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Herman Van Rompuy: «Macron, c’est la victoire des modérés»

L’ancien président du Conseil européen voit dans la victoire d’Emmanuel Macron au premier tour la preuve qu’il y a «une grande partie de la population en Europe qui déteste la polarisation et qui fait le choix de la modération».

Herman Van Rompuy, ancien président du Conseil européen, se réjouit de la victoire d'Emmanuel Macron.
Herman Van Rompuy, ancien président du Conseil européen, se réjouit de la victoire d'Emmanuel Macron.
Keystone

Herman Van Rompuy ne cache pas la satisfaction que lui procure la victoire d’Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle. Il se dit «très content». Mais il faudra, ajoute-t-il, que le futur président trouve une majorité parlementaire à sa hauteur. Et fasse preuve de leadership pour relancer la dynamique européenne.

Emmanuel Macron en tête du premier tour de l’élection présidentielle, c’est aussi une bonne nouvelle pour l’Europe ?

Je suis très content. Que ce serait-il passé si Marine Le Pen était arrivée en tête de l’élection… ? Emmanuel Macron est le seul candidat qui a défendu un programme européen, sans complexe, sans ambiguïté. Aucun autre candidat n’en a fait autant sur le plan européen.

Comment qualifiez-vous son programme européen ?

Je le qualifie d’abord par rapport aux autres, et surtout par rapport à l’extrême gauche et à l’extrême droite qui voulaient quitter l’UE, organiser un référendum sur l’appartenance à l’euro. C’eût été la catastrophe. Sans ambiguïté, Macron a fait le choix de l’union. Pour garder la monnaie commune, pour que la France ait une économie forte et qu’elle mérite sa position dans la zone euro.

Macron président va-t-il pour autant réussir à relancer l’Europe, contribuer à lui donner la dynamique qui lui manque aujourd’hui ?

J’espère deux choses. D’abord qu’il aura également une majorité parlementaire, car le grand défi n’est pas seulement de gagner le second tour de la présidentielle. Il faut une France stable et une France stable a besoin aussi d’une majorité présidentielle. Ensuite, après les élections allemandes qui donneront en tout cas une grande majorité pro-européenne, il faut que la France et l’Allemagne prennent leurs responsabilités pour relancer le projet européen. On sait parfaitement ce qu’on doit faire en Europe. Il suffit de le faire. Mais il faut du leadership. Et seules la France et l’Allemagne peuvent assumer ce leadership.

Cette élection souligne aussi un profond malaise dans la gauche classique puisque Benoît Hamon, le candidat du Parti socialiste, arrive en cinquième position. Cet échec peut-il faire bouger les lignes en Europe ?

Non. C’est un problème propre à chaque pays. Il est impensable par exemple que dans un pays comme l’Allemagne, l’extrême gauche d’un Mélenchon fasse 20 % des voix. Chaque pays doit être analysé dans son contexte, son histoire, sa composition politique. Mais en tout cas, vu le rôle qu’a joué la France et que peut jouer la France, la victoire d’Emmanuel Macron est une très très bonne chose.

La victoire d’Emmanuel Macron nous apprend-elle qu’une certaine manière de faire de la politique vient de mourir en France ? Macron n’a jamais été élu auparavant, il n’a pas un véritable parti derrière lui… En quoi sa victoire est-elle révélatrice de la politique d’aujourd’hui ?

Chaque pays a sa propre culture politique. Même en France, c’était inimaginable jusqu’à ce qui arrive aujourd’hui avec Emmanuel Macron. Il n’y a pas que l’inexpérience et la jeunesse d’Emmanuel Macron qui doivent être prises en compte. Il faut aussi évoquer le fait qu’il échappe au clivage traditionnel droite-gauche. C’est aussi un élément important, car cela prouve que des modérés – sur les plans européen, socio-économique, identitaire – peuvent toujours gagner des élections en Europe. La grande leçon, c’est celle-là. En Europe, le débat public est souvent polarisé. Mais en même temps, il y a une grande partie de la population qui déteste la polarisation et qui fait le choix de la modération. En Allemagne aussi, le parti social-démocrate et le parti démocrate-chrétien sont des partis du centre, des partis très modérés qui détestent la polarisation. Même en Espagne, Mariano Rajoy et son Parti populaire ont été fortement conspués, ce qui ne les pas empêchés de gagner les élections par deux fois. En général, il y a toujours dans les pays européens un public important qui plébiscite les partis modérés.

François Fillon emporte une vingtaine de pourcents lors de ce premier tour. En dépit du succès d’Emmanuel Macron, cela veut dire qu’il y a toujours une place pour la droite traditionnelle dans le paysage politique français…

Oui. Mais qu’un grand parti comme les Républicains ne totalise qu’une vingtaine de pourcents est une grande défaite en soi. Qu’il ne soit pas représenté au second tour doit l’amener à réfléchir. J’applaudis au fait que François Fillon ait appelé à voter Macron, ce qui est la seule position logique. J’espère qu’Emmanuel Macron trouvera une majorité présidentielle et qu’une partie de la droite et de la gauche sera invitée à en faire partie.

Marine Le Pen arrive seconde dans un pays que l’on dit attaché aux Lumières, aux droits de l’Homme. Faut-il y voir un succès de l’extrême droite, même relatif ?

Jean-Marie Le Pen avait déjà fait 18 % en 2002. Marine Le Pen y additionne quelques pourcents. Il ne faut pas oublier l’Histoire récente. Comme ce score impressionnant réalisé par Jean-Marie Le Pen, mais aussi le succès du Parti communiste alors pro-Moscou dans les années 60. Il y a une partie de la France qui ne partage pas l’esprit des Lumières. Et je ne considère pas le Parti communiste comme un parti attaché aux Lumières.

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