En tête, Benoît Hamon fait douter Manuel Valls

Présidentielle 2017Qualifié d’utopiste, le frondeur et ancien ministre de l’Education bat le favori. Mais cette primaire de gauche a peu mobilisé et a vu l’élimination d’Arnaud Montebourg.

Image: Reuters/AP

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Benoît Hamon vire en tête du premier tour de la primaire de gauche avec 36,1% des suffrages. Manuel Valls termine deuxième avec 31,2%. Et Arnaud Montebourg, avec un très faible 18%, est éliminé. C’est donc une surprise que cette victoire de l’ex-ministre de François Hollande, devenu frondeur et qui a porté une campagne d’utopiste (lire ci-dessous). Ce succès inattendu ne cache pas les autres faits marquants de la journée. Manuel Valls est loin des scores estimés par les sondeurs (autour des 40%).

Notre dossier: La présidentielle 2017 en France

Arnaud Montebourg quitte la compétition par la petite porte, très largement distancé par ses deux adversaires. Et la participation, relativement faible avec moins de 2 millions d’électeurs, posera problème au vainqueur de dimanche prochain, journée du second tour de scrutin de la primaire de gauche. Un second tour pour lequel

Benoît Hamon est désormais favori. Montebourg éliminé

«Choqué» et «très déçu», ce sont les mots qui reviennent le plus souvent parmi les soutiens d’Arnaud Montebourg. Bien qu’il n’y ait que deux places en finale pour trois candidats, l’élimination de l’ex-ministre du Redressement productif, qui avait quitté avec fracas le gouvernement en 2014, n’était pas un scénario prioritaire. D’autant qu’il enregistre un score à peine plus important de celui qui était le sien lors de la primaire de 2011 (17%). Il était alors le candidat du renouveau et de la fraîcheur. En 2017, il est apparu usé et comme atone.

Arnaud Montebourg (54 ans), flamboyant politicien, formé à l’art oratoire des prétoires, avait habitué les audiences à des audaces. Chacun l’a senti résigné et démotivé lors de cette primaire qui lui permettrait au mieux de terminer dans la roue d’Emmanuel Macron et de Jean-Luc Mélenchon. Soit à la troisième, quatrième, voire cinquième place de la présidentielle de mai prochain. Hier soir, il a tout naturellement appelé à voter pour Benoît Hamon, avec qui il a «partagé la contestation dans ce gouvernement qui a quitté le lit de la gauche. Aujourd’hui, la majorité des électeurs de notre parti ont demandé à ce que la gauche retrouve son cours naturel.»

Les autres résultats

Le vote utile a bel et bien eu lieu. A noter en effet les faibles résultats des petits candidats. Comme si les électeurs avaient voulu exprimer un choix clair et ne pas disperser inutilement les suffrages. Ainsi, derrière les deux finalistes, Benoît Hamon (36,1%) et Manuel Valls (31,5%), le score d’Arnaud Montebourg (17,7%) apparaît comme bien maigre en regard de son parcours au sein du PS. De même pour l’ex-ministre de l’Education Vincent Peillon, qui dépasse à peine les 6%. François de Rugy (3,8%), Sylvia Pinel (2%) et Jean-Luc Bennahmias (1%) ne récoltent que des miettes. Tout indique que les suffrages de ces trois candidats hors PS, mais qui ont défendu la politique de François Hollande, vont se reporter vers Manuel Valls. Cela sera-t-il suffisant? Pas certain. L’ex-premier ministre est donc en difficulté.

La participation, un semi-échec

Avec moins de 2 millions de votants, cette primaire de gauche est donc un semi-échec. En 2011, le même exercice avait drainé 2,7 millions de personnes vers les urnes. Celle des Républicains en novembre s’est transformée en démonstration de force avec 4,3 millions d’électeurs. Si le PS n’est pas mort, il a néanmoins montré une grande faiblesse. La démobilisation des sympathisants de la gauche, après cinq ans de pouvoir socialiste, est massive. Et si les centres urbains ont plutôt bien résisté, certains quartiers populaires ont vu des bureaux de vote (7600 sur l’ensemble du territoire) quasi vides durant toute la journée. Le divorce entre le PS et les couches les plus fragiles de la population semble consommé. Aussi faudra-t-il surveiller de près la participation au deuxième tour, dimanche prochain. Car les deux grands absents de ce scrutin – Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon – ont décrété, chacun à leur manière, l’inutilité de cette primaire dont le vainqueur peut espérer 10% des voix à la présidentielle, tout au plus.

