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Le «pas d’immunité ouvrière» de Poutou marque le non-débat des onze

Les onze candidats ont débattu mardi soir de l’emploi, de la sécurité et du social. Un exposé d'idées plus qu’un débat. Il s’est animé lorsque les petits ont bousculé les grands. Analyse.

Philippe Poutou, sans cravate et peu soucieux des formes, a attaqué bille-en-tête François Fillon accusé de «piquer dans les caisses publiques» et à Marine Le Pen, il a rétorqué «Nous, quand on est convoqué par la police, on n'a pas d'immunité ouvrière»!
Philippe Poutou, sans cravate et peu soucieux des formes, a attaqué bille-en-tête François Fillon accusé de «piquer dans les caisses publiques» et à Marine Le Pen, il a rétorqué «Nous, quand on est convoqué par la police, on n'a pas d'immunité ouvrière»!
LIONEL BONAVENTURE / POOL

A l’applaudimètre, c’est évidemment Philippe Poutou qui a gagné. Le candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste a bousculé les deux candidats mis en examen dans des affaires. François Fillon l’a même menacé de «lui foutre un procès». Et Marine Le Pen, elle, a été victime de la «punchline» de la soirée – le mot qui frappe chez les rappeurs – en lançant «Nous, quand on est convoqués par la police, on n'a pas d'immunité ouvrière!»

Il ne sera pas président de la République, mais les paris sont ouverts: on va beaucoup inviter Philippe Poutou ces prochains mois dans les émissions TV. L’ouvrier candidat qui ne respecte aucun code et surtout pas celui de la cravate ni de ne pas montrer qu’il s’ennuie ferme quand les échanges techniques s'éternisent.

Mardi soir, sur BFM-TV et CNews, le premier débat de l’histoire de la Ve République qui réunissait tous les candidats avant un premier tour a duré environ 3,5 heures. Et les candidats étaient onze! Il y avait les favoris et bien connus du public: François Fillon, Benoît Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon.

Nicolas Dupont-Aignan lorgne Fillon

Mais il y avait encore les petits qui voulaient faire fructifier leur quart d’heure de visibilité. Nathalie Arthaud, François Asselineau, Jean Lassalle, Philippe Poutou, Jacques Cheminade et Nicolas Dupont-Aignan. Le résultat? Moins pire qu’envisagé mais de débat il n’y a point eu réellement. Plutôt des exposés des idées de chacun avec des accrochages ponctuels qui illustrent les concurrences électorales.

Ainsi Nicolas Dupont-Aignan a été particulièrement féroce avec François Fillon. En mettant en avant, à plusieurs reprises son bilan de premier ministre. L’ex-locataire de Matignon le lui a bien rendu, rappelant avec un mépris affiché qu’il l’avait connu «collaborateur de François Bayrou». Il n’est pas impossible que Nicolas Dupont-Aignan ait grappillé quelques points dans les sondages. Il a su parler aux gaullistes historiques et fait de l’œil aux Fillonistes déçus.

«C’est à vous M. Cheminade!»

Chez les autres petits, rien d’autre à signaler à part les bons moments de Nicolas Dupont-Aignan et Philippe Poutou. Nathalie Arthaud, Jean Lassalle, Jacques Cheminade et François Asselineau ont déroulé leur doxa sans sortir de leur couloir. La candidate trotskiste reste communiste. Et Jacques Cheminade a conservé son étrangeté de «complotiste» et intrigué: mais que faisait-il sur ce plateau? «C’est à vous à M. Cheminade ont dû lancer à plusieurs reprises les journalistes Ruth Elkrief et Laurence Ferrari.

François Fillon et Benoît Hamon sont apparus, eux, émoussés. Montrant des signes d’absence durant un débat qui ne manquait certes pas de longueurs. Seul fait marquant du candidat des Républicains: il a tenté l’anaphore avec son «président exemplaire» pour répondre aux affaires. Mais la mobilisation de son carré de fidèles reste forte. Notamment sur les réseaux sociaux où ses fans publiaient leurs commentaires favorables avant même qu’il ne parle.

Coté PS, la santé n’est pas davantage au rendez-vous. Signe révélateur, le candidat du PS n’a quasi été attaqué par personne. Ni sur le bilan du quinquennat socialiste de Hollande, ni sur ses propositions. Le signe que Benoît Hamon n’existe plus pour ses adversaires.

Le Pen fait le pari de l’islamophobie

Marine Le Pen, elle, a montré clairement quelle était sa stratégie: l’islamophobie. Lors du tour de parole sur les réformes institutionnelles, elle est remontée aux crèches dans les mairies pour parler religion, via le patrimoine et l’histoire. Jean-Luc Mélenchon, à nouveau très bon – comme lors du premier débat qui avait réuni les grands candidats – a emporté les rieurs avec un sonore: «Fichez-nous la paix avec la religion et vos obsessions!»

Durant tout le débat, le candidat de la France insoumise s’est posé en conscience de tous. Une sorte de gardien du temple. Etonnant! On appelle cela se «présidentialiser». A 25%, il a été jugé le plus convainquant par le sondage de BFM TV. Selon cette même enquête, c’est Emmanuel Macron qui le suit à 21%, puis François Fillon (15%), Marine Le Pen (11%), Benoît Hamon (9%), Nicolas Dupont-Aignan (6%), Philippe Poutou (5%), Nathalie Arthaud (3%), François Asselineau (3%), Jean Lassalle (1%) et Jacques Cheminade (0%).

Macron, un haut étonnant

On s’étonne encore une fois du score plutôt flatteur d’Emmanuel Macron qui a été surtout sur la défensive durant toute sa soirée. Le pourtant favori des sondages n’a pas réussi à imposer un thème lors de cette soirée. Il a été constamment coupé lors de ses argumentations avec une tactique partagée par beaucoup de ses contradicteurs. Ses adversaires ont tenté de l’infantiliser en prétextant ne rien comprendre à ses développements. A noter que Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ont visiblement décidé de ne plus l’attaquer.

Un débat pour rien? Non, un débat caricatural qui permet de surligner la pauvreté d’une campagne entrée dans une logique de consumérisme «déceptif» politique. Lequel de ses candidats serait le moins pire président?, continuent à se demander beaucoup de Français. Selon une étude Ipsos, 36% des électeurs sont encore indécis à 18 jours du scrutin.

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