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La France en jaune, l’Europe en noir

Tous les observateurs et la préfecture de police le disent: Paris a connu une journée d’émeute samedi d’une violence inédite depuis 1968. Cette poussée de fièvre est le symptôme d’une France malade. C’est grave pour notre voisin, mais ça l’est aussi pour l’UE et même pour la Suisse. Le président français Emmanuel Macron avait en effet pris le leadership des européistes dans la campagne des prochaines élections du Parlement de Strasbourg. Affaibli en France, il l’est aussi en Europe. Or, l’UE, premier client de la Suisse, se fissure de toutes parts.

C’est l’écart qui se creuse entre la France d’en haut et celle des classes moyennes qui a déclenché cette fronde

Ce week-end, une autre mauvaise nouvelle est tombée: l’entrée de 16 élus d’un parti d’extrême droite, Vox, en Espagne. Après l’Allemagne qui a désormais des élus nationaux populistes de l’AfD, le dernier bastion des pays vaccinés par leur histoire et jusqu’ici exempt de représentants de l’ultradroite au parlement est tombé. En Allemagne, des néonazis ont fait une démonstration inédite de force à Chemnitz. À Paris, Berlin et Bruxelles, les actes antisémites se multiplient… Toute l’Europe se drape de noir.

Les pays de l’Est qui ont déjà versé dans l’illibéralisme (Hongrie, Pologne et République tchèque) ont été rejoints par l’Autriche et la Slovaquie. Puis, très récemment, par l’Italie de Matteo Salvini et de la Lega, un parti régionaliste devenu national populiste. À Budapest et Varsovie, les nouveaux dirigeants se sont systématiquement attaqués aux droits démocratiques (justice, médias, ONG), aux étrangers (refus du multiculturalisme, rejet des immigrés, fussent-ils éligibles au droit d’asile). Ils mènent ouvertement une contre-révolution culturelle, qui va à l’encontre des valeurs fondatrices de l’UE. Un chemin que d’autres pays d’Europe sont désormais tentés de prendre.

Dans ces pays, comme en Russie et en Ukraine, gouvernants et fortunes faites sur les décombres du communisme forment une oligarchie corrompue qui truste pouvoir politique et économique. Certains observateurs parlent même d’État mafieux pour qualifier la Hongrie du clan Orban.

Si on ajoute à ce sombre tableau le retrait britannique, troisième puissance économique de l’UE, on voit mal comment une crise à l’échelon des Vingt-Sept ne se traduirait pas dans les urnes en mai prochain.

Si, en France aussi, des groupuscules d’extrême droite, comme d’ultragauche d’ailleurs, ont profité du mouvement des «gilets jaunes» pour tenter de s’attaquer à la République, ils ne sont pas le virus de la fièvre qui s’est emparée de l’Hexagone. La France a la passion de l’égalité. Et c’est l’inégalité qui se creuse entre la France d’en haut et celle des classes moyennes modestes qui a déclenché cette fronde. C’est tout autant le ras-le-bol fiscal, le sentiment de perte de pouvoir d’achat que la suppression d’une partie de l’impôt sur les grandes fortunes qui motive ces «gilets jaunes». Ils habitent des villes moyennes en déshérence ou des campagnes oubliées et se serrent la ceinture sans être assez pauvres pour être aidés. Ce n’est l’expression ni d’un populisme ni d’un nationalisme. Mais d’une frustration ancienne. Qui peut, du jour au lendemain, céder aussi au populisme ambiant.

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