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Macron ne veut pas gérer des crises mais donner un cap pour son pays

Peu de neuf mais la confirmation de la volonté de réformes de Macron. Le président s’est placé en instrument du peuple. Analyse.

Emmanuel Macron a délivré en une heure trente de discours les grands axes des réformes que son premier ministre doit mettre en musique. Lui s'est posé en instrument de la volonté populaire. Ainsi a parlé Emmanuel Macron pour son premier Congrès à Versailles. (Photo d'illustration.)
Emmanuel Macron a délivré en une heure trente de discours les grands axes des réformes que son premier ministre doit mettre en musique. Lui s'est posé en instrument de la volonté populaire. Ainsi a parlé Emmanuel Macron pour son premier Congrès à Versailles. (Photo d'illustration.)
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«Nous connaissons à présent l’enthousiasme des commencements, mais la gravité des circonstances nous empêche d’en ressentir aucune ivresse.» Emmanuel Macron n’a pas manqué de formules mêlant dynamisme et appel à la responsabilité à l’adresse des sénateurs et de députés réunis en congrès à Versailles.

Pour son premier «discours sur l’Etat de l’Union» à la française, car le président de la république a redit sa volonté de se présenter annuellement devant les élus tricolores, Emmanuel Macron a multiplié les annonces. Et surtout a confirmé une série réformes institutionnelles promises lors de sa campagne présidentielle. Notamment la réforme du parlement et l’introduction d’une dose de proportionnelle.

Jupitérien…

Monarchique Emmanuel Macron? «Nous avons, vous et moi, reçu le mandat du peuple. Qu’il nous ait été donné par la Nation entière ou par une circonscription ne change rien à sa force», lance-t-il en préambule de son discours. La formule est une antiphrase. Le président français sait parfaitement qu’il est désormais quasi seul à avoir une légitimité. «C’est la réalité politique du moment: les partis sont affaiblis, il y a une absence de leader d’opposition et un manque d’interlocuteurs de poids», analyse le politologue Stéphane Rozès.

Rassembleur? Faussement. Car le ton lyrique et frotté de figures de styles d’Emmanuel Macron cache en effet quelques formules tout à son honneur et piquantes pour ses opposants. «En vous élisant, dans votre nouveauté radicale, à l’Assemblée nationale, le peuple français a montré son impatience à l’égard de ce monde politique», dit-il. Manière élégante de souligner qu’il dispose d’une large majorité à l’assemblée constituée de novices qui lui doivent son élection.

Emmanuel Macron n’a d’ailleurs pas manqué de railler la cinquantaine d’élus (centristes, communistes et mélenchonistes) qui ont boycotté le congrès. «Ils ont de leur rôle de parlementaire une conception vague que masquent mal l’arrogance doctrinaire ou le sectarisme. (…) Sieyès et Mirabeau ne désertèrent pas si promptement le mandat que leur avait confié le peuple», glisse-t-il l’air de rien. Par ailleurs, le président français n’a pas hésité à évoquer, en creux, les faux procès dont il estime être l’objet de la part de ses contradicteurs et de la presse. «Rien de tout cela n’est vrai!»

Les réformes…

«Avec la réduction d’un tiers des députés et diverses réformes, il affirme qu’il entend moderniser les institutions. Il parle même de république girondine, c’est une synthèse novatrice», pense Stéphane Rozès. Emmanuel Macron a en effet émis l’idée que la France, trop centralisée, devait faire davantage confiance à ces territoires. Le message, audacieux au pays du jacobinisme, est apparu vague dans un discours fleuve.

Dans le concret, Emmanuel Macron entend réduire d’un tiers le nombre de députés et sénateurs (actuellement 577 et 348). L’introduction d’une dose de proportionnalité lors des élections législatives est l’une des grandes annonces de ce discours. Il l’a articulé avec une limitation du cumul des mandats dans le temps. «Cela donnera le rythme normal de la représentativité et du renouvellement de la vie politique», explique-t-il.

La refondation du Conseil économique social et environnemental, la suppression de la Cour de justice de la République, un droit de pétition revu et la possibilité de «parachever» certaines réformes via référendum sont d’autres annonces importantes d’un Macron qui a dit vouloir améliorer la «représentativité de notre démocratie et renouveler le pacte civique». Très solennellement, il a donné un an à son premier ministre pour lui présenter des résultats en la matière. «Le président fixe le cap, le premier ministre applique la méthode. Il a redit la prééminence présidentielle», conclut Stéphane Rozès.

L’Europe…

Emmanuel Macron a encore annoncé la fin de l’état d’urgence pour l’automne prochain, une réforme de l’asile et surtout réaffirmé le retour de la France dans le concert international… «Nous devons être le centre d’un nouveau projet humaniste pour le monde», lance-t-il. Ses intentions sur l’Europe apparaissent ainsi particulièrement ambitieuses avec des « conventions démocratiques » dans tous les pays de l’Union européenne. Une manière de refonder l’union par la base.

Et surtout aussi une manière de faire un bilan de l’action de l’UE en incluant le plus grand nombre contre l’ascendance de l’Allemagne? Stéphane Rozès le pense qui voit une manière habile de faire comprendre au grand partenaire que «l’UE a reculé sur le plan économique, avec une crise qui touche durablement les pays du Sud, et qui a reculé sur le plan démocratique, avec la montée des partis d’extrême droite partout en Europe!»

Dans les mots d'Emmanuel Macron, cela donne: « Il faut donc reprendre l’Europe à son début, à son origine même, et faire revivre le désir d’Europe. Comment ? Précisément, en ne laissant pas le monopole du peuple et des idées aux démagogues ou aux extrémistes. En ne faisant pas de l’Europe un syndic de gestion de crise, qui cherche chaque jour à allonger son règlement intérieur parce que les voisins ne se font plus confiance. Mais surtout en retrouvant le souffle premier de l’engagement européen ! »

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