Le G7 de l’égalité voulait offrir un bouquet au monde: on attendra!

FranceLe G7 devait publier une liste de lois exemplaires pour assurer l’égalité entre femmes et hommes. Raté, ce sera pour juillet…

Pour Marlène Schiappa, ministre atypique et inventive, «aucun pays, absolument aucun pays n’a réalisé la parfaite égalité entre les femmes et les hommes».

Pour Marlène Schiappa, ministre atypique et inventive, «aucun pays, absolument aucun pays n’a réalisé la parfaite égalité entre les femmes et les hommes». Image: AFP

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Quelques jours auparavant, lors d’une séance informelle avec des journalistes, la jeune secrétaire d’État chargée de l’Égalité, Marlène Schiappa, en faisait presque une promesse: avant la fin de la semaine, elle et ses collègues du G7 feraient un pas significatif et très concret pour avancer vers l’égalité entre les femmes et les hommes! Ils allaient présenter un catalogue des lois les plus efficaces et les plus importantes pour y parvenir, un catalogue non pas dressé par des politiciens mais par des figures incontestables de la lutte pour les femmes, et chaque pays du G7 prendrait l’engagement d’adapter au moins une de ces lois à son arsenal législatif.

Vendredi en fin d’après-midi, alors que la réunion des ministres venait de prendre fin et qu’une nuée d’invités, de représentants d’ONG ou d’associations féministes, de journalistes piaffaient d’impatience en attendant la déclaration finale, un petit flottement règne dans l’équipe de Marlène Schiappa. Son chef de presse surgit et révèle avec un brin d’embarras que la liste des lois exemplaires, le fameux bouquet législatif tant attendu, ne serait pas présenté… «Mais attendez la conférence de presse, vous ne serez pas déçus», promet-il en retenant les journalistes.

De quoi parle-t-on, en vérité? Porté cette année à la présidence tournante du G7, Emmanuel Macron a décidé d’en profiter pour défendre une promesse qu’il a faite devant l’assemblée générale de l’ONU: il veut faire de l’égalité entre les femmes et les hommes «une grande cause mondiale». Cette réunion ministérielle présidée par Marlène Schiappa en est une première illustration.

Grand bastringue

ONU, G7, promesses… Tout cela a des allures de grand bastringue institutionnel, mais Marlène Schiappa, ministre atypique et inventive, propose une méthode inédite. Profitant d’un conseil consultatif prestigieux créé l’an passé par les Canadiens au sein du G7, elle le charge d’établir la liste des meilleures pratiques, des lois les plus efficaces qui ont fait leurs preuves et qui peuvent être considérées comme «décisives et structurantes».

Composé de défenseurs des droits humains, comme le gynécologue congolais et Prix Nobel de la paix Denis Mukwege, de féministes offensives, comme l’écrivain Caroline Fourest, de responsables d’organismes ou de militantes associatives, ce Conseil consultatif représente une vingtaine de pays et il va chercher les lois qu’il juge exemplaires dans tous les continents. L’originalité de la démarche est qu’en plus de dresser un bouquet législatif qui pourrait faire référence internationale, chaque pays du G7 doit s’engager à en retenir au moins une pour la promulguer chez lui. «Aucun pays, absolument aucun pays n’a réalisé la parfaite égalité entre les femmes et les hommes», relève Marlène Schiappa, soulignant qu’en faisant le ménage chez eux, les pays du G7 montreraient l’exemple.

Pourquoi donc la liste n’a-t-elle pas été dévoilée vendredi? Juste avant l’ouverture de la cérémonie finale, Friederike Roder, directrice de One, une ONG internationale combattant l’extrême pauvreté, est partagée entre espoir et inquiétude: «D’un côté ça montre qu’ils y travaillent sérieusement, de l’autre il ne faut pas qu’ils sortent la liste trop tard, juste avant le sommet de Biarritz, en août, où les décisions se prendront. Ce sont des sujets très sensibles, et s’ils ne mettent pas en place des mécanismes de contrôle indépendants, rien ne se passera!»

Détermination

Mais voilà les ministres qui apparaissent, des femmes uniquement, parmi lesquelles le Japonais Kzuyuki Nakane fait un peu tache. Avant qu’ils prennent la parole, plusieurs membres du Conseil consultatif, emmenés par l’actrice Emma Watson, rappellent leurs buts et leurs exigences, sans cacher leur détermination.

Puis les ministres commencent à s’exprimer, tandis que la déclaration finale tombe enfin. Elle cite le bouquet législatif et la volonté des pays du G7 de le soutenir en collaboration avec le Conseil consultatif. Maryam Monsef, ministre canadienne de l’Égalité des genres, assure qu’il n’y a pas de blocages: «Nous avons bien travaillé et ce sont les gens du Conseil consultatif qui ont demandé un délai pour affiner leur liste. Ils se retrouveront en juillet.»

Tout le monde est tout sourire, soulagés d’être parvenus à un accord. Seule la ministre allemande, sur un sujet qui n’a rien à voir avec le bouquet législatif, exprime sa déception de ne pas être parvenue à un accord sur les droits reproductifs des femmes: «Ils appartiennent aux droits humains, et sans ces droits on ne peut pas réussir l’égalité!» affirme Caren Marks. La salle explose en applaudissements, très longs, très soutenus. Pour ceux qui connaissent le dossier, c’est une pique contre les États-Unis, qui ont refusé de ratifier la convention pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes à cause du droit à l’avortement des femmes violées. À côté de la ministre allemande, la représentante américaine, souriante, ne bronche pas.

Créé: 11.05.2019, 08h14

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