François Hollande conduit sa guerre contre Daech

Attentats de ParisLe président français entame un marathon diplomatique pour construire une coalition contre le groupe Etat islamique. Manière aussi d’accréditer son statut de puissance mondiale

François Hollande accueillait hier à l’Elysée David Cameron pour un petit-déjeuner. Ce dernier fera la demande à son parlement jeudi de pouvoir bombarder le groupe Etat islamique en Syrie.

François Hollande accueillait hier à l’Elysée David Cameron pour un petit-déjeuner. Ce dernier fera la demande à son parlement jeudi de pouvoir bombarder le groupe Etat islamique en Syrie. Image: AFP

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François Hollande et le premier ministre britannique David Cameron se recueillent devant le Bataclan à Paris. C’était hier, lundi, la première image forte d’un marathon diplomatique hors du commun entamé par le président de la République. Quasi au même moment, les Rafale décollaient du porte-avions Charles de Gaulle, arrivé en Méditerranée orientale, pour continuer les frappes contre les positions du groupe Etat islamique (Daech) en Syrie.

Après les décisions sécuritaires sur le plan intérieur (l’état d’urgence), après les mots de chagrin pour ses concitoyens sidérés par les attaques terroristes du 13 novembre (130 morts et 350 blessés), Hollande rencontre cette semaine un à un tous les membres du Conseil de sécurité de l’ONU. Son objectif? Construire une vaste coalition contre Daech.

Cette intense activité diplomatique trouvera son point d’orgue lundi prochain à Paris, avec l’ouverture de la COP21 à laquelle devraient assister quelque 140 chefs d’Etat et de gouvernement. Une concentration de pouvoir rarissime qui risque d’éclipser le climat comme principale préoccupation.

«D’abord, il faut constater que François Hollande et la France n’ont jamais été à la traîne sur les dossiers de la lutte contre le fondamentalisme dans les pays africains et au Moyen-Orient», analyse Stéphane Rozès, président de la société CAP (Conseils, analyses et perspectives) et professeur à Sciences Po Paris.

Et le politologue poursuivre: «On peut être en désaccord avec les options choisies par le passé. Mais il serait malvenu de lui reprocher d’être en mouvement alors que les absences de l’Europe et des autres puissances ont permis à Daech de prospérer.» En effet, du côté de l’Elysée, on préfère parler d’inflexion et d’intensification de la politique menée jusqu’alors plutôt que de nouveau cap.

Marathon diplomatique

Dans le détail, François Hollande accueillait hier à l’Elysée David Cameron pour un petit-déjeuner. Ce dernier fera la demande à son parlement jeudi de pouvoir bombarder le groupe Etat islamique en Syrie. Aujourd’hui mardi, il est à Washington pour rencontrer Barack Obama. Mercredi, la chancelière allemande Angela Merkel est à Paris. Jeudi, François Hollande se rend à Moscou pour parler les yeux dans les yeux avec Vladimir Poutine. Avant de s’envoler pour la capitale russe, il aura encore reçu jeudi matin Matteo Renzi, le premier ministre italien, à l’Elysée.

Vendredi à Malte, François Hollande participe au sommet du Commonwealth. Et dimanche enfin, il dîne avec Xi Jinping, le président chinois. Plus tôt dans la journée, il prévoit de rencontrer le premier ministre canadien Justin Trudeau et le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon.

Mais la France reste la France. Et même si elle se déclare en guerre, elle n’entend pas déroger aux lois. Elle a donc pris le soin de faire adopter, vendredi dernier, une résolution par le Conseil de sécurité de l’ONU qui autorise «toutes les mesures nécessaires pour combattre» le groupe Etat islamique, que le texte qualifie même de «menace mondiale et sans précédent contre la paix et la sécurité internationales». Il n’empêche que, si l’ennemi principal est désormais désigné de manière unanime, il reste de profondes divergences entre les acteurs sur la place à accorder à Bachar el-Assad.

Oubliée l'affaire des Mistral

De quoi gripper la grande alliance préconisée par la France? «La position d’intransigeance de la France vis-à-vis de la Russie avait commencé déjà à s’atténuer avant les attentats. Désormais, l’ampleur du choc exige la révision radicale des positions précédentes. Etant donné la présence de la Russie, et l’imbrication de ses intérêts dans la région, le président de la République a choisi la menace la plus élevée: Daech. Il n’y a pas de retournement, il y a un pragmatisme dont François Hollande est coutumier», avance Pascal Perrineau, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris.

Ironie de l’histoire, la France bombarde la Syrie avec la Russie, alors qu’en septembre dernier elle annulait définitivement la vente de deux navires de guerre Mistral au pays de Vladimir Poutine.

La France en pointe

Mais, les deux Etats sont des partenaires historiques. Et ils sont ceux qui comptent le plus de ressortissants parmi les djihadistes étrangers. La réconciliation entre Vladimir Poutine et François Hollande devrait être un symbole fort, prédisent les experts. A voir jeudi prochain...

La France, championne européenne de la guerre et coordinatrice internationale de la riposte, étonnant? «Pas seulement! En faisant le choix du pacte de sécurité avant celui de la stabilité, la France reprend le leadership dans la politique européenne. Le génie européen, celui qui a été attaqué à Paris, c’est sa culture, sa mixité, son art de vivre, c’est quelque chose de supérieur aux contraintes de rigueur budgétaire imposées par l’administration de l’UE», analyse Stéphane Rozès.

Manière de dire que la France est le seul pays de la zone euro membre du Conseil de sécurité.

Créé: 23.11.2015, 23h10

Poutine et Kerry consultent aussi leurs alliés

Il n’y a pas que la France qui cherche le soutien de ses alliés pour lutter contre Daech et trouver une solution à la crise syrienne. En effet, alors que François Hollande recevait hier à Paris l’appui attendu de Londres, Vladimir Poutine était lui à Téhéran, pendant que John Kerry s’entretenait à Abu Dhabi avec les dirigeants des Emirats arabes unis et son homologue saoudien Adel al-Jubeir.

Dans la perspective de la mise sur pied d’une hypothétique large coalition internationale anti-Daech, il est tout à fait normal que les grandes puissances – en l’occurrence la Russie et les Etats-Unis – s’assurent du soutien de leurs alliés traditionnels.

Soutiens indéfectibles du président Bachar el-Assad, Vladimir Poutine et le guide suprême d’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, ont – sans surprise – souligné «l’unité de points de vue entre Moscou et Téhéran» sur la Syrie, réaffirmant «le caractère inadmissible des tentatives extérieures de dicter les scénarios du règlement politique» de la crise syrienne, a déclaré un porte-parole du Kremlin.

Cela dit, l’assurance de Moscou dans le jeu régional n’est jamais apparue aussi impressionnante. D’abord parce qu’avant sa venue à Téhéran, Poutine avait – conformément à l’accord international signé en juillet – levé l’interdiction de vente de matériel nucléaire à l’Iran. Ensuite parce que son armée de l’air poursuit implacablement ses bombardements contre l’opposition syrienne. Bref, l’axe Moscou-Téhéran-Damas n’a jamais été aussi fort. Et pèsera lourd dans les discussions à venir.

A Abu Dhabi, le secrétaire d’Etat américain avait sans doute ces données à l’esprit lors de sa rencontre avec ses alliés du Golfe. John Kerry a tenté de les persuader que son plan visant à amener à la table des négociations tous les acteurs du conflit en Syrie, à l’exception des djihadistes de Daech, est la clé pour isoler et finalement vaincre ces extrémistes. Une ambition qu’il faut encore traduire dans les faits.

Bernard Bridel

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