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En France, la contestation étudiante affronte l’extrême droite

Un violent face-à-face entre grévistes et identitaires a laissé une profonde cicatrice à Montpellier.

Romane était présente et témoin des violence dans l'amphithéâtre...
Romane était présente et témoin des violence dans l'amphithéâtre...

Le calme semble revenu à la Faculté de droit de Montpellier après des journées de tension extrême. En revanche, c’est le blocage total à Paul-Valéry, à quelques kilomètres de là. La fac de lettres et de sciences humaines est mobilisée contre la loi Vidal. Nommée d’après la ministre de l’Enseignement supérieur, cette réforme entend remplacer le tirage au sort par un classement des candidats pour les cursus très demandés. Nantes, Tolbiac, Paris-Sorbonne… Une longue traînée de poudre se répand dans les universités françaises.

Tout est parti de cette Faculté de droit coincée dans le centre historique de Montpellier. Elle polarise l’attention depuis l’agression commise dans la nuit du 22 au 23 mars contre des étudiants grévistes. Romane, étudiante en première année, était présente sur les lieux: «Nous étions très calmes. Certains commençaient à s’endormir quand le doyen, Philippe Pétel, est entré dans l’amphi entouré de quelques professeurs. Il en est ressorti. Puis nous avons vu débarquer des hommes encagoulés. Ils ont commencé à taper sur les pupitres, puis ils nous ont frappés à coups de bâton pour nous expulser. C’était d’une violence extrême. Il y avait du sang partout.» Romane est traumatisée.

Les images font le tour de la Toile. L’attitude du doyen, qui soutient ouvertement les agresseurs, intrigue. Plusieurs enseignants sont soupçonnés d’avoir participé à l’expédition punitive. Deux enquêtes sont ouvertes, l’une judiciaire, l’autre administrative. Elles conduisent à la démission de Philippe Pétel. Comme Romane, Aurore est membre du noyau dur de la contestation étudiante. Elle ne cache pas son engagement à gauche: «Ces gens nous ont attaqués pour notre idéologie, qui n’est pas conforme à la leur. Le problème n’est pas tellement la réforme mais le fait que nous ne pensions pas comme eux. J’ignore si nous sommes véritablement en sécurité ici.»

Ces «gens» dont parle Aurore, qui sont-ils? Le nom de la Ligue du midi, un mouvement identitaire, revient souvent. Plusieurs enseignants seraient des adhérents de cette mouvance créée en 2010 par Richard Roudier, l’un des leaders de l’extrême droite locale. Lui-même a été étudiant à Montpellier dans les années 60, à l’époque du GUD (Groupe union défense), un syndicat étudiant resté célèbre. Il se régénère désormais à la droite de l’extrême droite, s’insérant dans l’espace laissé vacant par un Front national en plein questionnement. Les identitaires posent ainsi leurs valises dans le sud maurrassien: Aix-en-Provence, Marseille, Nice, Nîmes. Mais aussi plus au nord, à Lyon, Strasbourg ou Lille à la faveur d’une période troublée.

Richard Roudier est un personnage. La voix est rocailleuse, le propos lapidaire. Il tient cependant à prendre ses distances avec les incidents: «Contrairement aux gauchistes, nous agissons à visage découvert. Nous ne sommes pas une milice. Nous sommes un mouvement politique. Les principaux responsables de cette situation sont le préfet, qui aurait dû évacuer l’amphi, et Macron, qui défend cette réforme.»

À la Faculté de droit, personne ne croit vraiment totalement à cette posture. Des étudiants sont bel et bien encartés à la Ligue du midi. Et des profs aussi. Richard Roudier juge d’ailleurs que le doyen Pétel a eu «une attitude louable». «Nous sommes solidaires de ceux qui veulent travailler et passer leurs examens. Les autres sont des nihilistes qui veulent détruire la société française.»

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