L’extrême droite se sert de Dresde pour déculpabiliser les Allemands

AllemagneÀ l’occasion des commémorations des bombardements alliés, l’AfD reprend les thèses néonazies et joue la carte de la victimisation.

Les commémorations à Dresde sont instrumentalisées

Les commémorations à Dresde sont instrumentalisées Image: GETTY IMAGES

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Les Allemands ne sont pas les seuls responsables de la Seconde Guerre mondiale. Ils sont aussi des victimes. Cette thèse défendue par les néonazis est désormais reprise par l’extrême droite allemande, l’AfD (Alternative pour l’Allemagne), première force d’opposition au Bundestag depuis 2017. À l’occasion des commémorations du 75e anniversaire des bombardements sur Dresde par les Alliés, le nouveau coprésident de l’AfD Tino Chrupalla a décidé de marcher sur les pas du négationniste David Irving et surtout des néonazis du Parti national-démocrate (NPD) qui dénonçaient déjà dans les années 2000 les bombardements des Alliés comme un «holocauste des bombes».

«L’AfD a relancé le révisionnisme pour minimiser la responsabilité du pays dans la Shoah», résume Markus Linden, politologue à l’Université de Trèves. Cette commémoration attire chaque année à Dresde des milliers de néonazis, qui y dénoncent un autre «Hiroshima» et des «victimes innocentes». On attend près de 1000 néonazis ce samedi, mais aussi des contre-manifestations organisées et encadrées par un important dispositif policier.

«N’oublions pas ce qu’il s’est passé», a rétorqué, jeudi à Dresde, Frank-Walter Steinmeier, le président de la République fédérale, en dénonçant «ceux qui manipulent l’Histoire et veulent s’en servir comme une arme». «Ce sont les Allemands qui ont commencé cette guerre atroce. Ce sont des millions d’Allemands qui ont mené cette guerre ? pas tous mais beaucoup par conviction», a-t-il ajouté.

Historiens contredits

Dans une interview au magazine «Der Spiegel», le coprésident de l’AfD a lancé la polémique en regrettant que le nombre de victimes ait été revu à la baisse par une commission d’historiens, qui l’a établi à 25000. «C’est au moins 100000», a rétorqué Tino Chrupalla, qui s’appuie sur des témoins oculaires. «Ma grand-mère, mon père et d’autres témoins m’ont décrit les montagnes de cadavres. Personne ne croit à ce chiffre de 25000!» a-t-il affirmé.

L’AfD a repris le terme de «terreur des bombes» pour qualifier les attaques aériennes britanniques et américaines. «Les nazis parlaient de la même manière», insiste l’historien militaire Rolf-Dieter Müller, responsable de la commission d’historiens. Dresde n’était pas une ville «innocente» comme le disait Goebbels, mais «une ville nazie comme les autres, avec la Gestapo et des camps de concentration», dit l’historien.

Le révisionnisme est devenu l’un des nouveaux piliers de la stratégie politique de l’AfD. Le chef de l’aile identitaire, le «fasciste» Björn Höcke (dénomination désormais autorisée par la justice), a réclamé un virage «à 180degrés» de la politique mémorielle en dénonçant le Mémorial aux juifs assassinés d’Europe, qui se trouve à Berlin. «Nous sommes le seul peuple à avoir implanté un mémorial de la honte au cœur de sa capitale», peste-t-il. «Un discours insidieux qui risque de contaminer lentement toute une frange de la société. L’AfD est beaucoup plus dangereuse qu’elle n’en a l’air», prévient Markus Linden.

Lieux de mémoire visés

Les premiers visés sont les lieux de mémoire, perturbés volontairement par des révisionnistes. Les incidents se multiplient dans les anciens camps de la mort. En juillet 2018, le directeur du Mémorial de Sachsenhausen, à Berlin, a interrompu une visite d’un groupe invité par l’AfD à cause d’un participant qui niait les chambres à gaz. «Ils viennent pour mettre en doute notre travail», explique une guide berlinoise qui préfère rester dans l’anonymat. «Ils me demandent si je suis juive. Ils me corrigent sur le nombre de victimes de la Shoah. C’est déroutant», dit-elle.

Près de septante-cinqans après la fin de la guerre, les mémoriaux ne sont plus seulement des lieux de mémoire. Face à la résurgence de l’extrême droite fasciste en Allemagne, ils se sont transformés en lieux de vigilance.

Créé: 13.02.2020, 19h53

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