«Lénine? Il est là. Mais on n’y fait plus attention»

Parcours moscoviteMême si sa silhouette statufiée fait partie du paysage moscovite, le père de la révolution semble bien absent de la société russe d’aujourd’hui.

Des passants sous le regard de Lénine à Donetsk.

Des passants sous le regard de Lénine à Donetsk. Image: MARKO DJURICA REUTERS

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«Lénine? Oui, il est là. Mais on n’y fait plus attention. Il s’inscrit dans notre décor urbain. Comme la révolution de 1917 appartient à notre histoire. Sans plus…» Ekaterina Denisova, la trentaine, simple Moscovite parmi tant d’autres, vient de passer avec son bébé devant l’immense et imposante statue de Lénine dominant cette place près de la Moskova. Autour de la statue au cœur de Moscou, la vie bouillonne, indifférente au passé mais protégée par le regard droit du père fondateur. Mais, tous les jours à l’ombre de Lénine, des amoureux continuent de s’embrasser, des jeunes de filer sur leurs rollers et de simples mères de famille de vaquer à leur quotidien.

Cette place a beau être le lieu fétiche des manifestations du Parti communiste, notamment en l’honneur de la révolution de 1917, la vaste majorité de la population reste totalement indifférente. A la fois à Lénine. Et au centenaire de sa révolution. Car, dans la Russie de Vladimir Poutine, 1917 est en fait un non-sujet. Ni la révolution ni son héros ne seront célébrés, au-delà de quelques discours officiels et de colloques entre chercheurs. «Le Kremlin est embarrassé car il ne veut pas fêter 2017. Vladimir Poutine et son élite haïssent tout ce qui s’apparente à une révolution qui, par essence, menace la stabilité, mot clef du régime poutinien», explique Andrei Kolesnikov, historien et chercheur au centre Carnegie à Moscou. «Certes, la nostalgie pour l’URSS est forte. Mais ce n’est pas un attachement à l’idéologie soviétique, niche du Parti communiste et de ses électeurs retraités de moins en moins nombreux. L’objectif principal de Vladimir Poutine est de ne pas provoquer de remise en cause, de trouble; l’essentiel c’est la stabilité et l’unité du pays. Ce sera le thème central de ses discours autour du centenaire de 1917», analyse Andrei Kolesnikov.

Dauphins et bobos

Paradoxalement, le héros de 1917 est partout dans les centres-villes de Russie. Et notamment à Moscou. Le mausolée de Lénine résiste toujours sur la place Rouge, juste en face du Goum et des magasins de luxe. C’est l’une des preuves de cette Russie diverse, paradoxale, post-moderniste, très poutinienne où tout se mélange avec pragmatisme… Le parc VDNKh (Vystavka Dostijeni Narodnovo Khoziaïstva), jadis créé à la gloire de l’économie planifiée, demeure un lieu populaire. Il vient d’être réaménagé, entre statues de l’ère soviétique et dauphinarium ultramoderne. Plus loin, le visage de Lénine accueille les promeneurs du parc Gorki, haut lieu «bobo» de la nouvelle classe moyenne moscovite. Ces deux énormes parcs racontent à la fois la grandeur du rêve soviétique et la nouvelle Russie. A l’ombre de la grande université de Moscou, l’un des sept gratte-ciel staliniens (surnommés «sept sœurs» ou «sept pâtisseries»), le mont des moineaux (ex-mont Lénine) offre pareillement au milieu d’une formidable forêt en pleine ville un bel endroit pour observer toutes ces évolutions, architecturales et sociales.

Lénine dans le métro

Régulièrement, Lénine surgit aussi dans le métro où mosaïques, sculptures et peintures rappellent aux millions de passagers chaque jour l’idéal communiste et illustrent bien l’art sous le réalisme socialiste. Un décor souterrain auquel la foule ne prête guère attention dans le bouillonnement permanent de ce réseau redoutablement efficace qui transporterait plus de passagers que ses frères londonien et new-yorkais réunis. Enfin, dans le centre de la capitale, le restaurant Sovietskie vremeni (littéralement «temps soviétiques») accueille les clients avec Lénine, ses slogans prolétaires et promesses d’un monde meilleur étalés sur le mur rouge. C’est l’un de ces nombreux établissements qui, ces dernières années, se sont multipliés en jouant ouvertement, dans le décor et dans le menu, sur les symboles de l’Union soviétique. Comme les omniprésents bustes de Lénine, ils font partie intégrante du décor urbain, sans que cela ne provoque de débat. Tels des points de repère pour les Russes, perdus par une histoire très perturbée. (TDG)

Créé: 19.02.2017, 11h07

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