Macron attaqué sur sa politique d’immigration «dégueulasse»

France«Il faut se garder des faux bons sentiments», répond le président français. Il essuie de vives critiques pour un projet de loi sur l’asile et l’immigration. Le prix Nobel JMG Le Clézio parle d’un déni d’humanité et sa majorité aussi se divise sur ce thème.

Emmanuel Macron et son ministre de l'Intérieur cristallisent toutes les critiques à propos d'un avant-projet qualifié de «dégueulasse» par le prix Nobel JMG Le Clézio.

Emmanuel Macron et son ministre de l'Intérieur cristallisent toutes les critiques à propos d'un avant-projet qualifié de «dégueulasse» par le prix Nobel JMG Le Clézio. Image: AFP

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Cette fois, ça tangue. Alors que le gouvernement français avait passé sans trop d’encombres et au pas de charge sa réforme visant à fluidifier le marché du travail, celle qui vise l’immigration et l’asile suscite déjà bien plus de turbulences. Le texte ne doit être présenté en conseil des ministres que fin février. Mais déjà, il entraîne une levée de boucliers.

«Il faut se garder des faux bons sentiments», se défend Emmanuel Macron. Le président répondait à l’attaque du prix Nobel de littérature JMG Le Clézio. L’écrivain, dans L’Obs, qualifie de «dégueulasse» une politique qui pourchasse «comme un monstre froid les misérables comme s’ils étaient des chiens errants».

Les associations aussi sont vent debout. Certaines d’entre elles ont même boudé le rendez-vous que leur avait proposé jeudi le Premier ministre Edouard Philippe pour tenter de les rassurer. La gauche, qui cherche à se reconstruire après sa défaite historique à la présidentielle, trouve un angle d’attaque contre un texte jugé trop répressif. La droite, sous la houlette de son nouveau chef Laurent Wauquiez, observe pour l’heure ce qui pourrait n’être pour elle que de la «fausse fermeté». Et le FN, bien sûr, vocifère contre le retour supposé d’une politique sarkozyste (comprendre: agitée s’agissant du verbe, mais molle concernant les faits).

Plus grave politiquement: c’est au sein même de la majorité que règnent désormais les turbulences. L’armée pléthorique des députés de la République en marche se fissure. A l’instar de la députée LREM Sonia Krimi, ancienne socialiste élue dans la Manche, des élus disent leur inquiétude. «Tous les étrangers en France ne sont pas des terroristes ou des fraudeurs sociaux», s’était-elle exclamée à l’Assemblée peu avant Noël dans une interpellation remarquée.

Une circulaire controversée

L’orientation avait été fixée dès la campagne présidentielle. Le but recherché est de raccourcir les délais d’examen des demandes d’asile (100 000 l’an dernier) pour à la fois accueillir mieux ceux qui encourent un véritable danger dans leur pays et expulser plus vite les autres. Le délai d’examen des dossiers est ainsi ramené à 6 mois.

Parallèlement, le délai de rétention administrative passe de 45 jours à 3 mois. La notion de «pays tiers» où le demandeur d’asile aurait pu être renvoyé, est en revanche abandonné. «Il y a eu l’an dernier 40 000 interpellations d’étrangers en situation irrégulière. Les éloignements contraints ont augmenté de 14%», a relevé il y a quelques jours Gérard Collomb lors de ses vœux aux forces de l’ordre, les invitant à en faire d’avantage encore. Le ministre de l’Intérieur cristallise la tension.

Collomb cristallise les tensions

Une circulaire fait polémique qui invite les préfets à recenser les migrants dans les centres d’hébergement d’urgence. Un scandale pour les associations qui s’érigent contre la violation de ces sanctuaires. Mais s’attaquer au ministre de l’Intérieur, ce serait s’attaquer directement au président de la république, avertissent les principaux lieutenants de la Macronie pour venir en aide à l’ancien maire de Lyon qui avait été le premier grand élu à croire au destin de l’ancien ministre de l’Economie.

Emmanuel Macron avait prévenu, certes. Mais parmi ses propres partisans, on a aussi retenu que le candidat en campagne avait salué le courage de la chancelière Angela Merkel sur la question des migrants… Alors que Matignon s’active à déminer un dossier potentiellement explosif, l’Elysée gère le volet international dans un soigneux partage des rôles.

Macron à Calais

Après un déplacement en Italie où il a été question de la gestion européenne de la question migratoire, Emmanuel Macron sera mardi prochain à Calais avant un sommet franco-britannique deux jours plus tard sur la gestion des frontières.

Du propre aveu d’Aurore Bergé, porte-parole du groupe En Marche à l’Assemblée, la loi immigration sera un test pour la majorité. Pas sûr que le nouveau pouvoir, après des débuts marqués à droite sur les questions économiques, parvienne à faire osciller le balancier à gauche pour conserver le cap d’équilibre qu’il s’est fixé.

Créé: 11.01.2018, 22h02

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