À Genève, l’ONU enfonce le clou de l’égalité homme-femme

Droits humainsLa question s’est imposée comme une priorité de l’organisation. Le Conseil des droits de l’homme en débattra dès lundi

Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU et Michelle Bachelet, Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme.

Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU et Michelle Bachelet, Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme. Image: Salvatore Di Nolfi

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L’ONU a déjà acté et gravé dans le marbre l’égalité homme-femme. Elle en a même fait une priorité dont se sont saisies toutes ses agences. Le Conseil des droits de l’homme réuni en session ordinaire dès ce lundi et jusqu’au 12 juillet à Genève va en remettre une couche en proposant de créer une Journée mondiale des droits de la femme et de l’égalité salariale. La proposition, portée par l’Islande, va faire l’objet d’un débat. La Suisse doit s’y rallier. Cela fait écho à la mobilisation du 14 juin dernier qui a vu des centaines de milliers de Suissesses, vêtues de violet, déferler dans les rues de Genève, Lausanne ou encore Zurich pour défendre leurs droits. Le combat est planétaire et s’inscrit dans une dynamique ancienne qui est en train de trouver un second souffle.

La «gender equality» inscrite à l’agenda des objectifs du développement durable (ODD) adopté en 2015 par 193 pays est devenue un mot-clef de la rhétorique onusienne. Mais cet engagement n’est pas toujours suivi d’effets. Des données récentes indiquent que pas un seul pays n’est en passe d’atteindre l’égalité des sexes d’ici à 2030. Même les pays nordiques n’y arriveront pas. La sous-représentation des femmes dans les parlements, l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes et la violence sexiste figurent parmi les domaines sur lesquels tous les pays ont du mal à s’attaquer.

Une femme à l’ONU à Genève

«Nous avons déployé un grand nombre de programmes pour soutenir l’égalité des sexes. Mais nous devons les accélérer, les renforcer et les étendre», a déclaré Antonio Guterres. Le secrétaire général des Nations Unies a mis tout son poids dans la balance pour qu’une femme succède à Michaël Moller à la tête de l’ONU à Genève. Ce sera l’économiste et diplomate russe Tatiana Valovaya. Une nomination qui a valeur de symbole. Cependant, des pans entiers de l’économie globalisée sont encore à la traîne. Le 14 juin dernier, les Nations Unies et le Forum économique mondial ont signé un partenariat stratégique qui hisse l’égalité entre les sexes au rang de priorité.

En quelques années, le combat pour l’égalité homme-femme s’est glissé au premier plan. La vague #MeToo est passée par là. À l’échelle mondiale, plus de 800 millions de femmes ont déjà subi des formes de violence ou de harcèlement pouvant varier de l’agression physique aux propos injurieux ou à l’intimidation, selon la Confédération syndicale internationale. L’ONU et ses agences se sont saisies de la question du harcèlement des femmes au travail en faisant parfois le ménage dans leurs propres rangs. Signe des temps, la 108e Conférence internationale du travail, réunie à Genève depuis dix jours, a achevé ses travaux vendredi en adoptant une Convention sur la violence et le harcèlement au travail.

L’obstacle de la pauvreté

La pauvreté est aussi le principal obstacle à l’égalité de sexes. Le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, y voit une raison de plus pour défendre l’idée d’une couverture santé universelle. Lors de l’Assemblée générale de la santé qui s’est tenue en mai, l’Éthiopien est monté au créneau à plusieurs reprises pour insister sur cette question. Cette obsession onusienne épouse aussi le combat pour le climat.

Dans les jours qui viennent, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme doit présenter les conclusions d’un rapport sur les changements climatiques et leur impact pour les femmes dans l’exercice de leurs droits. Le débat doit être porté par Mary Robinson, première femme présidente de l’Irlande et ancienne haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. Dans le même sillon sera exploré l’impact des migrations sur les femmes. L’ONU ne veut pas se restreindre à un débat sur l’égalité qui serait l’apanage des pays riches.


L’enquête sur l’affaire Kashoggi au cœur des débats

La session du Conseil des droits de l’homme qui s’ouvre ce lundi à Genève va être aussi l’occasion d’un nouveau bras de fer autour de l’enquête sur l’assassinat de Jamal Kashoggi. La rapporteuse spéciale des Nations Unies Agnès Callamard doit remettre un rapport qui implique le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) dans la mort du journaliste. Elle suggère l’ouverture d’une enquête supplémentaire ainsi que des sanctions. Riyad a rejeté le document.

Le débat devant le Conseil des droits de l’homme s’annonce tendu. Il risque aussi de faire ressurgir certaines lignes de fractures parmi les pays du Golfe. Le Qatar, sous blocus de l’Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, de Bahreïn et de l’Égypte depuis 2017, ne sera pas le dernier à demander des comptes. Ces deux dernières années, Doha s’est servi des mécanismes des droits de l’homme pour dénoncer une violation du droit international et exiger une condamnation des monarchies du Golfe.

Cette session du Conseil des droits de l’homme va donner lieu à de nouvelles passes d’armes. Les Qataris viennent de remporter une manche. Il y a quelques jours, la Cour internationale de justice (CIJ) leur a donné raison en estimant que les mesures prises par les Émirats arabes unis étaient discriminatoires. Leur action devant le Conseil des droits de l’homme s’en trouve d’autant plus légitimée. Quant à l’enquête sur le meurtre de Jamal Kashoggi, l’occasion est trop belle pour ne pas souffler sur les braises et mettre en difficulté un puissant adversaire. La partie va se jouer dans l’enceinte du Conseil des droits de l’homme, mais aussi en coulisse par ONG interposées, chaque camp disposant de ses propres défenseurs des droits de l’homme prêts à porter le couteau dans la plaie.

Créé: 23.06.2019, 18h44

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