La Russie entretient le flou sur un mystérieux accident nucléaire

EuropeLes informations se contredisent sur la contamination radioactive suite à un essai de missile.

Le président russe, Vladimir Poutine.

Le président russe, Vladimir Poutine. Image: Keystone

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Possible évacuation préventive d’un village, taux de radioactivité supérieurs à la moyenne, informations données au compte-gouttes… Six jours après l’explosion dans une base militaire russe d’essais de missiles située dans le Grand-Nord, c’est le plus grand flou à Moscou. Les autorités sont soupçonnées d’entretenir le secret tant sur le «nouvel armement» à l’origine de l’explosion que sur les possibles risques nucléaires.

Aucune alerte rouge n’a été déclarée par les observateurs internationaux. Mais Rosguidromet, l’agence russe de météorologie, a finalement confirmé que le taux de radioactivité le jour de l’explosion, jeudi 8 août, a dépassé entre quatre et 16 fois le taux habituel. Cette hausse a été temporaire et les taux ont vite retrouvé un niveau normal.

«Il n’y a pas de danger pour la population. Mais c’est tout de même inquiétant», nous confie Andreï Zolotkov, l’un des représentants russes de l’association norvégienne Bellona de défense de l’environnement. «Des traces de radioactivité ont été enregistrées près de la grande ville voisine, Severodvinsk, à 30 kilomètres de là. Du coup, on s’interroge sur l’ampleur d’un accident qui a pu avoir des effets aussi loin. Les autorités devraient donner davantage d’informations.» Mais il a fallu au contraire cinq jours à ces dernières pour publier les taux enregistrés. Au départ, elles ont même assuré qu’il «n’y a pas eu de contamination radioactive».

Évacuation annulée

Les médecins ayant soigné les victimes de l’explosion, envoyées à Moscou pour passer des examens, ont dû signer un accord de confidentialité interdisant de divulguer toute information. Des sites d’actualité ont par ailleurs révélé que le village de Nionoksa, près de la base de l’explosion, devait être évacué mercredi pendant deux heures: tôt le matin, les quelque 500 habitants ont été invités à se réfugier dans la forêt. Aucune explication n’a été donnée pour cette mesure préventive qui, au dernier moment, a finalement été annulée.

Les autorités entretiennent le mystère y compris sur le bilan de l’accident. Initialement, l’armée a annoncé le décès de deux «spécialistes». C’est en fait cinq experts de Rosatom qui sont morts, sans que l’on sache si les deux décès de la Défense sont inclus dans le bilan de l’agence nucléaire. Au moins trois autres personnes ont été blessées, victimes de brûlures.

Le mystère plane enfin sur le «nouvel armement» à l’origine de l’explosion. Les experts russes et étrangers considèrent qu’il s’agit vraisemblablement d’un missile de croisière à propulsion nucléaire dont la Russie cherche à se doter, le 9M730 surnommé «Bourevestnik» («oiseau de tempête») et révélé par la Défense russe en février mais toujours au stade d’études et d’essais.

Moscou déplace le débat

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a refusé de confirmer cette information. Mais il a assuré que la compétence atteinte par la Russie en matière de missiles à propulsion nucléaire «dépasse significativement le niveau atteint par d’autres pays et est assez unique». Une manière de déplacer le débat: au lieu de répondre aux inquiétudes sur le raté de son test de missile, le Kremlin en profite pour se vanter d’être en avance dans la course aux armes nucléaires.

Créé: 14.08.2019, 20h53

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