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Macron: «Si Fillon gagnait, il ne pourrait pas gouverner»

Candidat à la présidentielle hors primaire, l’ex-ministre de l’Economie mène une campagne à contre-courant: il croit en une Europe refondée.

«Ce mouvement, plus rien ne l’arrêtera. Nous le porterons ensemble jusqu’en 2017 et jusqu’à la victoire.», disait-il lors de son discours à Paris en juillet dernier.
«Ce mouvement, plus rien ne l’arrêtera. Nous le porterons ensemble jusqu’en 2017 et jusqu’à la victoire.», disait-il lors de son discours à Paris en juillet dernier.
Keystone

C’est l’homme en forme du moment. Emmanuel Macron (38 ans) s’est installé en tête du baromètre politique du Figaro magazine(Sofres). Il est le politicien que les Français souhaitent le plus voir jouer un rôle important à l’avenir. Cela ne fait pas encore de l’ex-ministre de l’Economie un président de la république, mais à 100 jours du premier tour, Emmanuel Macron enregistre des ralliements tous azimuts. L’économiste Jean Pisani-Ferry, l’ex-ministre de l’Environnement Corinne Lepage ou encore l’ex-journaliste Jean-Marie Cavada viennent renforcer le mouvement en Marche! dont l’état-major impressionne désormais. Détendu, bavard et passionné, Emmanuel Macron nous a reçus dans son nouveau QG de campagne à Paris. Ses nouveaux bureaux sont trois fois plus grands que les précédents.

Emmanuel Macron, vous dites n’être ni de droite, ni de gauche. Quelle serait l’étiquette politique qui vous irait?

Mon mouvement est un rassemblement large de sociaux-démocrates, de libéraux, de centristes, d’écologistes et surtout de citoyens n’ayant jamais eu aucun engagement politique. En France, il n’y a pas eu de Bad Godesberg (ndlr: rupture du PS allemand avec l’anticapitalisme) et donc les sociaux-démocrates sont restés structurellement minoritaires dans un parti au sein duquel le surmoi est demeuré marxiste. Mais j’ai aussi des gens du centre et de la droite, qui sont des libéraux et se retrouvent sur beaucoup de points. C’est donc un rassemblement de progressistes autour d’un projet commun pour la France et pour l’Europe.

Aux extrêmes, des candidats veulent incarner la France des oubliés. Difficile pour l’ancien banquier d’être le candidat du petit peuple…

Je vous invite à me suivre. Dans la Nièvre où j’étais il y a quelques jours, ou à Clermont-Ferrand, je réunis plus de monde que les socialistes ou Marine Le Pen. Et ce ne sont pas des CSP + urbains! Ce sont des gens qui viennent de loin en Auvergne pour venir à un rassemblement. Ce qui nourrit Marine Le Pen, ce sont les incohérences de chaque camp traditionnel.

Pourquoi avez vous refusé de participer aux primaires de la gauche?

Les primaires sont une aberration. Elles sont contraires à la Ve république, ce sont des machines à tuer les idées et à empêcher de gouverner. Ce qui a affaibli le quinquennat de François Hollande, ce sont les primaires de 2011, qui n’ont pas mis fin aux ambiguïtés. Ce qui va aujourd’hui affaiblir François Fillon, ce sont les primaires de la droite. Il les a gagnées sur la base de l’anti-sarkozysme avec des gens derrière lui qui ne se retrouvent pas dans ses idées et s’il gagnait la présidentielle, il ne pourrait pas gouverner.

L’ancien conseiller de Hollande dit qu’à la fin le Président se ralliera à vous parce que vous êtes son fils spirituel…

J’ai du respect pour François Hollande. Sur le plan institutionnel et personnel. Mais je ne suis pas son fils spirituel. Ce que je fais est profondément contraire à son ADN politique. Il croit en la suprématie des partis et du PS, ce qui était notre grand désaccord stratégique. Il restera dans l’Histoire comme le Président qui a entamé la transformation économique et idéologique de la France. C’est une œuvre importante, mais qui n’est pas allée au bout de sa démarche.

Aujourd’hui la dynamique est chez vous. Est-ce que vous demanderiez au vainqueur de la primaire de se rallier?

Le vainqueur de la primaire décidera en conscience et sera assez peu sensible à quelque déclaration de ma part…

Ce serait l’assurance pour la gauche de ne pas être au second tour…

Oui, mais c’est de leur responsabilité. Moi j’ai toujours dit que toutes celles et ceux qui se retrouvaient dans mon projet, qu’ils soient de gauche ou de droite ou du centre seraient les bienvenus, sans ostracisme. Dans mon mouvement il n’y a pas d’excommunication en cas de rapprochement avec les uns ou les autres.

Vous dites être favorable à un nouveau partenariat avec l’Allemagne comme nouveau moteur européen?

