Face à la «pauvreté menstruelle», l’Écosse lance un plan d’aides publiques

Royaume-UniPrès d’une Écossaise sur deux a un jour renoncé à s’acheter des serviettes hygiéniques faute d’argent.

Dès la rentrée, des serviettes et tampons seront proposés en libre-service dans les toilettes de toutes les écoles, collèges, lycées et universités d'Écosse.

Dès la rentrée, des serviettes et tampons seront proposés en libre-service dans les toilettes de toutes les écoles, collèges, lycées et universités d'Écosse. Image: DR

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Cette nouvelle année scolaire différera de toutes les précédentes pour les Écossaises: le gouvernement d’Édimbourg a annoncé à la fin d’août que des serviettes et tampons destinés à leurs menstruations seront proposés en libre-service dans les toilettes des écoles, collèges, lycées et universités. «Dans un pays aussi riche que l’Écosse, il est inacceptable que quiconque peine à acheter des produits sanitaires de base», a expliqué la ministre aux Communautés du Parti national écossais, Aileen Campbell. «Nos 5,2 millions de livres d’investissement (ndlr: 6,7 millions de francs suisses) signifieront que ces produits essentiels seront disponibles de manière digne pour celles qui en ont besoin, ce qui permettra à ces étudiantes de mieux se concentrer sur leurs études.»

À la mi-août, le comté d’Ayrshire, dans le sud-ouest de l’Écosse, avait annoncé la mise à disposition gratuite de ces mêmes produits dans tous les bâtiments du service public, après que le gouvernement a lancé, l’an dernier, un programme expérimental similaire auprès des habitantes pauvres de la ville d’Aberdeen. Le parlement réfléchit déjà à la généralisation de cette mesure à l’ensemble de l’Écosse.

Incapables de payer pour des tampons et des serviettes pendant leurs menstruations, 45% des Écossaises ont en effet utilisé des produits de substitution, comme du papier journal, du papier-toilette ou des chaussettes, selon une enquête de l’organisation caritative Plan International UK. Toujours pour une raison économique, 27% d’entre elles ont gardé leurs tampons et serviettes plus d’une journée. «Dans un foyer pauvre, les femmes, qui gèrent souvent le budget, limiteront les achats les concernant afin de protéger leur famille des effets de la pauvreté», assure Lucy Russell, responsable des droits des filles et des jeunes chez Plan International UK. «Or les produits liés aux règles font partie des premiers à être éliminés de la liste des courses.»

La question de «la pauvreté menstruelle» ne se limite pourtant pas uniquement à l’Écosse. Elle affecte l’ensemble du Royaume-Uni, même si le gouvernement britannique n’entend pas suivre la mesure écossaise, se limitant à l’abaissement de la TVA sur ces produits à 5%.

Lucy Russell se félicite donc du premier pas que constitue le message des autorités écossaises, qu’elle qualifie de «fantastique». Placer ces produits en libre accès dans toutes les toilettes scolaires et universitaires revient d’après elle «à banaliser et à normaliser les menstruations, ce qui est capital d’un point de vue psychologique. Un tabou très fort persiste autour de cet aspect du quotidien des femmes.» Un tabou aux conséquences parfois surprenantes. Lucy Russell témoigne ainsi que «de nombreuses écoles n’autorisant pas les filles à aller aux toilettes pendant les cours, celles qui ne disposent pas de produits adéquats préfèrent donc sécher leurs cours».

Le rôle de la publicité

Pour de nombreuses activistes, ce tabou est entretenu par la publicité. L’utilisation de colorants bleus pour cacher le rouge du sang des règles ainsi que les appellations «produits hygiéniques» et «produits sanitaires» sous-entendent que les règles sont sales, ne sont pas hygiéniques ou sont le signe d’une mauvaise santé. L’influence de la publicité est d’autant plus importante que le rapport «Casser les barrières», publié en mars par Plan International UK, confirme, exemples à l’appui, l’existence d’un véritable déficit en termes d’éducation. «Nombre de filles ne connaissent pas leur corps, ne savent pas pourquoi elles ont des règles et que celles-ci sont généralement le signe d’un corps en bonne santé», poursuit Lucy Russell. «Au-delà de l’aspect financier, un véritable travail d’éducation demeure donc nécessaire au Royaume-Uni.» (TDG)

Créé: 12.09.2018, 21h21

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