée sur-le-champ par ces deux partis qui ont déjà refusé durant la campagne «toute coopération avec ce parti anti-immigrés et eurosceptique».

Une déception, d’autant que le leader de SD avait déclaré précédemment qu’il «soutiendrait un gouvernement composé de conservateurs et de chrétiens-démocrates» les moins réfractaires à son parti, sans exiger d’en faire partie, mais en demandant d’exercer une influence sur sa politique migratoire et sociale.

«Il est tout à fait exclu que SD entre dans un gouvernement. Les deux blocs de centre gauche et centre droite maintiennent toujours un cordon sanitaire autour de lui», estime Drude Dahlerup, professeur en sciences politiques à l’Université de Stockholm.

La victoire de SD pourrait être un coup d’épée dans l’eau selon certains analystes. «Et ce n’est pas un déni de démocratie que de ne pas tenir compte de ce parti», pense Jonas Hinngfors, politologue à l’Université de Göteborg.

Mais une nouvelle période d’isolement de SD au parlement risque de renforcer encore plus la popularité de ce parti dans l’opinion. «Cet éléphant dans la pièce est devenu si grand qu’on ne peut, avec toute la bonne volonté du monde, l’ignorer», résume le quotidien conservateur «Svenska Dagbladet». Pour le professeur Anders Sannerstedt, de l’Université de Lund, les autres partis «doivent trouver d’autres voies pour gérer le problème SD», notant que «d’autres gouvernements voisins au Danemark, en Norvège et en Finlande ont su s’accommoder de la présence de partis populistes. Alors pourquoi pas en Suède?» se demande-t-il.

La fin des blocs

En attendant, le premier ministre social-démocrate sortant, Stefan Löfven, tout en rappelant que son parti «est de loin le plus grand de Suède», en dépit d’un recul historique (–2,8 points à 28,4%), «ne compte pas quitter» son poste en dépit des appels à sa démission par le chef de file de l’opposition, le conservateur Ulf Kristersson.

Il constate qu’«il n’y a aucune raison justifiant (son) départ d’autant qu’aucune aile du parlement n’a la majorité», et invite la droite à une coalition en constatant que «le résultat de ce scrutin a sonné le glas de la politique des blocs qui affaiblit et risque de paralyser la démocratie suédoise». (TDG)

Créé: 11.09.2018, 07h36

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