La Greta belge cultive son franc-parler pour le climat

Grève pour le climatÀ 17 ans, Youna Marette est l’un des visages du mouvement des jeunes en Belgique. Portrait d’une femme déterminée.

«Nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend», assure la Belgo-sénégalaise.

«Nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend», assure la Belgo-sénégalaise. Image: Le Soir/Pierre-Yves Thienpont

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«Nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend». À 17 ans, droite dans ses bottes et armée de son sens de la formule, Youna Marette fait mouche sur les réseaux sociaux. «Nous avons le désir radical de transformer la société», poursuit-elle, bouille ronde et cheveu au naturel, d’une voix douce mais ferme. Bruxelloise, cette métisse belgo-sénégalaise se revendique du mouvement de protestation spontané et générationnel lancé par la jeune Suédoise Greta Thunberg. Elle exige de réagir tout de suite face au climat.

Elle contribue depuis début janvier à rassembler des foules de lycéens belges «en grève» tous les jeudis après-midi devant le Parlement européen. Ils étaient 3000 le 7 janvier, 15 000 la semaine suivante et 35 000 le 24 janvier. Une mobilisation forte, explique Youna Marette, parce qu’elle «ressemble à un festival, avec une chaleur et une ambiance typiquement bon enfant à la belge». L’ampleur des défilés lycéens s’inscrit aussi dans une mobilisation sans précédent pour le climat en Belgique: à l’appel de plusieurs organisations, 70 000 à 100 000 personnes ont marché dans les rues de Bruxelles le 2 décembre, et de nouveau le 27 janvier.

Elle «brosse» les cours

De son côté, elle appartient au groupe Génération Climat, une page Facebook qui représente le pendant francophone du mouvement #YouthforClimate, lancé fin décembre en Flandre par deux autres lycéennes. Tous ont d’abord voulu répercuter l’appel de Greta Thunberg lors de la COP24. Comme des milliers d’autres, Youna Marette «brosse» donc les cours une fois par semaine – l’expression belge pour l’école buissonnière – avec l’aval bienveillant de ses professeurs comme de ses parents. Sa famille, qui n’est pas spécialement militante, a déjà accepté, sous la pression qu’elle exerce chez elle, de ne plus consommer de bouteilles en plastique.

Sa force tient à son incroyable aplomb, qui n’a rien de vindicatif. Elle répond du tac-au-tac aux journalistes comme à des pontes du monde politique. Anne Hidalgo, la maire de Paris, l’a invitée en février à une conférence sur le climat. Son message? «On en a marre du système de croissance effréné qui détruit la nature, déclare-t-elle sur les antennes de France Inter. On demande une décroissance et un calcul de toutes les décisions prises par nos gouvernements sur la nature, pour préserver notre futur».

Inégalités Nord-Sud

Son engagement porte depuis ses 14 ans sur les inégalités Nord-Sud. Membre de l’ONG Défi Belgique Afrique, elle fait de «l’éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire», et forme elle-même un groupe de 40 jeunes. Lors d’un voyage en Inde organisé par cette association, elle découvre l’ampleur et la réalité des inégalités. Passionnée par les projets de développement agricole, un sujet qui touche directement sa famille, du côté de sa mère au Sénégal, elle a été marquée par le film «Demain», puis par la lecture du dernier rapport du GIEC, en septembre, selon lequel il faut agir dans les dix ans face au climat.

«Mon discours n’est pas de dire ce qu’il faut faire, mais de demander aux politiques et aux industriels d’agir. Prenez vos responsabilités et agissez au lieu de parler!» Sans accent conflictuel ni aucun signe de colère, elle reproche aux politiques belges leur hypocrisie. Ne se faisant aucune illusion sur sa notoriété qui monte, elle dit être invitée et reçue pour des objectifs de «communication», sans engagement sur les vrais enjeux. «On passe 2 heures à négocier de tout petits pas qui n’aboutissent à rien, mais pour eux c’est un coup de comm qui leur permet de dire avant les élections qu’ils ont rencontré ces jeunes…» Manifestement, Youna Marette préférerait ne pas faire parler d’elle, mais plutôt du climat. (TDG)

Créé: 14.03.2019, 15h31

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