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En Hongrie, on traque les ONG liées à Soros

La 5e ville du pays appelle ses citoyens à déloger une fondation liée à l’emblématique milliardaire philanthrope.

Reuters

Jeudi, le Conseil municipal de Pécs, la 5e ville de Hongrie, dans le sud du pays, a appelé ses citoyens à déloger l’ONG «Emberség erejével» liée à George Soros, l’homme élevé au rang d’ennemi d’État par le gouvernement national-populiste de Viktor Orbán. La résolution proclame: «Nous, habitants de Pécs, avons appris avec stupeur le projet d’une fondation du spéculateur milliardaire hongro-américain Soros destinée à influencer notre vie, nos décisions et nos choix en établissant ici un centre de campagne.» Reprenant les éléments de langage assénés depuis une année entière par le pouvoir, elle accuse le plus emblématique et le plus controversé des philanthropes de chercher à renverser le gouvernement et à saborder l’avenir des Hongrois en implantant «des centaines de milliers de migrants».

Le bail de l’ONG a été résilié le jour même par son locataire. Cette petite structure opère depuis dix ans en faveur de l’éducation et l’intégration des populations marginalisées de Pécs, essentiellement roms, avec le soutien financier de l’Union européenne et du Fonds norvégien. Mais si elle se trouve aujourd’hui dans l’œil du cyclone, c’est parce qu’elle vient de recevoir une importante donation de l’Open Society Foundations (OSF) qui mène les actions philanthropiques de George Soros: une enveloppe de 130 millions de forints (500 000 dollars) qu’elle a pour mission de redistribuer aux associations qui œuvrent dans la région de Pécs, l’une des plus pauvres du pays.

Son chargé de communication, Zoltán Mester, tient à mettre en avant le soutien de la population locale de cette ville, qui fut par ailleurs capitale européenne de la Culture en 2010. Environ trois cents personnes ont manifesté en faveur de l’ONG. Mais en privé, il témoigne des menaces dont il fait l’objet depuis plusieurs jours, des messages de haine sur Internet et des coups de téléphone au petit matin. «Mais ce qui est beaucoup plus dangereux pour nous, estime-t-il, ce sont les agressions verbales des politiciens locaux, du maire et du Conseil municipal et de la presse.»

La campagne contre Soros prend des tours inquiétants. Quelques jours plus tôt, un député du Fidesz, János Pócs, a partagé sur sa page Facebook une photo de villageois procédant à l’abattage rituel d’un cochon portant l’inscription «C’était Soros». Le premier ministre Viktor Orbán a réagi aux accusations d’antisémitisme (Soros étant d’origine juive) en indiquant que «l’abattage des porcs ne relève pas de la compétence du gouvernement», provoquant l’amusement dans sa majorité à l’assemblée. «L’expulsion» de George Soros promise en fin d’année dernière «sera encore une longue bataille», a considéré le dirigeant hongrois mardi. Il semble déjà que Debrecen, la 2e plus grande ville du pays, se prépare à emboîter le pas de Pécs…

Corentin Léotard Budapest

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