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Macron en Corse: la république, rien que la république

Le président a rejeté la quasi-totalité des revendications des nationalistes. Pour Macron, l’identité corse ne peut être qu’une identité d’ouverture

Emmanuel Macron a rencontré Gilles Simeoni.

Une Corse promise à devenir «le phare» de la politique méditerranéenne de la France. Une Corse dont l’Etat est prêt à prendre en compte la spécificité. Mais une Corse indissociable de la République. Au terme d’un déplacement tendu de deux jours dans l’île de Beauté, Emmanuel Macron s’est montré très ferme vis-à-vis des nationalistes. Ceux-ci étaient pourtant en position de force après leur triomphe aux élections territoriales de décembre. Le tandem Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni avait remporté 56% des voix, lui permettant de s’installer aux commandes de la nouvelle collectivité territoriale unique.

Lors d’un discours près de Bastia, le chef de l’Etat a fermé la porte à quasi-totalité de leurs revendications. Un statut de résident pour les insulaires, histoire d’éviter que les continentaux fassent monter les prix de l’immobilier? «Ce ne serait pas la bonne réponse», a balayé Emmanuel Macron. «Pour être honnête, aujourd’hui, lorsque les prix montent, ce sont rarement des gens qui ne sont pas corses qui en bénéficient», a-t-il même pointé en dénonçant un «effet de rente» de la part des propriétaires locaux qui vendent leurs biens.

Des ressources fiscales nouvelles? Le locataire de l’Elysée veut bien admettre que la Corse veuille prélever de nouvelles taxes locales. «Mais plus il y aura de fiscalité transférée, moins il y aura de dotation», met-il en garde, pour éviter que les insulaires puissent réclamer le beurre et l’argent du beurre. La co-officialité de la langue corse ? «Il n’y a qu’une langue officielle dans la république, et c’est le français», a martelé le président, rappelant que le corse était déjà enseigné et que l’ile bénéficiait même pour cela de l’aide la plus importante allouée pour une aide régionale.

La seule ouverture faite concerne la reconnaissance constitutionnelle d’un statut particulier pour la Corse. Il invite les élus à préciser ce que ce statut peut sous-tendre, pour l’intégrer dans le projet de révision constitutionnelle qui devrait être soumis au Parlement au printemps.

Emmanuel Macron était flanqué de l’ancien ministre de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement, bête noire des nationalistes. Le président veut bien prendre en compte l’identité corse. Mais seulement s’il s’agit d’une identité « d’ouverture » et non « d’enfermement », a-t-il répété.

Entretien à huis clos

Quelques heures plus tôt, le président autonomiste de l’exécutif corse Gilles Simeoni et le président indépendantiste de l’Assemblée territoriale Jean-Guy Talamoni avaient séché le déjeuner républicain auquel ils avaient été conviés. La veille au soir, ils étaient déjà sortis la mine déconfite d’un entretien à huis clos avec Emmanuel Macron. Un entretien pour lequel ils avaient été priés d’installer fissa un drapeau français dans les locaux de la collectivité territoriale alors que le chef de l’Etat choisirait de ne pas hisser de drapeaux corses durant son propre discours…

Dès mardi, le déplacement avait été marqué par son lot d’images fortes. Celle de la veuve du préfet Claude Erignac, assassiné il y a vingt ans, revenant pour la première fois sur les lieux. «La page ne pourra pas être tournée», avait-elle averti. «Ce qui s’est passé ici le 6 février 1998 ne se justifie pas, ne se plaide pas, ne s’explique pas», avait embrayé Emmanuel Macron.

Infléxible

Une pique explicite envers Gilles Simeoni, qui fut l’un des avocats d’Yvan Colonna, condamné pour l’assassinat du préfet. «Un tel acte n’a rien à voir avec une prétendue lutte de libération. C’est un de ces actes de terrorisme dont notre nation eut encore à subir la barbarie», avait même ajouté le président, faisant ainsi un lien entre le terrorisme corse et les attentats islamistes commis sur le continent.

C’était avant d’être interpellé par l’épouse du tireur condamné à perpétuité. La femme d’Yvan Colonna l’a directement interrogé sur le sort de sa famille. «Mon fils de six ans n’a pas vu son père depuis un an et demi. S’il vous plaît, faites quelque chose. Ce n’est pas un animal, c’est un être humain.» Mais sur l’amnistie de ceux que les nationalistes appellent des «prisonniers politiques», Emmanuel Macron n’a rien lâché non plus. Le transfèrement de détenus Corse vers l’île de Beauté ne sera envisagé qu’au cas par cas. Et ce rapprochement ne devrait concerner aucun des trois membres du «commando Erignac» encore incarcérés.

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