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L’Italie se retrouve sans gouvernement

Après l’échec de Giuseppe Conte à former un gouvernement, l’Italie affronte une crise de régime sans précédent.

Giuseppe Conte n’est pas parvenu à imposer son équipe, faute d’accord sur le nom du ministre des Finances.
Giuseppe Conte n’est pas parvenu à imposer son équipe, faute d’accord sur le nom du ministre des Finances.
Keystone

Giuseppe Conte a jeté l’éponge. Dimanche, au terme d’une journée vécue dramatiquement sur le fil du rasoir, le juriste a renoncé à former le gouvernement. La solution qui semblait la plus probable dimanche soir était la formation d’un gouvernement directement désigné par le président Mattarella et uniquement destiné à conduire l’Italie aux urnes, probablement en automne, après la dissolution du parlement.

C’est sur le nom du candidat de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles pour le Ministère de l’économie, Paolo Savona, que les négociations avec le président de la République se sont interrompues. Âgé de 81 ans, ancien ministre, grand commis de l’État puis dirigeant de grandes entreprises, Paolo Savona est devenu au fil des ans le chef de file des eurosceptiques transalpins, le «docteur Folamour de l’Euro», selon ses adversaires. Accusant Berlin de poursuivre par d’autres moyens les mêmes desseins que l’Allemagne nazie, il prônait de préparer un plan de sortie de l’euro et de discuter avec Bruxelles en brandissant cette menace.

Un message irrecevable pour le président de la République, qui est garant des engagements et des traités signés par l’Italie. Le bras de fer a duré plusieurs jours. Il aurait suffi d’une déclaration de Paolo Savona revendiquant la nécessité de changer l’Europe mais en restant au sein de l’Union et de la monnaie unique pour passer l’obstacle.

J’ai demandé le choix d’un ministre qui ne soutienne pas une ligne risquant de provoquer la sortie de l’Italie de l’euro. Je suis responsable de l’épargne des Italiens

Mais Matteo Salvini, chef de la Ligue, s’y est opposé, refusant également de désigner un autre responsable de son parti pour le Ministère de l’économie: «Ou Savona ou rien!» «J’ai demandé le choix d’un ministre qui ne soutienne pas une ligne risquant de provoquer la sortie de l’Italie de l’euro. Je suis responsable de l’épargne des Italiens», a déclaré, le visage blême, le président Mattarella. Et de citer les récentes pertes de la Bourse de Milan, l’augmentation du différentiel (spread) entre les rendements des bons du Trésor allemands et italiens ou les alertes des agences de rating et de Bruxelles comme indices des risques que faisait peser la nomination de Paolo Savona comme ministre de l’Économie.

Outre la polémique sur ce dernier, la rupture entre le président de la République et la majorité provoque une véritable crise de régime. Plusieurs fois depuis les élections du 4 mars, l’alliance Ligue-Mouvement 5 étoiles a forcé, si ce n’est violé, la Constitution. En proposant «un paquet complet» – président du Conseil, programme de gouvernement et liste des ministres –, en révélant le contenu des consultations, en récusant le droit de veto sur les ministres que le texte fondateur de la République italienne octroie au chef de l’État.

De leur côté, Ligue et Mouvement 5 étoiles accusent le président de s’opposer à la volonté populaire en empêchant la formation d’un Exécutif soutenu par plus de la moitié des électeurs et du parlement. «Si ce sont les agences de rating, l’Allemagne ou Bruxelles, voire les marchés qui décident la liste des ministres, pourquoi les Italiens iraient voter?» a déclaré le dirigeant du Mouvement 5 étoiles, Luigi Di Maio. Invoquant «un coup d’État», la majorité menace le président Mattarella de destitution pour haute trahison.

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