Le Macron d’après le grand débat ressemble à celui d’avant

FranceDans une conférence de presse solennelle jeudi, le président Macron confirme les mesures qui avaient fuité et défend son action.

Le président Emmanuel Macron douche un peu les espoirs de ceux qui imaginaient une rupture, un tournant majeur du quinquennat en s’inscrivant dans la continuité de son action.

Le président Emmanuel Macron douche un peu les espoirs de ceux qui imaginaient une rupture, un tournant majeur du quinquennat en s’inscrivant dans la continuité de son action. Image: AP PHOTO

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L’ambiance d’abord. C’était la première conférence de presse donnée par Emmanuel Macron à l’Élysée depuis le début de son quinquennat, et ses services y mettent les formes: ils installent les 300 journalistes dans la somptueuse salle des fêtes, leur demandent de retirer le badge qu’il faut toujours porter autour du cou – «C’est une question d’image, à cause de la TV…» –, et quand le gouvernement au grand complet arrive à 17 h 55 pour s’asseoir au premier rang, un lourd silence s’installe. Il y a presque de la tension dans la salle. Le grand moment va arriver…

Contrairement à son habitude, Emmanuel Macron arrive à l’heure, ou presque. Mais conformément à son habitude, il prend la parole et se lance dans un long monologue: il avait annoncé un discours d’une demi-heure, il parle pendant presque une heure. D’emblée, il évoque les «gilets jaunes», «un mouvement inédit qui a dit sa colère, son impatience et sa volonté d’être entendu», mais qui s’est trouvé «tiraillé entre les injonctions contradictoires» et qui est désormais «récupéré par les violences de la société».

«Justes revendications»

Face à ce qu’il appelle néanmoins les «justes revendications» des «gilets jaunes», il lâche une question qu’il affirme s’être posée à lui-même: «Avons-nous fait fausse route, faut-il tout arrêter?» La réponse tombe comme un couperet: «Tout au contraire!»

À tous ceux qui imaginaient une rupture, un tournant majeur du quinquennat, à ceux espéraient une réponse forte aux dysfonctionnements de la Ve République, Emmanuel Macron réplique qu’il s’inscrit avant tout dans la continuité de son action.

Quant aux annonces, il en fait, et sans surprise elles correspondent à ce qui avait fuité dans la presse la semaine dernière. Au niveau institutionnel, il promet d’introduire 20% de proportionnelle à l’Assemblée nationale, ce qui permettrait d’améliorer un peu la représentation des partis d’opposition mais était déjà son projet avant le grand débat. En revanche, il écarte le vote blanc – «Blanc, ça ne décide pas, c’est l’agrégation des rejets, on ne résout aucun problème» –, il écarte le référendum d’initiative citoyenne (RIC) cher aux «gilets jaunes» et le réduit, au niveau local, à «un droit d’interpellation» qui permettrait aux citoyens de proposer un thème aux élus. Il propose également de transformer le Conseil économique et social, une institution très formelle créée en 1958, et d’y adjoindre des citoyens tirés au sort qui auront pour tâche, dès le mois de juin, de faire des propositions en matière de transition écologique. Bref, les revendications pour un contre-pouvoir donné aux citoyens sont diluées.

Baisse d’impôts

Concernant le pouvoir d’achat, la baisse de l’impôt sur les revenus pour les «classes moyennes» est confirmée – de l’ordre de 5 milliards d’euros –, de même que le retour de l’indexation au coût de la vie pour les pensions de retraités de moins de 2000 euros.

Deux points qui avaient fait polémique sont également précisés: oui, l’ENA, l’école de la haute administration dont Macron lui-même est issu, sera supprimée pour permettre un recrutement plus large et des carrières moins confortables. Oui aussi, les Français doivent travailler plus, ce qui remet en cause les trente-cinq heures et la retraite à 62 ans: il ne touche pas à ces deux normes, mais encourage les moyens de les contourner.

Au-delà de ces mesures, rien de nouveau. Et Emmanuel Macron, tout au long de la conférence de presse, ne cesse d’insister sur les réformes déjà prises par son gouvernement et qui vont «déployer leurs effets», répétant simplement à plusieurs reprises qu’il faut aller «plus vite, plus loin», sans préciser vraiment comment. Quand une journaliste lui fait remarquer qu’il donne «plus de chantiers que de réponses», il répond d’un ton pincé que ses propositions sont «concrètes», mais quand d’autres journalistes demandent des précisions sur certaines mesures, il réplique qu’il n’est pas tout-puissant et que ce sera au gouvernement de faire le travail.

Emmanuel Macron n’a pas changé, il est à l’aise, cohérent, il défend son action et entend convaincre les Français qu’il y mettra désormais une profondeur nouvelle, car tout au long du Grand débat, il a «touché beaucoup plus clairement l’épaisseur des vies». La formule est belle, reste à savoir si elle touchera ceux qu’elle vise.


Les «gilets jaunes» s’essoufflent-ils?

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La prise de parole d’Emmanuel Macron aura-t-elle une influence sur la mobilisation lors de l’acte XXIV prévu samedi? Une certitude: les décomptes du Ministère de l’intérieur font débat. Des élus, organisations syndicales et journalistes dénoncent une sous-évaluation volontaire. Un collectif de «gilets jaunes», le Nombre jaune, fait son propre décompte grâce à des référents présents dans les cortèges, ainsi qu’en analysant les photos et vidéos. Il se base aussi sur les chiffres rapportés par les médias locaux.

Créé: 25.04.2019, 22h44

L’opposition fustige une réponse loin des attentes

Pouvoir d’achat, retraites, écologie: l’opposition a pointé du doigt jeudi une réponse insuffisante et éloignée des attentes des Français de la part d’Emmanuel Macron, qui fait craindre à certains un regain de colère, après cinq mois de crise des «gilets jaunes».

«Macron sait-il que son discours était censé conclure la crise politique? Il vient de la relancer en se défilant comme il vient de le faire», a réagi sur Twitter le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon. Et si le chef de l’État «n’a rien compris aux attentes des Français, on lui réexpliquera le 26 mai (ndlr: date des élections européennes)!» a lancé de son côté la tête de liste du mouvement pour les européennes, Manon Aubry.

«Baisse des impôts», «justice sociale», «lutte contre l’immigration clandestine et contre l’insécurité»: Emmanuel Macron «n’a rien dit, rien apporté», et «je crains très honnêtement que la colère des Français a de très beaux jours devant elle», a averti la tête de liste du Rassemblement national pour les européennes, Jordan Bardella, sur BFM TV.

«Il y a encore beaucoup d’oubliés [...], d’abord les retraités», qui «ne seront pas réévalués sur l’inflation en 2019», a réagi le patron des Républicains, Laurent Wauquiez, sur France 2, en regrettant qu’il y ait seulement des «petits gestes, des petites corrections des lourdes erreurs commises», et que «des compartiments entiers de Français ne sont pas concernés».
«Tout ça pour ça!» dit Yannick Jadot, tête de liste EELV pour les européennes, concernant l’environnement: «On attendait un plan Marshall sur le climat (logement et renouvelables), une sanctuarisation des services publics (gares, maternités…) et des infrastructures vitales (aéroports, barrages…)», et à la fin, «rien! Ou si peu…» ATS

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