Hanane Charrihi raconte l’attentat de Nice: un cri d'amour

FranceSix mois après avoir perdu sa mère, elle a écrit un émouvant livre témoignage de fille de victime du terrorisme.

Hanane Charrihi s'adresse aux candidats djihadistes: «Ici, tu es libre, pourquoi vouloir t’enchaîner? Tu veux faire couler le sang, tu veux tuer ma mère une deuxième fois?»

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«Je me sens Française et musulmane. Beaucoup m’acceptent comme je suis. Je n’ai pas besoin d’avoir une couleur particulière pour prouver mon attachement à la France.» Hanane Charrihi parle d’une voix douce et ne quitte jamais un sourire de tous les instants qui est comme un passeport pour l’empathie et la tolérance. Hanane Charrihi a 27 ans, elle est mariée, a deux enfants, vit en région parisienne et travaille comme préparatrice en pharmacie. Elle a écrit un émouvant livre témoignage de fille de victime du terrorisme.

«Ma mère patrie» (Face aux attentats, restons unis), écrit avec une journaliste deu magazine «l'Obs», est un cri d’amour pour sa mère, son pays la France, une défense des valeurs de tolérance et de paix. C’est aussi l’expression d’une colère contre les terroristes qui ont agi au nom de l’islam auquel elle croit. Et contre le racisme dont elle a été l’objet.

Deux fois victime

En effet, comme sa mère Fatima (60 ans), la première victime de l’attentat de Nice le 14 juillet dernier, Hanane Charrihi porte un foulard. A Nice, les réactions hostiles contre les musulmans, malgré le fait qu’un tiers des 86 victimes était de cette confession, ont été d’une violence sordide.

«On ne veut plus de vous ici!» «Bien fait, une de moins!» Hanane Charrihi raconte comment dans les heures qui ont suivi l’attentat, elle s’est vu confisquer son deuil et sa douleur par les outrances des hommes n’hésitant pas à les insulter sur les lieux du drame. «Nous n’avons jamais pu nous recueillir sereinement sur la promenade des Anglais. Il y a une blessure qui reste», raconte Hanane Charrihi. C’est la double peine des victimes musulmanes du terrorisme en France: à la fois dans la douleur et dans la suspicion de certains.

Toutefois, Hanane Charrihi a l’intelligence de consacrer de très belles pages sur la compassion et la tristesse partagées avec tous les Français, sans distinction. Comme cette hôtesse de l’air dans le vol Paris-Nice qui l’emmène vers son deuil et qui la prend dans ses bras dans un moment de réconfort mutuel et sans calcul. Ou encore de dire la force de l’éducation et de l’intelligence quand elle parle des valeurs transmises par cette mère admirée et respectée.

Témoigner pour déradicaliser

Il y a dans ce petit livre de 115 pages beaucoup d’évidences qui devaient être écrites avec cette simplicité. Il y a chez Hanane Charrihi une force rare qui la pousse à dénoncer la menace terroriste et à s’adresser aux candidats au djihad sans ambiguïté: «Ici, tu es libre, pourquoi vouloir t’enchaîner? Tu veux faire couler le sang, tu veux tuer ma mère une deuxième fois?»

Avec son frère Ali et sa sœur Latifa, la jeune femme vient de créer une association pour prévenir la radicalisation dans les quartiers. «On s’est senti pousser des ailes. En voyant à la TV le reportage d’Antoine Leiris qui a perdu sa femme au Bataclan, on a compris qu’il y avait quelque chose à faire. Nous nous devons de témoigner. Si nous détournons ne serait-ce qu’une seule personne de ce chemin maléfique, nous serons utiles», conclut-elle.

Créé: 18.01.2017, 18h19

«Ma mère patrie» (Face aux attentats, restons unis), écrit avec une journaliste deu magazine «l'Obs», est un cri d’amour pour sa mère, son pays la France, une défense des valeurs de tolérance et de paix. C’est aussi l’expression d’une colère contre les terroristes qui ont agi au nom de l’islam auquel elle croit. Et contre le racisme dont elle a été l’objet.

«Ma mère patrie», Hanane Charrihi et Elena Brunet, Editions de La MartinièreLink

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