Le retour de la vieille Europe fait plusieurs déçus sur le continent

Union européenneL’accord conclu à l’arraché mardi par les chefs d’État et de gouvernement a laissé du monde sur le carreau. Tour d’horizon.

David Maria Sassoli, le nouveau président du Parlement européen (au centre), à la tribune à Strasbourg après son élection.

David Maria Sassoli, le nouveau président du Parlement européen (au centre), à la tribune à Strasbourg après son élection. Image: AP Photo

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C’est reparti pour cinq ans! Mercredi, en à peine deux tours, les députés européens se sont choisi un nouveau président: David Maria Sassoli. La candidature de ce socialiste italien qui entame son troisième mandat avait été décidée… la veille au soir, a-t-il lui-même reconnu juste après son élection. Son irruption au perchoir est l’unique (et timide) signe de rébellion de l’assemblée contre le pied de nez que les chefs d’État et de gouvernement des Vingt-Huit viennent de faire aux députés en refusant de choisir le futur président de la Commission parmi les têtes de liste à l’élection européenne. L’institution parlementaire n’est pas la seule victime du tour de force qui a permis de résoudre en un temps record, six semaines à peine après l’élection, l’équation des nominations aux postes clés de l’Union. Voici les autres.

Les Européens de l’Est

Le choix des chefs a porté sur une Allemande pour la Commission, un Belge pour le Conseil européen, un Espagnol pour la diplomatie et une Française à la Banque centrale. De toute évidence, le compte n’y était pas pour assurer l’«équilibre géographique» auquel ils s’étaient engagés. D’où cette «recommandation» (dixit la chancelière allemande Merkel) au Parlement de faire porter le choix de leur président sur le socialiste bulgare Sergueï Stanichev.

C’était compter sans des députés socialistes très remontés qui n’ont pas voulu se plier à ce diktat. Ils ont préféré porter leur choix sur l’Italien David Maria Sassoli, élu avec les voix des démocrates-chrétiens. En signe de protestation, une large frange de députés d’Europe centrale et de l’Est ont apporté leurs voix à un eurosceptique, le Tchèque Jan Zahradil. Quant à la Bulgare Kristalina Georgieva ou la Lituanienne Dalia Gribauskaité, toutes deux très souvent citées ces dernières semaines, elles ont aussi été écartées. Pas un représentant des anciens pays communistes ne figure donc aux postes clés. Le tableau, au contraire, fleure bon la «vieille Europe». Mais ce ne sera probablement pas sans conséquences sur l’unité des familles partisanes européennes.

Les écologistes

Avec leurs 74 députés dans un Parlement beaucoup plus «émietté» et sans grande coalition centrale, les écologistes se voyaient déjà faiseurs de roi. Mais à part voir leur programme électoral (notamment l’objectif de neutralité carbone) repris ici et là par les autres partis, ils n’ont pour l’instant rien obtenu de ce qu’ils espéraient. Leur égérie, l’Allemande Ska Keller, a bien tenté de jouer les trouble-fêtes mercredi en se présentant à la présidence, mais c’était compter sans la loyauté d’une partie du groupe libéral – dont un député sur cinq vient du parti d’Emmanuel Macron – au deal scellé par les chefs d’État. Les Verts espèrent toujours obtenir un ou deux portefeuilles à la Commission européenne, mais n’étant membres d’aucun Exécutif national et n’ayant pas le pouvoir d’empêcher l’élection de la candidate à la présidence de la Commission, leurs chances sont aussi minces que les places sont chères.

Les populistes

Eux aussi sont apparus après l’élection comme une force émergente. De 37 membres pour le groupe constitué en 2015 par la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen, ils sont montés à 74 dans le nouveau groupe Identité et Démocratie. Ce mercredi, leur président, l’Italien de la Lega Marco Zanni, a appelé dans l’hémicycle à respecter «le choix des électeurs» en coupant le «cordon sanitaire» qui a jusqu’à présent privé l’extrême droite de tout poste à responsabilité. Sans résultat pour l’instant. Le groupe n’a obtenu aucune vice-présidence et n’est pas certain d’arracher des commissions parlementaires.

Magnanime, Ursula von der Leyen, désormais candidate à la succession de Jean-Claude Juncker, était à Strasbourg mercredi pour rencontrer les parlementaires et a promis de «parlementariser» un peu l’Union. «Je développerai ces prochaines années un système de «têtes de liste» qui puisse être soutenu par le Conseil européen dans tous les États membres», a-t-elle déclaré. Il faut dire qu’elle est désormais en campagne pour se faire élire le 16 juillet par ce même parlement.

Créé: 03.07.2019, 21h30

Ursula von der Leyen, une alliée pour la Suisse?

Jean-Claude Juncker l’a souvent répété à ses interlocuteurs suisses: signez l’accord institutionnel sous mon mandat car vous ne savez pas à qui vous aurez affaire ensuite. On connaît maintenant le nom de sa très probable successeure. Pour autant, il est difficile de prévoir si elle le fera mentir ou au contraire confortera cette sombre prédiction. Rien dans la biographie d’Ursula von der Leyen n’indique un intérêt particulier pour la Suisse, sinon qu’elle l’a citée comme modèle de fédéralisme. Si elle est présumée pencher du côté de ceux qui se montreraient plus souples à l’égard du Royaume-Uni dans les négociations du Brexit, serait-elle pour autant moins à cheval que son prédécesseur sur la compétence de la Cour de justice de Luxembourg ou la libre circulation au moment de se pencher sur les relations avec Berne? Il faudra probablement attendre l’automne pour le savoir.

En revanche, chacun s’attend à ce que son arrivée coïncide avec le départ de celui qui a été au cœur des négociations ces dernières années: le secrétaire général de la Commission Martin Selmayr, car il est, comme elle, de nationalité allemande. Si aucune règle écrite ne le prévoit, il est possible que le départ de ce haut fonctionnaire qui agace beaucoup certaines capitales fasse partie du deal entre chefs d’État négocié ces derniers jours. S’il voulait s’accrocher à son poste, le juriste proche de la CDU aurait toutefois beau jeu de rappeler qu’au début du mandat du président Jacques Delors (1985-1995), le chef des services de la Commission était… un Français!

F.A.

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