Les législatives sonnent la fin de la parenthèse Tsipras

GrèceLes conservateurs grecs reviennent au pouvoir avec la majorité absolue. Syriza, le parti gouvernemental d’Alexis Tsipras, subit une défaite cinglante.

La gauche d’Alexis Tsipras, premier ministre grec et leader du parti Syriza, sort laminée des législatives de dimanche. Les électeurs ne lui ont pas pardonné ses promesses non tenues.

La gauche d’Alexis Tsipras, premier ministre grec et leader du parti Syriza, sort laminée des législatives de dimanche. Les électeurs ne lui ont pas pardonné ses promesses non tenues. Image: KEYSTONE/AP/Y. KARAHALIS

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Cris de victoire, embrassades, chants patriotiques à pleins poumons au siège de la Nouvelle Démocratie (ND), le parti vainqueur de ces élections législatives anticipées. Le résultat était attendu après la défaite, le mois dernier aux élections européennes, du Syriza, défaite inattendue par son ampleur et amplifiée par un tsunami électoral aussi bien au niveau municipal que régional. Mais il fallait une confirmation au niveau national. C’est fait, malgré une abstention record (44%) et un vote des jeunes pour la première fois dès l’âge de 17 ans.

Dès lundi, la droite va se «réapproprier» le pays, avec à sa tête Kyriakos Mitsotakis, héritier d’une des trois dynasties qui ont gouverné la Grèce depuis plus d’un demi-siècle. Autrement dit: «Aujourd’hui, la logique revient dans le pays», comme le clame un autre leader d’opposition.

Que s’est-il passé pour que ce parti de gauche radicale, porté par une immense vague d’espérance dans un pays en plein désespoir après des années de crise, n’ait pas réussi à se maintenir au pouvoir après presque cinq ans de gouvernement?

Discours lyriques de gauche, politique ultralibérale

Élu en janvier 2015, Alexis Tsipras avait été réélu en septembre de la même année en promettant de mettre fin à la politique de rigueur imposée par l’Union européenne et le Fonds monétaire international. Ce jeune leader emblématique – une première dans un pays gérontocrate – avait démultiplié les promesses dans des discours lyriques de gauche.

«Une politique de bradage a été mise en œuvre: les ports ont été vendus aux Chinois, les aéroports aux entreprises allemandes, les chemins de fer aux Italiens…»

Nikos Lagonikos, sociologue

Mais, finalement, Syriza a mené une politique libérale de dérégulation, avec privatisations, impôts considérablement accrus et une adhésion sans faille aux injonctions des créanciers du pays. Les Grecs ont encore en mémoire le souvenir cuisant de ce jour de juillet 2015 où le premier ministre, destituant Yanis Varoufakis, son ministre des Finances d’alors, a pris le contre-pied des 62% de «non à l’austérité» au référendum qu’il avait lui-même organisé.

Cette kolotumba (culbute) a entraîné un rejet sans équivoque, qui s’est traduit par un écart de plus de 8% entre les deux premiers partis (ND: 39,7% et 158 députés, Syriza: 31,4% et 86 députés). Ce désaveu cinglant s’explique par la forte amertume de tous, la colère de la classe moyenne exsangue, voire la haine des gens de gauche qui voient leur image ternie. Ce vote sanction est aussi un désenchantement moral et éthique. Conséquence de la gestion dramatique des incendies de Mati, courant juillet de l’an dernier, où l’on a déploré plus de 100 morts. Ou encore de la signature d’un traité avec le pays voisin, dénommé désormais Macédoine du Nord, en opposition à la majorité de l’opinion publique qui considère que l’appellation Macédoine fait partie du patrimoine grec.

Un tourisme aléatoire porte la croissance

La situation économique a certes connu une légère embellie depuis août 2018. Et, comme l’avoue Giorgios Katrougalos, le ministre des Affaires étrangères, une politique de gauche a alors pu se mettre en place. Avec des avancées sociétales telles le mariage homosexuel ou la PMA ouverte à tous et des mesures d’aide aux plus démunis, comme la gratuité des soins ou des transports. Mais cet équilibre reste très fragile, car la croissance de 1,8% se fonde essentiellement sur l’activité aléatoire qu’est le tourisme.

Nikos Lagonikos, sociologue, s’interroge: «Plus qu’une politique de développement, c’est une politique de bradage qui a été mise en œuvre. Vente des ports aux Chinois, des aéroports aux entreprises allemandes, des chemins de fer aux Italiens. Distribution de golden visas aux riches extracommunautaires – Asiatiques, Israéliens ou Turcs – qui ont acheté des appartements mis en location en Airbnb, au détriment de la population.»

35% des Grecs sous le seuil de pauvreté

Sans parler des problèmes structurels qui persistent: le chômage est encore très élevé, surtout chez les jeunes; 35% des Grecs vivent en dessous du seuil de pauvreté – un tiers des actifs ont des salaires de moins de 350 euros; l’exode des cerveaux, médecins, ingénieurs, se poursuit avec 500 000 départs, soit 5% de la population grecque; la démographie est en berne avec plus de morts que de naissances. Et l’enseignant de renchérir: «Comment, quels que soient ses dirigeants, ce pays pourra-t-il se redresser?»

Ce peu de marge de manœuvre rend la tâche du nouveau chef de gouvernement aussi ardue que celle de son prédécesseur, sachant qu’il ne bénéficiera pas du même état de grâce à ses débuts. Il devra aussi composer avec des forces nationalistes renforcées.

Créé: 07.07.2019, 22h46

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