«Il y a une incitation perverse à traverser la Méditerranée»

Drames en merEtienne Piguet, professeur de géographie humaine à l’Université de Neuchâtel et vice-président de la Commission fédérale des migrations, revient sur les naufrages en Méditerranée.

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– Comment réagissez-vous aux nouveaux drames en Méditerranée?

– Nous sommes face à une tragique répétition de l’histoire. Des drames de ce type se produisent depuis des années. Ils sont suivis de déclarations politiques dans les jours qui suivent mais ensuite, tout cela disparaît… Pas seulement par manque de volonté d’agir, mais aussi parce que la situation est terriblement complexe. Tout cela est frustrant.

– Certaines personnes en Suisse pointent du doigt l’agence Frontex et son manque d'actions de sauvetage. Qu’en pensez-vous?

– On essaie toujours de trouver des coupables; on pointe du doigt Frontex, les passeurs ou encore l’abandon de l’opération Mare Nostrum. Les critiques contre Frontex ont surtout pour but d’augmenter les moyens alloués aux secours. Si dans les prochains jours, on nous annonce une telle hausse, ce sera évidemment une bonne nouvelle. Mais on sera loin d’avoir trouvé une solution pour éviter de nouvelles tragédies. Il est trop simple de résumer la problématique à un seul facteur. C’est tout le système qui pose problème: la politique de protection de l’Europe manque fondamentalement de cohérence.

– C’est-à-dire?

– Il y a actuellement des crises majeures dans des régions proches. La première réponse donnée par l’Europe est de fermer l’entrée, de se barricader. Mais en même temps, une fois sur le territoire, les personnes provenant de zones à risque sont protégées. Aujourd’hui par exemple, la Suisse ne refoule personne vers l’Erythrée; la Suède accepte systématiquement les Syriens. Dans ces conditions, monter dans un bateau pour traverser la Méditerranée est rationnel, même si on risque sa vie. C’est tout le problème: il y a une sorte d’incitation perverse à faire ce voyage.

– Comment réagir? En n’accueillant plus du tout les réfugiés?

– Certainement pas. Au contraire, l’Europe doit et peut faire plus pour accueillir des personnes qui – il faut le rappeler – viennent de régions soumises à des violences extrêmes. Ce ne sont pas – n’en déplaise à certains partis populistes – majoritairement des «faux réfugiés». Dans le même temps cependant – n’en déplaise à ceux qui voudraient ouvrir toutes grandes les frontières – des solutions de protection à proximité des zones de violences doivent être privilégiées et soutenues.
Un message clair doit être envoyé aux personnes avant qu’elles ne montent dans des bateaux de fortune: des alternatives de protection existent et vous ne pourrez pas forcément rester en Europe, même si vous en atteignez le territoire. Offrir ces alternatives de protection de manière crédible demandera cependant des moyens considérables et un consensus au sein de l’UE qui n’existe pas encore.

Créé: 21.04.2015, 11h18

Etienne Piguet, vice-président de la Commission fédérale des migrations.

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