L’extrême droite suédoise veut enterrer le modèle scandinave

ÉlectionsLes Démocrates de Suède visent la 2e place aux élections de dimanche. Leur cible: la politique d’intégration.

Jimmie Åkesson, leader des Démocrates de Suède, exposait ses idées anti-immigration à Malmö cet été sur fond de tensions.

Jimmie Åkesson, leader des Démocrates de Suède, exposait ses idées anti-immigration à Malmö cet été sur fond de tensions. Image: Reuters/Reuters

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Angelica Bengtsson harangue trois lycéennes devant son stand dressé sur une place de Malmö. «Nous voulons une Suède plus sûre où vous pouvez sortir le soir sans avoir peur d’être violées, une Suède qui arrête cette immigration incontrôlée, source de tant de problèmes», déclare la jeune députée. Élue sous les couleurs des Démocrates de Suède (SD), Angelica, ex-danseuse de l’école du Ballet royal, insiste sur les «ravages» de l’afflux de migrants dans ce royaume où un cinquième des 10 millions d’habitants est d’origine étrangère. Et de citer un récent documentaire «fracassant» de la chaîne publique SVT selon lequel 58% des condamnés pour viol sont nés à l’étranger.

«Les gens ne se sentent plus en sécurité, spécialement à Malmö et sa banlieue, à cause des violences qui se déroulent sous leurs yeux. Il faut punir plus durement les criminels et augmenter le nombre des policiers dans les rues pour ramener la loi et l’ordre», martèle-t-elle.

Vague de violences

Située au bord du détroit de l’Öresund, juste en face de Copenhague, Malmö a connu une série de règlements de comptes sanglants qui ont fait 30 morts depuis 2016. Les auteurs et victimes de cette vague de violence sont des membres de bandes criminelles d’origine étrangère qui s’affrontent pour le contrôle du marché des stupéfiants. Ce climat de tensions fait le lit des Démocrates de Suède, une formation issue en 1988 d’une mouvance néonazie et qui a gagné en popularité ces dernières années sous la houlette de Jimmie Åkesson. Enfant de la région méridionale de Scanie, bastion historique de l’extrême droite, il a surfé avec succès sur la peur croissante de la population face à l’immigration. En 2010, le SD entrait au Riksdag, le parlement suédois, avec 5,7% des voix avant de créer un séisme politique au dernier scrutin, raflant près de 13% des suffrages. Ce dimanche, le parti pourrait dépasser la barre des 20%, faisant de lui la deuxième formation politique du pays derrière les sociaux-démocrates et devant les conservateurs.

Jugé infréquentable par tous les autres partis, considéré comme «nazi et raciste» par le premier ministre social-démocrate Stefan Löfven, le SD n’a que peu de chances d’entrer dans le prochain gouvernement. Il est néanmoins de plus en plus populaire, cristallisant un mécontentement grandissant de nombreux Suédois après l’accueil record de plus de 163 000 réfugiés en 2015.

Assise sur un banc, Margot lit une brochure du SD et admet sympathiser avec ce parti: «Il veut lutter contre cette immigration qui coûte aux dépens de nos retraites, qui menace notre État-providence et l’homogénéité de notre société.» George Andersson, cadre pharmaceutique à la retraite, se dit «révolté par l’invasion des migrants, musulmans pour la plupart, qui refusent de s’intégrer, qui commettent viols, agressions, crimes et qui cherchent à islamiser notre pays.» «L’immigration n’est plus une question taboue. Les électeurs en parlent ouvertement aujourd’hui car c’est un problème réel qui touche leur quotidien, et même ceux qui votent pour nous n’ont plus peur d’afficher la couleur», affirme la députée Bengtsson.

Mais à Malmö, tout le monde ne partage pas ce constat. Au stand voisin de celui du SD, Olof discute avec des militants du parti social-démocrate. «Les immigrés contribuent activement à l’économie de notre pays dont la population est vieillissante. À entendre le SD, ils sont une catastrophe pour le royaume. C’est du populisme de bas étage, loin des réalités», fulmine cet étudiant.

«C’est de la manipulation»

Le ministre de la Justice et de l’Intérieur social-démocrate, Morgan Johansson, a fait le déplacement depuis Stockholm pour tracter sur la place. «Le SD essaie de créer un sentiment de panique dans la population, comme si le pays était au bord de l’implosion à cause des réfugiés. C’est de la manipulation, et les électeurs ne sont pas dupes. Ils savent que la Suède n’est pas à feu et à sang, que son économie tourne bien, et que son État-providence n’est pas menacé par les étrangers», assure-t-il. Dans ce pays cité comme «modèle scandinave» pour son ouverture à l’immigration, comment expliquer la percée spectaculaire des Démocrates de Suède? Pour le politologue Anders Sannerstedt de l’Université de Lund, «la popularité du SD est surtout due au fait qu’il a su gommer son image raciste. Ses dirigeants se sont efforcés de le dédiaboliser pour le rendre respectable comme les autres.»

Au bord du détroit de l’Öresund, les derniers faits divers – règlements de comptes entre gangs et voitures brûlées – pourraient encore lui amener des voix. «Ce sont autant de sujets d’inquiétude pour nombre d’électeurs qui trouvent dans le SD des garants de la loi et de l’ordre», souligne le professeur Sannerstedt. (TDG)

Créé: 07.09.2018, 21h51

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