Macron se place en ingénieur d’une UE à plusieurs vitesses

EuropePendant une heure et demie, à Paris, le président français a détaillé sa vision pour les dix ans à venir de l’Union européenne. Il prône une refonte radicale de son fonctionnement.

Emmanuel Macron a exposé mardi une série de propositions et une méthode pour élaborer une feuille de route sur dix ans pour l’Union européenne.

Emmanuel Macron a exposé mardi une série de propositions et une méthode pour élaborer une feuille de route sur dix ans pour l’Union européenne. Image: AP

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«L’Europe est déjà à plusieurs vitesses. Alors n’ayons pas peur de le dire et de la faire.» Pendant une heure et demie, mardi après-midi devant les étudiants de la Sorbonne à Paris, le président Emmanuel Macron a développé sa vision de l’Union européenne pour les dix ans à venir. En commençant par voir la situation telle qu’elle est: les pays membres de l’Union ne peuvent pas tous avancer d’un même pas. Le chef d’Etat français se veut donc l’ingénieur de la nouvelle mécanique européenne en utilisant six clés.

Zone euro

Dans son discours, Emmanuel Macron fait de la nouvelle organisation de la zone euro la dernière – mais la plus importante – des clés de «son» Europe. Comprenant dix-neuf pays membres sur les vingt-huit Etats de l’UE (en comptant encore la Grande-Bretagne) , la zone de la monnaie unique deviendrait le centre de l’Union européenne. Le cœur de ce centre, Emmanuel Macron le réserverait au «couple franco-allemand» revivifié par un nouveau traité entre les deux pays le 22 janvier prochain, qui aurait notamment pour objectif d’intégrer les droits commerciaux des deux Etats. Macron cite également comme pays moteurs l’Italie, le Benelux, l’Espagne, le Portugal. Mais visiblement il ne compte guère sur les Etats de l’Est européen pour le faire marcher à plein régime.

Lire aussi l'éditorial: L’obsession allemande de Macron

Autour de ce centre, figuré par la zone euro, les autres pays européens pourraient s’associer à tel ou tel projet s’ils le désirent, «à la carte», mais sans disposer du pouvoir de bloquer les Etats qui veulent aller plus vite et plus loin. La Grande-Bretagne «post-Brexit» pourrait trouver sa place dans cette nouvelle configuration.

La zone de type Macron disposerait de son propre budget administré par un ministre des Finances et contrôlé par un parlement. Dans l’idée d’Emmanuel Macron, ce serait une nouvelle assemblée en plus du Parlement européen. Mais on le sent prêt à céder au président de la Commission, Jean-Claude Juncker, qui veut absolument conserver l’actuel Parlement comme unique assemblée.

Sécurité

Le président français constate, en la déplorant, «l’absence d’une culture stratégique commune». Sans elle, il est inutile de vouloir construire une armée européenne. Pour que s’élabore cette «culture stratégique commune», Emmanuel Macron propose que chaque pays accueille dans ses armées des militaires venus d’autres Etats afin de participer aux échanges de renseignements, aux travaux de planification et aux soutiens des opérations. «Au début de la prochaine décennie, l’Europe devra être dotée d’une force commune d’intervention, d’un budget de défense commun et d’une doctrine commune pour agir», précise le président français, qui ajoute la création d’une «Académie européenne du renseignement».

Frontières et migrations

«Faire une place aux réfugiés est notre devoir commun d’Européens mais nous devons le faire sans laisser le fardeau à quelques-uns», affirme Emmanuel Macron. Il propose donc la création d’un «office européen des demandes d’asile» ainsi que d’une police européenne des frontières et d’un financement européen pour permettre l’intégration des réfugiés.

Développement

Ce sujet est fortement lié au précédent. Macron fait du partenariat avec l’Afrique un élément essentiel de la politique étrangère de l’Europe, qui doit aider au développement de ce continent voisin. Pour financer ces programmes, le président français veut relancer le projet de taxe sur les transactions financières. En songeant sans doute à la place bancaire de l’Allemagne, Macron ajoute que la City ne ferait pas concurrence aux autres places européennes, puisque la Grande-Bretagne dispose de cette taxe, tout comme la France.

Transition écologique

Le chef d’Etat veut instaurer une taxe carbone à l’échelle de l’UE et la création d’un véritable marché européen de l’énergie. Mais le président français marche sur des œufs en abordant un dossier périlleux pour tout dirigeant de son pays: l’agriculture. Il propose une nouvelle politique agricole commune (PAC) qui viserait deux objectifs: «Nous protéger des aléas des marchés alimentaires mondiaux et laisser plus de flexibilité aux territoires pour accompagner les évolutions des filières.»

Numérique

Afin que les grands groupes de l’économie numérique versent enfin leur juste contribution, Macron cherche à créer une taxe qui serait établie «là où la valeur est produite» et se fait le champion de la défense des droits d’auteur. Il résume ainsi sa philosophie: «Aujourd’hui, le continent du numérique n’a pas de loi, si ce n’est celle du plus fort.» L’Europe dispose de la taille critique nécessaire pour réguler ce secteur qui, par nature, se joue des frontières nationales.

Si Emmanuel Macron affirme qu’il n’a pas changé son discours en fonction des élections législatives allemandes du week-end dernier, nous ne sommes pas obligés de le croire. En effet, le président français a répondu, sans le nommer, au dirigeant du FDP (Parti libéral allemand) Christian Linder, qui avait fait des propositions de Macron sur l’Europe une «ligne rouge» que l’Allemagne ne devait pas franchir.

Réplique à distance de Macron: «Je n’ai pas de ligne rouge, je n’ai que des horizons!» Cela dit, l’avenir des propositions françaises dépendra en grande partie des tractations qu’Angela Merkel entreprend avec Christian Linder pour former son nouveau gouvernement. L’horizon de Paris est inséparable de celui de Berlin.

(TDG)

Créé: 26.09.2017, 21h56

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