Emmanuel Macron règne aussi au Palais-Bourbon

FranceAvec plus de 350 élus, le parti du président de la République remporte un scrutin marqué par l’abstention. Tout commence pour la nouvelle majorité.

Les candidats d'En marche, le parti créée par Emmanuel Macron, ont emporté la majorité absolue à l'Assemblée nationale. Les critiques et la crainte restent vivent après cette victoire.

Les candidats d'En marche, le parti créée par Emmanuel Macron, ont emporté la majorité absolue à l'Assemblée nationale. Les critiques et la crainte restent vivent après cette victoire. Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

L’abstention record – 58% – ne gâchera pas la fête de La République en marche! Le parti d’Emmanuel Macron fait entrer 308 députés à l’Assemblée nationale sous ses propres couleurs. Et son allié, le MoDem, obtient 42 sièges. Pour cette majorité présidentielle (350 sièges), c’est une victoire historique. Et si certaines estimations donnaient un avantage encore plus important, il ne faut pas minimiser l’exploit du parti créé par Emmanuel Macron il y a quatorze mois.

Ce triomphe éclipse même d’autres nouveautés du résultat de ce scrutin. En effet, le parlement français verra plus de 30% de femmes siéger. La parité est-elle en vue au Palais-Bourbon de Paris? Pour les tenants d’un renouvellement de la vie publique française, quelque 60% des 577 députés sont des néophytes. Autre phénomène à remarquer, devant le raz-de-marée macronien attendu, les autres partis semblent presque satisfaits d’enregistrer des scores néanmoins historiquement bas. Ainsi les Républicains avec 125 sièges limitent la casse. Le PS et ses alliés auront 44 élus et la France insoumise (et son allié le PC) aura 27 sièges. Le FN dispose de 8 sièges.

Aussi, avec ces 350 sièges en sa faveur, Emmanuel Macron franchit largement la barre de la majorité absolue (289 sur les 577 sièges de l’hémicycle) et se donne les coudées franches pour mener à bien sa politique réformiste. De plus, à cet important groupe LREM-MoDem, il faut ajouter au moins une quarantaine d’élus Les Républicains qui ont fait campagne en se disant Macron-compatibles. Il y a donc bel et bien une vague Macron sur l’Assemblée nationale. Mais elle est diversement interprétée.

Le renouvellement élitiste

En termes de représentativité notamment, un politologue comme Luc Rouban met en garde: «Le renouvellement est une illusion, cette Assemblée nationale sera plus élitiste que la précédente. D’une part, le courant populiste et souverainiste, qui a largement dépassé les 40% lors de la présidentielle avec Le Pen et Mélenchon, a été exclu par le système de scrutin (ndlr: non proportionnel).

D’autre part, on constate une homogénéisation des profils des élus. Et paradoxalement, surtout parmi les députés En Marche! Il y a une surconcentration de diplômés du supérieur, cadres supérieurs et dirigeants d’entreprises privées», explique Luc Rouban.

Huitième soirée électorale...

Le politologue de renom s’inquiète d’ailleurs que la fracture des deux France, constatée lors de l’élection présidentielle, ne trouve pas d’expression dans la représentation nationale. «Les gens à faible revenu, sans patrimoine, issus des classes populaires, sont sous-représentés dans les instances politiques. Tandis que les classes diplômées, le plus souvent aisées et ouvertes sur l’Europe, sont bien présentes», s’inquiète le chercheur du Cevipof.

Les craintes de l’hégémonie des macronistes continuent donc à faire débat. Roland Cayrol, lui, refuse de trancher: «Après le succès de sa présidentielle, ce raz-de-marée signifie soit que les Français plébiscitent Macron, soit qu’ils ont décidé de le laisser faire», sourit le politologue. Vrai aussi que les Français vivaient leur huitième soirée électorale (incluant les primaires) depuis sept mois. La lassitude est tangible. Il n’empêche que cette victoire engage comme jamais le nouveau président et son gouvernement, qui sera encore remanié d’ici à mercredi.

Pas de plan B pour la France

«Il doit réussir car les Français ont jeté le vieux monde politique. Par le passé, la victoire en alternance de la gauche et de la droite ne disqualifiait pas l’autre. Le phénomène Macron a ravagé les deux grands partis gouvernementaux qui n’existent quasi plus. ll n’y a donc plus de plan B», souligne Roland Cayrol.

Le PS et le parti Les Républicains ont ainsi du pain sur la planche. Surtout pour le PS, qui passe de 270 élus à 29. Dans le nouvel hémicycle, il est renforcé par 3 radicaux de gauche et 12 divers gauche. Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a reconnu une «déroute sans appel» et a démissionné de son poste. Pour les Républicains, la défaite est moins lourde que prévu mais le parti héritier de tous les courants de la droite républicaine et gaulliste française passe de 194 à 113 sièges. L’UDI, elle, fait 18 sièges.

La difficile reconstruction

Toutefois, sans leader ni direction claire, les deux vieux partis de la vie politique française continuent dans leurs travers. Luttes de pouvoir à l’interne et chicanes dogmatiques incompréhensibles… «Effectivement, on le voit encore ce soir, les ténors de ces partis tiennent des discours convenus sur la faible participation et sur le danger que représente la majorité Macron alors qu’ils viennent d’être sèchement battus et se refusent à toute introspection», tacle Roland Cayrol.

La France insoumise aura, elle, son groupe parlementaire, avec 27 élus (inclus ceux du Parti communiste). Jean-Luc Mélenchon fera son entrée à l’Assemblée nationale mais, malgré tout, la déception est grande. Car le leader de l’extrême gauche espérait davantage et son résultat place la FI très loin des Républicains et même derrière le PS en termes de sièges. Il aura ainsi du mal à revendiquer le statut d’opposant numéro un à Emmanuel Macron.

Autre déception, celle du FN, qui ne pourra constituer un groupe dans l’hémicycle avec ses huit élus. Le parti de Marine Le Pen doit se réunir mardi pour faire le point. Dans tous les cas, la rencontre est annoncée sous haute tension. Même Jean-Marie Le Pen a promis de participer, au grand dam de sa fille. (TDG)

Créé: 19.06.2017, 07h05

Articles en relation

Les têtes connues tombent au Parti socialiste

Législatives C'est l'hécatombe au PS. La droite s'en sort mieux. Des nationalistes corses entrent pour la première fois à l'assemblée Plus...

Le FN n’aura pas de groupe parlementaire

Législatives françaises Marine Le Pen est largement élue dans le fief frontiste d’Hénin-Beaumont. Mais elle n’évitera pas les remous au sein de son parti. Plus...

Joachim Son-Forget largement en tête parmi les Français de Suisse

Election législative Le radiologue du CHUV pense déjà au travail qui l'attende demain pour l'Assemblée nationale. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.