Laurent Wauquiez: «En France, la droite n’a pas fait son travail!»

InterviewLe nouveau président des Républicains, Laurent Wauquiez, assume une position de rupture par rapport au passé. Il veut le renouveau des têtes et du style, quitte à déranger sa famille.

LE nouveau président des Républicains, Laurent Wauquiez se montre déterminé... «Je veux faire comprendre qu’en France, il y a incontestablement un nouveau président de la République, mais il y a aussi une nouvelle génération à droite», dit-il.

LE nouveau président des Républicains, Laurent Wauquiez se montre déterminé... «Je veux faire comprendre qu’en France, il y a incontestablement un nouveau président de la République, mais il y a aussi une nouvelle génération à droite», dit-il. Image: DR

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«Laurent Wauquiez, combien de divisions?» Pour paraphraser la fameuse formule de Staline, on ne sait pas encore combien pèse réellement la droite décomplexée du nouveau président des Républicains. Élu à la tête du grand parti de la droite française, Laurent Wauquiez veut redonner du souffle au parti qui avait porté Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy à la présidence mais qui s’est fracassé lors de la présidentielle 2017. À 42 ans, l’ancien maire du Puy-en-Velay est encore à la tête de la nouvelle entité Auvergne-Rhône-Alpes depuis 2016. Une région prospère, peuplée de 8 millions d’habitants, qui lui sert de laboratoire. Ses adversaires le décrivent comme cassant, dur et clivant: trop proche de l’extrême droite. L’ex-major de sa promotion à l’ENA se présente en pragmatique, proche des gens et du terrain. Interview du prochain contradicteur du président Emmanuel Macron.

Vous dites ne pas changer de discours avec les circonstances. Certifiez-vous ne jamais passer d’accord avec le Front national?

Sans le moindre doute ni la moindre inquiétude. Je veux être clair: ce n’est pas l’Autriche. Pour moi, il n’y a absolument aucune ambiguïté: j’ai toujours combattu le Front national. Je ne fais pas partie de ces élus qui ont parfois fait des petites réunions dans des salles obscures pour essayer de faire des accords douteux avec le FN. Mon département est le seul où le FN a reculé. J’ai gagné ma région sans le moindre compromis, ni avec le FN ni avec la gauche.

Qu’est-ce qui vous différencie du FN?

Il y a d’immenses différences. La vision du Front national, c’est celle d’une Europe rabougrie qui se replie sur elle-même. Ma vision, c’est celle d’une Europe, d’une France, qui retrouve ses fondamentaux pour rayonner. Ensuite, il y a des différences sur des sujets très concrets. Prenez l’euro. Marine Le Pen est incapable de donner une réponse sur un sujet aussi fondamental. Pareil sur la politique économique! Elle n’a aucune approche de lutte contre le gaspillage de l’argent public.

Et sur l’immigration?

Marine Le Pen défend l’immigration zéro. Moi, je considère qu’un étranger peut venir en France sous deux conditions. Un: il doit venir pour travailler. Deux: il doit s’adapter à la France, ce n’est pas à la France de s’adapter à lui. En Allemagne, il fut une époque où la devise était: «Rien à droite de la CDU.» Quand la droite allemande occupait tout son espace, il n’y avait pas d’extrême droite. Je pense que quand la droite ne fait pas son travail, elle fait naître l’extrême droite. En France, ça fait trop longtemps que la droite n’a pas fait son travail.

La progression d’AFD en Allemagne, c’est la faute d’Angela Merkel, qui s’est recentrée?

Ce n’est pas ce que je dis. Angela Merkel, et c’est une de ses grandes vertus, a créé une Allemagne prospère, qui a su défendre l’enrichissement des classes moyennes allemandes. Elle a été capable de construire une Allemagne extrêmement puissante et j’ai beaucoup d’admiration pour la politique qu’elle a menée. Je pense juste que tous les pays doivent s’interroger sur les raisons qui font monter l’extrême droite.

La droite doit faire son travail. Mais n’est-ce pas Macron qui fait cette politique de droite?

Non! La politique menée par Emmanuel Macron n’est pas une politique de droite. On ne fait pas de politique de droite quand on augmente la dépense publique.

Nicolas Sarkozy l’avait fait!

Je répète: on ne fait pas de politique de droite quand on augmente la dépense publique. Deux: on ne fait pas une politique de droite quand on augmente les impôts ou quand on dit qu’il n’y a pas de culture française. On ne fait pas une politique de droite quand on n’a pas une approche sérieuse des questions régaliennes et de sécurité. Ce que fait Emmanuel Macron, c’est en gros une politique du centre, ambiguë, consistant à débaucher un coup à gauche et un coup à droite.

Pourquoi a-t-il su débaucher à droite?

Parce que la nature humaine est faible. Quand on propose un poste ministériel, il arrive que certains disent le contraire de ce qu’ils disaient la veille.

C’est de l’opportunisme?

Ce n’est pas comme en Allemagne, où la coalition est le fruit d’une négociation. Pas comme en Suisse, où il y a une approche de concertation. Emmanuel Macron achète des personnes, en mettant des postes sur la table. Est-ce que c’est ça, l’avenir de la politique? Il n’y a pas une démocratie au monde qui fonctionne avec un parti unique central et des extrêmes.

La situation actuelle est-elle dangereuse?

Le danger mortel pour l’avenir de la démocratie française est qu’il n’y ait qu’un gigantesque trou noir dans lequel tous les partis auraient disparu et en face deux extrêmes: Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Mon devoir est de recréer une alternance démocratique. Ma bataille est de faire en sorte que demain les Français aient le choix. Mon travail est de reconstituer une droite en puzzle. De refaire naître la vigueur d’une nouvelle droite.

Vous en avez la force?

Ma force, c’est que je suis une nouvelle génération. Ma force, c’est que tout a été chamboulé lors de cette élection. Il faut comprendre que je veux reconstruire un monde nouveau à droite. Bien sûr, c’est une période de frictions, de recomposition, mais je l’assume pleinement. Et j’ai fait le choix de ne pas chercher à garder tous ceux qui ont fait le naufrage de ce qu’est la droite aujourd’hui. Mon choix, c’est de faire vivre une nouvelle génération. Mon équipe a 40 ans de moyenne d’âge.

Est-ce possible de reconstruire sur la déception de la présidentielle de Fillon?

Ma volonté est de tout refonder. Je veux faire comprendre qu’en France, il y a incontestablement un nouveau président de la République, mais il y a aussi une nouvelle génération à droite. Une nouvelle équipe déterminée à tirer toutes les leçons des erreurs du passé: changer les têtes, changer les visages, changer le corpus idéologique, changer les façons de faire. Quand je vois qu’en Allemagne, des ministres comme Zu Guttenberg ou Annette Schavan ont dû démissionner parce qu’ils ont plagié des pages de leur doctorat, je saisis que la France doit assainir ses pratiques politiques. Un de mes grands défis est de construire une droite qui tourne le dos aux affaires, capable d’offrir un visage éthique et responsable. La droite, plus qu’une autre famille politique, doit s’y astreindre. Puisqu’elle demande des efforts aux gens, elle doit se les appliquer à elle-même. C’est d’ailleurs pour cela que je crois qu’Emmanuel Macron a fait une grande erreur en fêtant son anniversaire à Chambord au moment où il s’apprête à augmenter la CSG. On ne fait pas ça. Ce pays a certes une tradition monarchiste, mais il a aussi coupé des têtes.

Créé: 20.12.2017, 17h48

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