Une femme à poigne reprend l’Écologie des mains de François de Rugy

FranceNommée à la va-vite pour couper court à la crise, Elisabeth Borne aura fort à faire face aux lobbyistes.

Elisabeth Borne dirigera le Ministère de la transition écologique et solidaire.

Elisabeth Borne dirigera le Ministère de la transition écologique et solidaire. Image: Keystone

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En politique comme au football, les joueurs les plus talentueux sont imprévisibles: ils savent varier les feintes et prendre l’adversaire à contre-pied. Pas de doute, Emmanuel Macron est de cette race. Lundi soir, quelques heures après la démission de François de Rugy, tous les observateurs et même ses conseillers assuraient avec conviction qu’il prendrait son temps avant de nommer un successeur et ne se laisserait pas mettre sous pression. Minuit n’avait pas sonné que la successeur était déjà désignée: Elisabeth Borne, jusqu’alors ministre des Transports auprès de François de Rugy, devient en plus la patronne du grand Ministère de la transition écologique et solidaire.

Par cette désignation éclair, Emmanuel Macron met un terme au feuilleton de l’affaire de Rugy entamé il y a une semaine. La rapidité de sa décision indique qu’il avait anticipé une possible démission et voulait démontrer que le gouvernement n’est pas déstabilisé par cet épisode.

Défense du bilan

Mercredi après-midi – pas même 24 heures après l’annonce de sa démission! – le terne François de Rugy prenait une dernière fois la parole pour défendre son bilan lors de la cérémonie de passation des pouvoirs. Il évoquait notamment «la fermeture irréversible» des quatre dernières centrales à charbon du pays et celle de la centrale nucléaire de Fessenheim: «La décision avait été annoncée, mais il fallait la mettre en œuvre, ce qui est souvent autrement plus difficile», a-t-il souligné non sans pertinence, ajoutant que «jamais un gouvernement français n’avait fermé une centrale nucléaire en activité». Il affirmait également avoir «convaincu le président de la République de créer une assemblée de 150 citoyens tirés au sort», la Convention citoyenne sur la transition écologique, qui doit se réunir pour la première fois ce mois-ci et sera chargée de faire des propositions que le gouvernement s’est engagé à reprendre.

Bilan satisfaisant ou maigrichon? Le fait est qu’en un peu plus de dix mois d’activité il n’a pas marqué le ministère de son empreinte. Un ministère d’ailleurs réputé difficile, en première ligne des pressions de lobbies, qu’il s’agisse de paysans, d’industrie nucléaire ou de groupes pétroliers, sans parler des «gilets jaunes»…

C’est Georges Pompidou qui le premier, en 1971, avait créé le Ministère de la protection de la nature et de l’environnement. Il ne s’agissait alors que d’un petit ministre délégué, 20e seulement dans l’ordre protocolaire du gouvernement, et qui ne gagnera que lentement en importance. Nicolas Sarkozy, en 2007, est le premier à lui accorder un rôle de premier plan, fusionnant l’Écologie et l’Équipement et accordant à son titulaire, Jean-Louis Borloo, le rang de ministre d’État.

Mais le rang d’un ministre et son influence sont deux choses. Ségolène Royal, dans ses Mémoires («Ce que je peux enfin vous dire», Fayard 2018), raconte les arbitrages difficiles et les échecs qu’elle a vécus à la tête de ce ministère face au premier ministre Manuel Valls, quand des entreprises polluantes faisaient du chantage à l’emploi. Nicolas Hulot a démissionné spectaculairement l’été dernier, invoquant l’incompatibilité de la transition écologique avec une politique économique basée sur la croissance.

Elisabeth Borne n’aura pas ces pudeurs idéologiques. Comme François de Rugy, elle a la conviction qu’une politique des petits pas est possible, et elle y appliquera son talent d’ingénieure formée aux Ponts et Chaussées de la prestigieuse École polytechnique. Plus que François de Rugy, elle a une réputation de femme à poigne, acquise quand elle dirigeait la RATP mais aussi en tant que ministre, lorsqu’elle a imposé la réforme de la SNCF et du statut des cheminots, l’an dernier. Les lobbies sont avertis, ils pourraient avoir affaire à forte tête.

Créé: 17.07.2019, 22h30

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