L’ex-docteur de Vincent Lambert espère qu’on pourra le «laisser partir»

Débat sur l'euthanasieLe Dr. Eric Kariger publie un livre fort. Il paraît alors que la Cour européenne examine le cas de Vincent Lambert, tétraplégique en état végétatif.

Le Dr. Eric Kariger, l’ex-médecin traitant de Vincent Lambert.

Le Dr. Eric Kariger, l’ex-médecin traitant de Vincent Lambert. Image: AFP

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Vincent Lambert pourra-t-il mourir? La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) commence aujourd’hui l’examen de ce cas qui passionne et divise la France. Faut-il ou non maintenir en vie Vincent Lambert (40 ans), tétraplégique en état végétatif chronique suite à un accident de voiture en 2008? Sa famille se déchire sur son sort. Juristes et médecins également.

Très attendue, la décision européenne du cas Lambert, «devrait faire jurisprudence. Elle devra être bien pesée», analyse Eric Kariger, l’ex-médecin traitant de Vincent Lambert. Mais la Grande chambre de la CEDH ne devrait rendre son arrêt que dans un mois, au plus vite.

Spécialiste des soins palliatifs et ex-médecin-chef au CHU de Reims, Eric Kariger (49 ans) publie jeudi prochain «Ma vérité sur l’affaire Vincent Lambert». Un livre fort, un témoignage de l’épreuve vécue et des attaques endurées. Entre autres choses, les avocats des parents de Vincent Lambert l’ont menacé de porter plainte pour assassinat et tentative d’assassinat.

Mais, outre le protocole de la loi Leonetti, le Dr. Eric Kariger s’en tient aussi, dit-il, au respect des volontés de l’épouse de Vincent Lambert, Rachel, qui souhaite le «laisser partir». «Ce livre n’est pas une provocation. Il y a quelque chose de testamentaire dans cette démarche. Mais j’avais besoin de remettre de l’ordre dans les faits tels que moi et mon équipe les avons vécu. C’est évidemment empreint de ma subjectivité!» avance prudemment Eric Kariger. Car l’homme a été ébranlé par l’expérience. «J’en ai d’ailleurs payé le prix fort. J’ai souffert d’avoir défendu une certaine idée de la médecine. J’ai subi mais je n’ai pas cédé à la pression», rappelle-t-il.

Catholique pratiquant, membre du Parti chrétien-démocrate de Christine Boutin, l’ex-médecin chef du CHU de Reims n’est, de fait, en rien un adepte de la mort en libre-service. «Pour moi, médecin, le droit à la vie, l’interdiction de tuer, mais également le refus de l’obstination déraisonnable à soigner restent fondamentaux. Tout cela doit être discuté en France: le pire est de rester dans des positions figées», analyse-t-il.

Il faut savoir «se retirer»

Aussi, il dit ne pas partager les positions «libérales» de la Suisse en matière de fin de vie, mais il salue au moins l’existence d’un débat ouvert et relativement serein sur la question. Le contraire de la France dont il condamne à demi-mot les sectarismes.

Euthanasie? Eric Kariger ne prononce jamais ce mot. Comme s’il en redoutait une portée imprécatoire. «Je ne donnerai jamais la mort, mais la médecine doit savoir se retirer», répète-il comme pour se protéger. Et de rappeler qu’«obstination déraisonnable» retenue in fine par le Conseil d’Etat, ultime instance juridictionnelle française, lui a donné raison: l’état végétatif de Vincent Lambert est de nature irréversible et il se double d’un mauvais pronostic clinique. Pour la France, Vincent Lambert peut mourir.

Débat en vue

Mais Eric Kariger aimerait dépasser le cas particulier et tirer quelque bénéfice de l’épreuve pour la médecine en général. «Deux aspects de la pratique des soins palliatifs sont à repenser. Primo: la définition de famille. Elle n’est pas toujours pertinente. Il faut penser en termes de cercle de confiance. Secundo: j’ai pu constater un anachronisme de l’accompagnement des proches. Ce n’est pas forcément les plus présent aux côtés du malade qui souffrent le plus. Certaines personnes doivent reprendre le cours de leur vie, mais cela ne dit rien de ce qu’ils vivent», glisse-t-il.

Ce qui devrait être le dernier acte de l’«affaire Vincent Lambert» intervient alors que vient d’être relancée en France la sensible discussion sur la fin de vie. L’Assemblée nationale en débattra, sans vote, le 21 janvier. Une proposition de loi devrait suivre à une date non encore précisée.

Eric Kariger, «Ma vérité sur l’affaire Lambert», Bayard, 300 pages

Créé: 06.01.2015, 18h13

L’Europe reste divisée

Le Benelux fait figure de pionniers en la matière. En 2001, les Néerlandais étaient les premiers Européens à dépénaliser l’euthanasie active et le suicide assisté. La Belgique, qui a suivi en 2002, est devenue en 2014 le premier pays du monde à étendre cette disposition aux mineurs. Au Luxembourg, un texte légalisant l’euthanasie active et le suicide assisté a été promulgué en mars 2009.

La Suisse, où l’euthanasie active reste interdite mais où l’on tolère l’euthanasie passive, est l’un des rares pays à avoir dépénalisé l’aide au suicide «pour autant qu’elle ne réponde pas à un mobile égoïste». Elle n’a en revanche pas légiféré.

Dans les autres pays européens, l’euthanasie active et le suicide assisté sont interdits, mais certains Etats permettent l’abstention thérapeutique avec l’accord du patient. Face au silence de Bruxelles, pourtant sollicitée pour adopter une position politique, et en l’absence d’une quelconque harmonisation européenne, chaque pays légifère en son âme et conscience. Y.V.D.S.

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