La Grèce tente de panser ses plaies grâce à une solidarité populaire

GrèceÀ peine le deuil national terminé après les feux meurtriers, les vieux démons politiques se réveillent.

Les débris calcinés d’une habitation à Rafina, où on a retrouvé le plus de victimes des incendies dévastateurs du début de semaine.

Les débris calcinés d’une habitation à Rafina, où on a retrouvé le plus de victimes des incendies dévastateurs du début de semaine. Image: DR

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Huitante-sept morts, quarante-neuf blessés, dont plus d’une dizaine en réanimation, de nombreux disparus que les autorités recherchent aussi bien sur terre qu’en mer, plus de 32 000 hectares brûlés rien que dans la région de l’Attique, Mati l’épicentre des incendies devenue ville fantôme, tel est le bilan terrible des incendies en Grèce.

Heureusement, les pluies diluviennes ont éteint tous les autres foyers, entraînant néanmoins des inondations catastrophiques. Mais le pays reste toujours sous le choc: «Il ne reste plus rien de toute une vie passée, plus rien de ce que m’avaient laissé mes parents, mes grands-parents. Je suis nue, seule au monde désormais», balbutie cette vieille femme errant dans les rues calcinées de la petite ville côtière martyre de Mati.

Mais le plus insoutenable, ce sont les cris inhumains des familles à la morgue d’Athènes, où se fait l’identification des victimes carbonisées, brûlées vives pour la plupart. «J’ai apporté la brosse à cheveux de ma fille pour qu’on identifie son ADN. C’est tout ce qu’il me reste de mon enfant», murmure dans un sanglot cette mère qui a vu ses cheveux blanchir en une seule nuit.

Cette douleur qui monte de tout le pays était palpable lors de la conférence de presse donnée jeudi soir par Nikos Toskas, le ministre de la Protection du citoyen. S’appuyant sur des études d’imagerie satellite, l’Agence spatiale, la police et des experts du corps des pompiers dévoilent la concomitance de 13 départs de feux. Ayant la même empreinte sur trois lignes droites près du réseau routier, ils suggèrent un plan criminel. Une enquête judiciaire a été ouverte.

Les partis d’opposition, retournant l’argument, jugent quant à eux criminelle l’impréparation et la mauvaise gestion des feux du gouvernement. «Les couteaux ressortent, à peine terminé le deuil national», comme le titre un quotidien du soir. La principale force d’opposition, la Nouvelle Démocratie conservatrice, interpelle le gouvernement sur sept points précis relatifs à l’organisation désastreuse des secours. La dirigeante du Parti socialiste considère que le maintien au pouvoir de la coalition gouvernementale, déjà dangereuse pour l’économie du pays, l’est désormais pour la vie des citoyens eux-mêmes.

Contredisant cette attitude politicienne, Dimitri Sergiou, maire de droite de Pendeli, vétéran de la lutte contre les incendies (sa commune a brûlé quinze fois ces vingt dernières années), déclare: «La réaction du mécanisme d’État a été exemplaire, et j’insiste là-dessus. La situation était de toute façon incontrôlable.»

Responsabilité des autorités

Pour sa part, le ministre de la Défense, Panos Kammenos, chahuté violemment lors de sa visite à Mati par les rescapés pour ses propos tenus à la BBC, a déclaré: «Il y a une responsabilité de longue date des autorités, qui ont laissé se développer un système clientéliste, ayant permis la construction majoritairement sans autorisation de ces maisons. Les habitants doivent comprendre que respecter les lois et les règles est la garantie de leur sécurité.»

Plus en nuances, Alexis Tsipras, le premier ministre, a tenu un conseil extraordinaire, sur le ton du doute et de l’autocritique: «Avons-nous fait ce qu’il fallait faire? Pouvions-nous faire mieux? C’est le moment le plus dur de mon mandat. Je ne compte pas me soustraire à mon entière responsabilité politique concernant la tragédie de Mati. L’heure n’est pas à une campagne électorale, mais à une analyse lucide des causes profondes pour éviter que cela ne se reproduise.» Détaillant les mesures prises d’aide aux victimes, il a rappelé: «L’été n’est pas fini, restons vigilants!»

En écho, le «Journal des rédacteurs» titre poétiquement: «Une fleur naît des cendres: la solidarité.» Elle s’organise tous azimuts, depuis le don de nourriture déjà pléthorique jusqu’à l’hébergement, le soutien psychologique, en particulier aux enfants, la prise en charge des animaux, eux aussi victimes… En attendant la mise en route des mesures nationales et régionales d’indemnisation. Même les Turcs, réunis au Consulat général de Grèce à Izmir avec des bannières, des fleurs et des bougies allumées, ont envoyé un touchant message: «Tenez bon, voisins!» (TDG)

Créé: 27.07.2018, 22h10

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