Un financier genevois passe 5 ans à traquer les millions détournés

JusticeJean-François de Clermont-Tonnerre s’est battu pour laver son honneur après la chute de Hottinger & Partners.

Jean-François de Clermont-Tonnerre.

Jean-François de Clermont-Tonnerre. Image: DR

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En 2013, les révélations sur les indélicatesses de Fabien Gaglio, un gestionnaire de fortune de Hottinger & Partners, émanation de la banque Suisse Hottinger, ébranle la place financière genevoise. Cinq ans seulement après l’affaire Madoff, les clients de l'escroc qui croyaient avoir confié leur fortune à un génie de la gestion d'actifs découvrent la supercherie. Derrière la promesse de rentabilité, un montage financier frauduleux qui consiste notamment à rémunérer les investissements des clients par les fonds procurés par les nouveaux entrants et à soutenir l’ensemble par des faux soumis à des clients de confiance.

Jean-François de Clermont-Tonnerre, l’associé de Fabien Gaglio, ne se doute de rien jusqu’à ce qu’un coup de fil entame une saga digne d’un roman. Début 2013, un client californien envoie un relevé de compte pour réclamer des éclaircissements sur certaines positions gérées par H CTG la filiale luxembourgeoise de Hottinger & Partners. Fabien Gaglio est absent ce jour-là. Une employée compare alors le relevé avec les informations détenues par l’établissement financier. Rien ne correspond et l’écart est énorme. Dès lors, tout s’emballe. Jean François de Clermont-Tonnerre sonne le branle-le bas de combat et demande aux équipes de vérifier s’il n’y a pas d’autres anomalies. La tâche s’annonce colossale. Hottinger & Partners gère 600 millions de francs suisses d’actifs. Un mauvais pressentiment l’étreint. Et effectivement, très vite les employés de Hottinger & Partners découvrent que d’autres clients ont reçu des relevés falsifiés. Fabien Gaglio disparaît immédiatement dans la nature. Une semaine hors du temps qui se termine par une plainte pénale déposée par Jean-François de Clermont-Tonnerre auprès des autorités suisses.

«Le travail de vérification prenait une telle ampleur que j’ai dû demander à Deloitte Forensics de nous envoyer en urgence une équipe d’experts pour tout éplucher», raconte Jean-François de Clermont-Tonnerre. Cinq ans après que le scandale a été mis au jour, le Genevois consent à s’exprimer publiquement sur l’affaire. S’il a été à l’origine de la première plainte déposée au Luxembourg, siège de H CTG (l’entité qui gère le développement de l’activité de gestion de clientèles privée en Europe), l’affaire a bien failli se retourner contre lui en entachant sa réputation. Une mise en cause de sa probité insupportable pour ce descendant d’une famille d’aristocrates installée à Genève depuis le XVIIIe siècle, engagé avec son épouse dans de multiples actions de bienfaisance.

«Je n’aurais pas dû faire autant confiance»

Après s’être rendu à la police, Fabien Gaglio a essayé d’impliquer Jean-François de Clermont-Tonnerre en affirmant que son associé avait lui-même fait des faux en écriture. Finalement, ce n’est qu’en début d’année que la justice luxembourgeoise l’a lavé de tout soupçon. Ni faux, ni même d’enrichissement personnel. En remontant l’ensemble des flux, les enquêteurs ont découvert que les 900 000 francs que Fabien Gaglio avait versés à Jean François de Clermont-Tonnerre correspondaient à des remboursements d’avances de trésorerie et de remboursements de carte de crédit. La procédure engagée en Suisse n’est pas terminée mais elle l’exclut d’emblée du périmètre de l’escroquerie.

Pour autant, l’intéressé ne s’en est jamais lavé les mains. «J’ai été administrateur. J’ai une part de responsabilité. Il y a eu un défaut de vigilance. Je n’aurais pas dû faire autant confiance. J’ai beaucoup appris», confie le financier qui a passé toutes ces dernières années à tenter de remonter la piste de l’argent détourné et à essayer de comprendre comment Fabien Gaglio avait pu tromper autant de monde sur une aussi longue durée. Un vrai travail de policier qui l’a conduit à rencontrer chacun des clients lésés et à prendre ses responsabilités. Ce travail de fourmi lui a permis de remettre la main sur environ 10 millions de francs. Pour montrer qu’il n’est pas du genre à se défausser, il rachète Hottinger & Partners dès l’éclatement public du scandale. Pour la banque déjà mal en point, affaiblie par les rivalités familiales et un manque de capitaux, l’impact de l’affaire Gaglio sur son entité sœur Hottinger & Partners est le coup de grâce, la FINMA fermant la porte aux autres propositions de rachat. Si certains des clients lésés ont pu récupérer une petite partie de leurs capitaux, d’autres attendent de la justice suisse qu’elle reconnaisse et répare leur préjudice. Mais après avoir mené la grande vie et purgé une peine de prison, Fabien Gaglio serait aujourd’hui ruiné. Une insolvabilité qui accroît le sentiment de frustration de certaines de ses victimes.

Rumeurs folles

Aujourd’hui, après cinq années passées à pister l’argent détourné, Jean-François de Clermont-Tonnerre prend à cœur de rétablir la vérité. L’affaire Fabien Gaglio a alimenté les rumeurs les plus folles sur de possibles circuits de blanchiment à grande échelle, le gestionnaire véreux étant présenté comme le rouage d’un système plus sophistiqué. Si l’enquête a montré que l’escroquerie avait commencé lorsque ce dernier travaillait chez Rothschild, rien n’est venu étayer cette thèse. Le rapport Deloitte a montré un système sophistiqué mais contrôlé par un seul homme et fondé sur le trucage systématique des relevés de compte clients. Pris dans une spirale, Fabien Gaglio a juste flambé. «Il menait un train de vie de nabab», ont dénoncé les avocats des parties civiles durant le procès qui s’est tenu au Luxembourg. «C’est vrai qu’il dépensait beaucoup d’argent. Mais il nous disait avoir une fortune personnelle», explique Jean-François de Clermont-Tonnerre. Selon le rapport Deloitte, les combines de Fabien Gaglio, étalées entre 2005 et 2013, se sont soldées pour Hottinger & Partners par une perte de 42 millions de francs et non pas 100 millions comme cela a été avancé au début de l’affaire. Ce dernier chiffre inclut les fraudes commises en dehors du périmètre de la société lorsque le gestionnaire travaillait pour un hedge fund détenu par Morgan Stanley à Londres puis pour la Banque Rothschild. La fraude s’est prolongée lorsque le gestionnaire a transféré son portefeuille de clients chez Hottinger & Partners. (TDG)

Créé: 20.06.2018, 12h02

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