Créé: 22.01.2017, 23h11

Hamon, l’homme du renouveau

Benoît Hamon (49 ans) a changé de catégorie lors de ces primaires de la gauche. Il était en deuxième division, il accède avec brio à la première division du Parti socialiste français. L’ex-ministre de l’Education a remporté une victoire: celle des idées. C’est son revenu universel d’existence qui a monopolisé l’attention lors des débats télévisés. Sa proposition de légaliser le cannabis avec un encadrement a aussi
passablement fait parler du député des Yvelines. Mixité sociale ainsi que partage du temps de travail sont encore des marqueurs de la gauche de la gauche. Et l’accent constant qu’il a mis sur l’écologie a également séduit une partie des sympathisants de gauche. Notamment ceux qui se sont sentis trahis par François Hollande.
Il y a encore quelques mois, il semblait devoir concourir pour appuyer le favori de l’aile gauche, Arnaud Montebourg… Et puis, Benoît Hamon s’est détaché. Sa campagne imprimait. Il devenait audible et il est devenu la cible des attaques lors des débats. La preuve? «Ne te décourage pas Benoît, c’est toi qui as raison!» lui a ainsi lancé le désinvolte candidat Jean-Luc Bennahmias à la télévision. Comme un écho de la voix du peuple de gauche… D’ailleurs, dans les bureaux de vote, tous les électeurs interrogés ont eu un mot pour qualifier Benoît Hamon: brillant, neuf, rêveur ou utopiste. Il a marqué la primaire.

C’est donc la gauche utopiste qui vire en tête lors de ce premier tour. Mais Benoît Hamon a les moyens de l’emporter face à Manuel Valls. Car son camarade Arnaud Montebourg a appelé à voter pour lui. Il incarne donc un renouveau, mais pas un adversaire de François Fillon et Marine Le Pen. La dynamique est ainsi celle d’un politicien qui a pris de l’aisance tout au long de la campagne et qui, dans les enquêtes d’opinion, est perçu non comme le plus présidentiable des candidats de gauche mais comme le plus sympathique, celui qui comprend les problèmes des gens et qui veut vraiment changer les choses. X.A. (Image: Reuters)

Valls, la gauche pragmatique

«49.3! On n’oublie pas!» Vendredi soir, Manuel Valls a été interrompu à cinq reprises lors de son meeting parisien dans la salle du Trianon à Paris. L’ex-premier ministre de François Hollande a été le favori des sondages durant toute la campagne, mais il reste l’objet d’une agressivité rare de la part de beaucoup de militants socialistes. Il s’est fait enfariner, invectiver et même gifler en Bretagne.
Et pourquoi? Parce qu’il reste l’homme qui a imposé notamment la très controversée loi travail sans discussion au parlement. L’autoritarisme de Manuel Valls ne passe pas auprès du peuple de gauche. Lui s’appuie sur son énergie et un tempérament qui lui ont valu le surnom de «Sarkozy de gauche». Son modèle en politique, qu’il cite volontiers, est Georges Clemenceau. «Le Tigre» n’a certes jamais été président de la République, mais il a conduit la France durant la guerre de 1914-1918. Manuel Valls aime à répéter que dans un monde qui voit émerger la puissance de Trump, Poutine ou Erdogan, il faut des caractères qui n’ont pas peur de prendre leurs responsabilités.

Aussi, Manuel Valls met en exergue sa stature d’homme d’Etat davantage que ses idées et son projet. Ses lignes force sont rassemblement, réconciliation, incarnation et responsabilité. L’un de ses plus fervents soutiens, le député PS et ex-président de SOS racisme Malek Boutih, a cette formule pour expliquer son soutien à Manuel Valls: «Il faut être né pauvre pour comprendre le besoin de règles, de sécurité et d’émancipation par le travail.»

A 54 ans, ce fils d’un artiste espagnol et d’une Suissesse – naturalisé à 20 ans – incarne le PS de gouvernement, qu’il oppose au PS des utopies. Zigzagant, Manuel Valls a donc dû à la fois porter le bilan du quinquennat de François Hollande et s’en distancier. Sa réserve de voix parmi la gauche semble plutôt faible, mais si les électeurs de gauche entendent promouvoir un candidat de combat contre François Fillon et Marine Le Pen, il est le mieux armé. X.A.

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