$Ce que je veux c’est un couple franco-allemand ambitieux. Mais il faut d’abord que la confiance se rétablisse. Il ne faut pas faire des choix unilatéraux qui nous éloignent. En la matière, il faut que la France prenne ses responsabilités sur le plan économique et budgétaire et conduise des réformes. C’est un préalable. L’Allemagne doit ensuite nous accompagner par plus d’investissement et une relance de la zone euro. C’est un axe franco-allemand ouvert dont nous avons besoin. Mais il faut être lucide: s’il n’y a pas de compromis franco-allemand, il n’y a pas d’avancée européenne.

Vous êtes le seul candidat qui appelle à un accord avec l’Allemagne. Les autres proposent tous de renverser la table…

Tous l’ont fait – ou ont dit qu’ils le feraient – depuis 20 ans. Ce n’est pas très original. Jacques Chirac a renversé la table en 2003. Nicolas Sarkozy l’a fait aussi en 2007 en décidant du dérapage budgétaire de la France. François Fillon, alors premier ministre, connaît très bien cette tactique, qui consiste à reporter ses engagements budgétaires en échange de réformes qui ne viennent pas. Ça ne fonctionne pas car l’Allemagne a fait ses réformes: nous avons ainsi perdu notre crédibilité. Prétendre renverser la table, faire pression sur l’Allemagne en ne respectant pas nos engagements, cela ne marche pas. Nous devons être responsables pour relancer le couple franco-allemand et l’Europe avec lui.

L'Europe a failli exploser sur la crise migratoire. Marine Le Pen compare nos frontières à une «passoire». A-t-elle vraiment tort quand on voit combien de terroristes sont rentrés par la route des Balkans?

D'abord les terroristes qui nous ont frappés avaient des destins différents. Les premiers qui nous ont frappés en France n'avaient pas pris la route des Balkans. Ils avaient grandi dans notre pays. Il faut comprendre pourquoi des jeunes qui ont grandi dans la République peuvent en arriver là. Il y a d'autre part Internet, qui est un outil essentiel de la mondialisation, pour le meilleur comme pour le pire. Et il y a les flux migratoires qu’il nous faut contrôler aux frontières extérieures de Schengen, par une vraie politique commune d’asile, d’immigration et de protection de nos frontières. Le sujet n'est donc pas simplement celui des flux. C'est beaucoup plus complexe.

En quel sens?

Ce sont des réseaux qui s'organisent, y compris en ligne. La proposition du Front National et des partis nationalistes extrémistes dans d'autres pays est non seulement contraire à nos valeurs collectives, mais surtout inefficace pour la sécurité. Si demain je disais aux Français qu’ils seront totalement à l’abri en fermant les frontières nationales, je leur mentirais.

Mais ne comprenez-vous pas que l'opinion publique soit choquée quand on voit que le terroriste de Berlin a pu traverser l'Europe dans sa fuite, en parcourant quatre pays jusqu'en Italie ?

Bien sûr, mais alors allons au bout de ce discours. Quel est le problème? C'est un problème d’insuffisante coopération des Etats membres. Si nous allions dans le sens des nationalistes, ce serait dix fois pire: il n'y aurait plus de coopération du tout, nous serions obligés de réduire notre capacité à coopérer entre Etats membres. La très faible coordination entre les services de renseignement est profondément inefficace et nous affaiblit collectivement. C’est là que se trouve le vrai problème. La réponse à la menace n'est pas la déconstruction de l'Europe, mais une action concrète et commune, avec l'utilisation accrue de nouvelles technologies comme la biométrie, avec de nouveaux investissements et beaucoup plus de coopération.

Faut-il garder l'espace Schengen?

Je considère que Schengen est une bonne chose en termes de fonctionnement économique et sécuritaire. Je ne propose pas de le détruire, mais de le faire fonctionner et de le renforcer. Donc je prône une vraie politique de sécurité aux frontières extérieures de Schengen : aller plus loin, avec la création de 5'000 postes supplémentaires pour une police extérieure de l'Union européenne, qui garantisse la surveillance de nos frontières communes. Je veux que cette police relève d'un pilotage européen car c’est un sujet d’intérêt commun.

Mais Frontex existe déjà et a pourtant un budget trop faible pour être efficace aux frontières extérieures...

C'est vrai. Je propose donc de renforcer encore son budget pour en faire une priorité. On ne peut pas dire qu'il faut préserver l'Europe et, en même temps, ne pas être capable de définir des priorités budgétaires. Celle-ci est une priorité absolue. Ensuite, il faut une vraie politique commune de l'asile et du renseignement. Nous avons très mal géré, collectivement, la crise des migrants et c’est un fardeau qui aujourd’hui pèse sur la Grèce et l’Italie, notamment, de manière injuste.

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