Pourquoi François Fillon réveille la gauche française

Présidentielle 2017Le député de Paris, favori de la primaire, fait peur à la gauche. Contrairement à Nicolas Sarkozy, il a l’intention de faire ce qu’il promet

Contrairement à Nicolas Sarkozy, «On peut compter sur François Fillon pour faire ce qu'il promet», glisse le politologue Thomas Guénolé. De quoi inquiéter le peuple de gauche...

Contrairement à Nicolas Sarkozy, «On peut compter sur François Fillon pour faire ce qu'il promet», glisse le politologue Thomas Guénolé. De quoi inquiéter le peuple de gauche... Image: AFP

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«Evidemment que la possible élection de François Fillon galvanise la gauche! Il pourrait même la sauver…» Thomas Guénolé, politologue et essayiste, décortique le phénomène François Fillon lors de cette primaire de la droite et du centre. Jeudi, lors du débat de l’entre-deux-tours, les observateurs ont bien perçu l’intense activité sur les réseaux sociaux des militants du PS pour critiquer les arguments et alerter les sympathisants de gauche sur le danger d’une présidence de Fillon.

Mais nous n’en sommes pas là. En attendant le deuxième tour de cette primaire des Républicains, dimanche, le candidat François Fillon sert encore d’épouvantail qui permet de rassembler une gauche en morceaux.

«La droite est maintenant unie, il faut que la gauche le soit. Ceux qui s’autodésignent candidats à la présidentielle devraient s’interroger», a ainsi commenté le premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis. D’ailleurs, même des ministres comme Marisol Touraine et Najat Vallaud-Belkacem ont tweeté leur désapprobation en direct pendant le grand débat Juppé-Fillon.

«François Fillon est mieux que Nicolas Sarkozy pour réveiller la gauche. Car il est thatchériste sur l’économie. Et il est conservateur, voire réactionnaire sur les minorités musulmanes et LGBT (ndlr: lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres)», glisse Thomas Guénolé. Pour l’essayiste, il est évident que non seulement les propositions du candidat surprise vont plus loin que celles de l’ex-chef d’Etat, mais en plus «on peut lui faire confiance pour appliquer ce qu’il promet», souligne le politologue.

Fillon le dur, Sarko le mou

En effet, si Nicolas Sarkozy a souvent affiché pendant ses campagnes une radicalité envers les minorités musulmanes et homosexuelles, afin de s’attirer les grâces de l’électorat traditionaliste, il a rarement été plus loin que la posture. «Il a toujours joué au dur, mais il s’arrêtait avant la mise en œuvre. Dans les faits, rien…» constate Thomas Guénolé.

Aussi, l’efficacité du bon élève François Fillon a de quoi inquiéter les tenants d’une société ouverte telle que la prône le Parti socialiste depuis toujours. D’autre part, il apparaît probable que François Fillon siphonne une partie de l’électorat catholique du Front national lors de la présidentielle 2017. Thomas Guénolé croit en cette hypothèse.

«Ce n’est plus une évidence que Marine Le Pen soit au deuxième tour. Aujourd’hui, un Fillon élu a toutes les chances de finir en tête au 1er tour et de faire baisser le score du FN. Le ticket pour aller au deuxième tour est désormais plus bas, meilleur marché. On peut imaginer une Marine Le Pen en dessous de 20%. Une gauche unie avec un candidat unique pourrait décrocher la lune», imagine le politologue.

A gauche en rade La primaire à gauche aura lieu en janvier. Mais les inconnues sont nombreuses. Et notamment la candidature ou non de François Hollande. «La mobilisation de la gauche pour tenter de contrer un Fillon très déterminé à solder l’héritage de Mai 68 et des avancées sociales du mitterrandisme, oui, elle existe», analyse Frédéric Dabi, politologue.

Et le directeur général de l’institut de sondage Ifop de poursuivre: «Mais elle ira où, cette mobilisation? Vers Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon, le vainqueur de la primaire PS – Hollande, Valls, Montebourg –, le Vert Yannick Jadot? Tout est possible. Mais la solution de la gauche ne dépend pas du vainqueur de la primaire de la droite. Jamais la gauche française n’a été à ce point divisée, crispée, balkanisée. Il lui reste peu de temps pour réussir une clarification», conclut Frédéric Dabi.

Créé: 26.11.2016, 17h36

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