Macron et Le Pen ont pour seul but de devancer l’autre

FrancePour le parti du président, arriver derrière Marine Le Pen le 26 mai serait pire qu’une défaite, une humiliation. Comment l’éviter?

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Emmanuel Macron figure en gros plan sur un des placards de La République en marche pour 
les Européennes du 26 mai. Du côté du Rassemblement national, Marine Le Pen s’expose à côté de la tête de liste Jordan Bardella. Les deux partis sont au coude à coude et à travers ces élections, c’est un affrontement entre le président de la République et la cheffe du premier parti d’opposition qui se joue.

Affiches Emmanuel Macron figure en gros plan sur un des placards de La République en marche pour les Européennes du 26 mai. Du côté du Rassemblement national, Marine Le Pen s’expose à côté de la tête de liste Jordan Bardella. Les deux partis sont au coude à coude et à travers ces élections, c’est un affrontement entre le président de la République et la cheffe du premier parti d’opposition qui se joue. Image: DR

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Nathalie Loiseau, la tête de liste de La République en marche (LREM), est une femme très demandée mais aussi très sélective: ces dernières semaines, elle a refusé tous les débats télévisés en tête à tête avec ses concurrents. Tous, à l’exception d’un seul, celui avec Jordan Bardella, tête de liste du Rassemblement national (RN), qu’elle a affronté mercredi sur le plateau de BFMTV.

Naturellement, les autres adversaires sont furieux, mais le message que cherche à faire passer l’ancienne ministre est clair: en France, dans cette campagne pour les élections européennes, il n’y a que deux partis qui comptent, deux partis qui se livrent à une lutte au sommet loin devant les autres, deux partis au coude à coude, avec quelque chose comme 22% des intentions de vote, et qui tentent chacun de faire croire que celui qui arrivera en tête, même s’il n’a qu’un demi-point d’avance, aura terrassé l’autre…


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Car derrière Mme Loiseau et M. Bardella, il y a deux personnages beaucoup plus considérables: le président de la République, Emmanuel Macron, et la cheffe du premier parti d’opposition, Marine Le Pen. Deux ans après l’affrontement de la présidentielle, les élections européennes leur offrent un nouveau bras de fer et l’occasion de mesurer lequel des deux l’emporte sur l’autre.

Pour Marine Le Pen, arriver en tête serait un petit pas de plus dans sa lente et méthodique stratégie de conquête du pouvoir. Pour Emmanuel Macron, arriver en tête est une absolue nécessité – tout autre résultat serait une humiliation qui ruinerait son image à l’étranger et fragiliserait sa capacité à surmonter la crise des «gilets jaunes» pour relancer un train de réformes.

Bref, Emmanuel Macron joue gros, et il ne s’en cache pas. La semaine dernière, lors d’un sommet européen informel en Roumanie, il est sorti du rôle d’arbitre que lui assigne la Constitution pour affirmer en conférence de presse: «Je mettrai toute mon énergie pour que le Rassemblement national ne soit pas en tête.» Afin de justifier cet engagement partisan, il fait valoir que «le choix de l’Europe, c’est aussi celui de la nation, et c’est celui qu’il me revient de défendre». Alors il figure en gros plan sur une des affiches LREM, il donnera la semaine prochaine une interview dans la presse régionale et, selon des membres de son entourage, il envisage ce qu’ils appellent «une expression», c’est-à-dire un petit coup médiatique ou symbolique, qui pourrait intervenir dans les derniers jours de la campagne.

Terrains de chasse différents

Mais, paradoxalement, la lutte entre les deux adversaires ne se joue pas directement l’un contre l’autre. Macron ne cherche pas à convaincre les électeurs RN, pas plus que Le Pen ne vise ceux de LREM. S’ils veulent progresser, gagner des électeurs, c’est sur d’autres terrains qu’ils doivent chasser. Pour La République en marche, qui a asséché le PS, la marge de progression se joue essentiellement à droite, chez les Républicains.

Cela explique la place d’honneur réservée samedi dernier, lors d’un meeting strasbourgeois, à Jean-Pierre Raffarin, l’ancien premier ministre de Chirac. Cela explique surtout l’activisme d’Édouard Philippe, l’actuel premier ministre, centriste transfuge des Républicains, qui multiplie les interviews, les participations à des meetings et qui attaque ce qu’il appelle «la droite Trocadéro». Entendez les conservateurs, qui n’ont, accuse-t-il dans «Le Figaro», «que des postures politiciennes à opposer à ceux qui font des choix courageux». L’expression a mis en fureur le président des Républicains, Laurent Wauquiez, mais la violence des échanges est à la mesure des enjeux: Édouard Philippe sait que si la liste présidentielle arrive en deuxième position, il pourrait faire les frais d’un remaniement ministériel…

Du côté du Rassemblement national, c’est plutôt la gauche qu’on lorgne. Mardi soir, un élu de La France insoumise (LFI), Andréa Kotarac, conseiller régional de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, figure très connue et prometteuse du parti dans la région lyonnaise, a fait une annonce stupéfiante: il quitte LFI et votera pour la liste du Rassemblement national. La raison? Le parti fermerait les yeux sur la montée de l’islamisme dans les syndicats et il accompagnerait «la communautarisation de la société».

Réaction atterrée de Jean-Luc Mélenchon, qui parle de «boule puante», de «traître», mais cette défection d’un militant reconnu et structuré est symptomatique d’une évolution récente au sein de la gauche. Comme le montre un sondage Odoxa-Dentsu publié vendredi, le pourcentage des Français qui ont une bonne opinion du Rassemblement national n’a jamais été aussi haut: 36%. Et, surtout, la croissance est spectaculaire à l’extrême gauche. En 2015, seuls 5% des sympathisants LFI avaient une bonne opinion du RN; aujourd’hui, ils sont 36%…

Voilà pourquoi, au-delà des slogans «progressistes contre populistes» ou «mondialistes contre souverainistes», l’affrontement entre la République en marche et le Rassemblement national est au cœur des recompositions politiques du moment.

Créé: 17.05.2019, 20h31

36%

La proportion de sympathisants de La France insoumise qui ont une bonne opinion du Rassemblement national, selon un sondage Odoxa-Dentsu publié vendredi. En 2015, ils étaient seulement 5%.

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