En Russie, le Mondial soulève autant de fierté que de colère

Coupe du mondeDes investissements importants ont transformé le pays, mais ils n’effacent pas les malaises. Reportage en Mordovie.

Membres des forces de sécurité près de la Mordovia Arena, à Saransk. Pour le Mondial, la ville, d’ordinaire morne, s’est colorée.

Membres des forces de sécurité près de la Mordovia Arena, à Saransk. Pour le Mondial, la ville, d’ordinaire morne, s’est colorée. Image: Reuters

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Comme tant d’autres Russes, Ivan passe devant le stade flambant neuf avec un large sourire. Plein d’un enthousiasme teinté d’ironie. «Ce Mondial est une grande fierté! Pendant quelques jours, nous serons le centre de l’attention mondiale. Et cette fois, cela ne sera pas négatif à cause de la politique.» Ivan, 27 ans, habite à Saransk, une ville du centre de la Russie, qui est la capitale de la République de Mordovie et l’une des 11 cités hôtes de la Coupe du monde de football. Ici, le coup d’envoi sera donné ce samedi avec un match entre le Pérou et le Danemark. La rencontre ne sera sans doute pas la plus suivie de la compétition. «Mais pour tous les habitants, cela sera jour de fête!» s’exclame Ivan.

Le long des rues de Saransk, morne ville sans grand charme, le décor urbain s’est récemment égayé grâce au Mondial. Avec de nombreuses affiches aux couleurs bleue, rouge et dorée de la compétition. Avec les symboles, nationaux comme locaux, choisis pour mobiliser l’attention. Dans cette région plus connue pour ses camps pénitentiaires que pour son équipe de football, le Mondial est d’autant plus motif de fierté que le nouveau stade, après quatre matches de poule, passera de 44 000 à 28 000 places et relancera une équipe locale en pleine déconfiture depuis des années.

«Cela sonne faux»

À Saransk comme ailleurs en Russie, la colère pointe cependant derrière l’enthousiasme. «C’est bien, ce Mondial. Mais cela sonne faux…» s’inquiète Ivan, rappelant que le syndrome du village Potemkine reste bien ancré dans les mentalités des autorités. La construction des stades et des nouvelles infrastructures autour doit améliorer le quotidien de la population. «Mais est-ce vraiment la priorité alors que nos salaires restent bas et que la plupart d’entre nous ne pourront pas se payer de billet pour un match?» glissent souvent les Russes. Une inquiétude sans doute avivée par l’annonce, vendredi, juste après le début de la compétition, que le gouvernement relèverait le taux de TVA et de l’âge de départ à la retraite.

À Saransk, Sotchi ou Samara, les chantiers gigantesques sont perçus comme autant de lessiveuses à corruption. C’est encore plus le cas à Saint-Pétersbourg. «Avait-on vraiment besoin d’un stade si perfectionné quand de nombreux quartiers périphériques manquent d’installations de base?» s’emporte un habitant, très remonté contre les pots-de-vin ayant émaillé la construction de la nouvelle arène. Fan de ballon rond, il ira se mêler aux supporteurs étrangers. «Mais ce Mondial a comme un goût amer…»

Les multiples restrictions prises au nom de la sécurité commencent aussi à agacer. Pour ne pas perturber les joueurs et ne pas importuner les spectateurs, le Kremlin a ainsi demandé aux industriels des villes hôtes de fermer temporairement leurs usines autour des stades sur un rayon de plusieurs centaines de kilomètres. Sont ainsi visés centrales nucléaires, sites chimiques, raffineries, usines d’armement et même agroalimentaires – autant de sources de pollution potentiellement dangereuse.

Chiens et chats «liquidés»

Même les chiens et les chats errants n’ont pas échappé à la Coupe du monde. Des campagnes de «liquidation» radicale se sont déroulées, suscitant l’indignation. À Sotchi, une manifestation a même eu lieu. Et les pétitions se sont multipliées pour limiter ces campagnes visant plusieurs dizaines de milliers d’animaux sauvages menacés d’être abattus ou empoisonnés. «Un à-côté parmi tant d’autres du régime spécial mis en place par les autorités pour assurer la belle fête du Mondial!» ironise Ivan, comme tant d’autres Russes.

Créé: 15.06.2018, 19h32

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