L’Italie à hue et à dia depuis longtemps

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Le nouveau gouvernement italien a obtenu au début du mois le vote de confiance du parlement. La belle affaire! Les deux partis populistes au pouvoir triomphent pendant que l’opposition annonce la fin de la démocratie, les dix plaies d’Égypte et, allons-y, le retour des fascistes marchant sur Rome.

À qui la faute? À l’électeur italien naïf qui croit aux promesses de cet improbable duo gouvernemental Mouvement 5 étoiles-Lega? Pas seulement. Ce vote jette une lumière crue sur un champ de ruines, sur des décennies de faillite de la politique italienne. Après la vaste enquête judiciaire «Mani pulite» au début des années 90, les Italiens se sont pris à croire à de beaux lendemains et au déclin d’une classe politique corrompue.

C’était sans compter sur l’arrivée en 1994 d’un certain Silvio Berlusconi. Une droite déjà populiste, dopée par les TV de son inoxydable leader hyperlifté, a bercé d’illusions le peuple pendant plus de vingt ans. À chaque victoire aux élections, Silvio Berlusconi annonçait, entre deux inculpations, la venue imminente d’une révolution libérale, unique rempart, disait-il, contre le retour des communistes mangeurs d’enfants.

Son «nouveau miracle économique» n’a été qu’un mirage. Après des années de «persécution judiciaire par les juges rouges», Berlusconi a été condamné pour fraude fiscale en 2012. Quant au fondateur de son parti, Forza Italia, il est toujours en prison pour des liens avec la mafia, et on ne compte plus les politiciens de son bord qui se retrouvent pris dans les mailles des filets de la justice.

Pendant ce temps, l’Italie trinque: le pays croule sous le poids de la dette et n’a jamais retrouvé les voies d’une croissance digne de ce nom.

Le bilan du centre gauche, qui a gouverné par intermittence, n’est pas reluisant pour autant. À deux reprises, l’Exécutif rose-vert a jeté l’éponge en raison de ses alliances et de majorités fragiles. Le dernier gouvernement Renzi a soldé la fin des illusions de la gauche italienne. Et pour cause, le «Blair italien» a passé plus de temps à se rapprocher du centre droit qu’à appliquer de réelles mesures sociales-démocrates. Sa tentative de changer «en force» la loi électorale pour asseoir son pouvoir a échoué en référendum. Cet échec a sonné le glas du jeune poulain déjà fatigué du parti démocrate (PD). Pire, aux dernières élections, ces errements de la gauche ont convaincu de nombreux camarades de se réfugier dans les bras des 5 étoiles. Créé en 2009, le mouvement promet un revenu minimal universel et un service public plus fort. Ce printemps, après les élections, le PD aurait pu et dû former un gouvernement avec ce mouvement plus social et moins xénophobe que la Lega. Mais il a préféré bouder dans son coin. Un pari risqué.

Pendant ce temps, la Lega, qui promet de repousser les clandestins d’Italie et de baisser drastiquement les impôts, boit du petit-lait. Ce parti du «changement», qui appuyait déjà le gouvernement Berlusconi en… 1994, est le seul à l’avoir poussé vers une retraite quasi certaine et bien peu méritée…

Après avoir scandé «tous pourris» et «y a qu’à» durant des années, les 5 étoiles et la Lega sont maintenant soumis à l’épreuve du feu. Un peuple impatient les attend au tournant.

Créé: 11.06.2018, 14h44

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